Coup de balai à la Présidence de la République

Au moins trois proches conseillers du Chef de l’Etat sont aux arrêts. L’affaire remonterait à plusieurs jours, mais elle n’a été rendue publique qu’en fin de semaine dernière sur les réseaux sociaux, et que la Cité de l’Union africaine n’a pas démentie. L’on apprenait alors que Didier Baitopola, coordonnateur de la sécurité intérieure à la Présidence, Freddy Kangudia, directeur du protocole étaient sous mandat de dépôt à la prison centrale de Makala, tandis que Claude Ibalanky, coordonnateur du Mécanisme national de suivi de l’Accord d’Addis-Abeba, est assigné à résidence. A la Présidence de la République, le ton a changé. La moindre bourde se paie cash. Et les auditions s’enchaînent. Alors qu’il aborde déjà le dernier virage de son premier quinquennat, Félix Tshisekedi procède au grand nettoyage de son entourage. Dans son dernier message à la Nation, le Président de la République, Félix Tshisekedi, a promis d’être impitoyables avec ceux qui ont choisi la voie de la trahison : « C’est ici l’occasion de mettre en garde tous les traitres et autres brebis galeuses qui servent les intérêts de l’ennemi, ils seront exposés à la rigueur de la loi, en ayant le juste châtiment que mérite ce genre de comportement ». A la Présidence de la République, le rouleau compresseur tourne à plein régime.
Le Président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, a décidé de sanctionner des collaborateurs soupçonnés d’avoir été indélicats et négligents. Il est reproché à trois collaborateurs du Président de la République «des fautes lourdes ». Le chef de la sécurité interne du Chef de l’Etat, Didier Baitopale, est déjà écroué à la prison centrale de Makala, de même que Freddy Kangudia, chef du protocole de la Présidence de la République.
Ces deux proches collaborateurs du Président de la République sont impliqués directement dans la sécurisation du Président Tshisekedi. Ils organisent ses déplacements et s’assurent que toutes les personnes qui ont accès au Président de la République ne représentent pas un danger pour son intégrité physique. «Il y a eu de grosses faiblesses dans le chef de ces collaborateurs du président», a soutenu un des conseillers à la présidence congolaise.
Un autre collaborateur proche du président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, en la personne du chef du Mécanisme de suivi de l’accord d’Addis-Abeba, Claude Ibalanky, est assigné à résidence. Impliqué directement dans des rapprochements avec des groupes armés, particulièrement le M23, il lui est reproché «des initiatives dangereuses», selon une source à la Présidence de la République.
Impossible de savoir ce qui leur est reproché, hormis la classique accusation d’atteinte présumée à la sécurité nationale. L’affaire rappelle curieusement celle qui avait conduit à l’arrestation en février 2022 du tout-puissant conseiller spécial du chef de l’Etat en matière de sécurité, François Beya. Ce dernier avait été accusé de présomption de complot visant l’intégrité physique du président de la République.
Après quelques mois passés dans les geôles de l’Agence nationale de renseignements (ANR), suivis d’un séjour de quelques semaines à la prison centrale de Makala, il avait bénéficié d’une liberté provisoire pour, semble-t-il raisons de santé. Avant de s’envoler quelques jours plus tard pour l’Europe où il se fait plus que discret.

Effet domino
L’arrestation de François Beya, on s’en souvient, avait connu une suite d’arrestations dans les cercles militaires et civils, sous des accusations de collusion avec des puissances étrangères. Des accusations pour la plupart du temps résultant de simples règlements de comptes, d’autant plus que tous les concernés, ou presque, n’ont jamais été traduits de manière formelle devant le juge. Des mois après, ils ont quasiment tous recouvré la liberté, certains reprenant leurs fonctions comme s’ils n’avaient jamais été mis en cause.
Mise à part la parenthèse de Vidiye Tshimanga, alors conseiller aux affaires stratégiques du chef de l’Etat sujet d’un scandale de corruption projetée avec des pseudo-investisseurs qui se révéleront en définitive être des journalistes d’investigation, Félix Tshisekedi aura d’autres occasions de balayer sa cour, mettant à l’écart des proches collaborateurs de son cabinet, ou des officiers supérieurs et généraux de l’armée en délicatesse avec la discipline ou le serment de fidélité et celui de «ne jamais trahir le Congo».
Le plus emblématique parmi ces derniers étant le général Philémon Yav, commandant de la troisième zone de défense, arrêté pour intelligence avec l’ennemi.
Répondant aux questions des journalistes de RFI, le chef de l’Etat avait déclaré que «le général Yav était accusé par certains de ses collègues de les avoir contactés au nom du Rwanda pour qu’il puisse lever le pied et permettre au M23 de passer aisément et de prendre la ville de Goma».
Par ces temps troublés où toute l’attention est focalisée sur les opérations destinées à endiguer définitivement la menace posée par le M23 appuyé par le Rwanda, il va de soi que le Chef de l’Etat mette un point d’honneur à s’assurer de la fidélité de ses collaborateurs à tous les échelons.
Ce coup de balai a été bien accueilli dans l’opinion congolaise. D’ailleurs, pour la majorité des Congolais, les collaborateurs du Président de la République brillent par leur incompétence et surtout la légèreté dans la manière d’aborder des questions d’Etat. Plus d’une fois, des Congolais ont invité le Chef de l’Etat à nettoyer les écuries. Il se pourrait donc que ces sanctions annoncent le chambardement tant attendu au cabinet du Président de la République.

Econews