Alors que l’Est de la République Démocratique du Congo (RDC) sombre depuis 2022 dans une spirale de violences ininterrompues, c’est à plus de 5.000 kilomètres de terres meurtries du Kivu que se joue, le 9 avril prochain, un possible tournant historique. À Doha, capitale du Qatar, des « négociations directes » devraient être engagées sous l’égide de l’Emirat, reléguant au second plan les initiatives africaines de Luanda et Nairobi. Mais pourquoi placer tant d’espoir dans ce processus qatarien, alors que les efforts régionaux ont, jusqu’ici, échoué à éteindre le feu des conflits ?
Les processus de Luanda (soutenu par l’Angola) et de Nairobi (chapeauté par le Kenya) incarnaient l’idéal panafricain de résolution des crises par les Africains eux-mêmes. Pourtant, malgré des mois de pourparlers, ces initiatives n’ont pas réussi à imposer un cessez-le-feu durable. Les raisons sont multiples : manque de coordination, concurrence entre acteurs régionaux, et surtout, l’absence de pression internationale contraignante sur les groupes armés et leurs soutiens extérieurs. Résultat, les massacres, violences sexuelles et déplacements massifs se poursuivent, réduisant à néant l’espoir d’une stabilisation par le seul prisme continental.
En conviant les parties prenantes à Doha, le Qatar mise sur son statut de médiateur neutre et son influence financière et diplomatique. L’Emirat, habitué aux arbitrages complexes (de l’Afghanistan au Liban), dispose d’un atout majeur : sa capacité à dialoguer avec tous les acteurs, y compris ceux souvent exclus des négociations. Contrairement à Luanda et Nairobi, Doha pourrait ainsi imposer une approche inclusive, intégrant les voix des groupes armés locaux, tout en sécurisant l’adhésion de Kigali et Kampala, régulièrement accusés de soutenir les rebelles.
Si l’initiative qatarie suscite un espoir légitime, les défis restent immenses. Les précédents échecs ont creusé un fossé de méfiance entre Kinshasa et les groupes armés, sans compter les enjeux économiques (contrôle des minerais) qui alimentent le conflit. Par ailleurs, le risque existe de voir le processus de Doha dilué en une énième déclaration d’intentions sans suivi concret.
Pourtant, dans l’Est congolais, chaque minute compte. La population, otage de cette guerre sans fin, exige plus que des promesses : des actes. Si Doha parvient à imposer un cadre crédible de désarmement et de réintégration, soutenu par des garanties internationales, ce sommet pourrait marquer un tournant. Mais gare aux illusions : sans pression sur les sponsors régionaux de l’instabilité et sans mécanismes de sanction, même le dialogue le plus sophistiqué échouera.
En délocalisant les négociations, la RDC et la communauté internationale reconnaissent, implicitement, les limites des solutions purement africaines. Reste à savoir si cette externalisation sera synonyme d’efficacité… ou d’un nouvel échec, plus cuisant encore. L’heure n’est plus aux discours, mais aux résultats. Le Qatar le sait : son crédit diplomatique se joue aussi dans les collines du Kivu.
Econews