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Patrick Muyaya sur TV5 Monde : Joseph Kabila a raté sa sortie médiatique 

Depuis Genève où il a accompagné Mme la Première ministre au Conseil des droits de l’homme des Nations Unies, le porte-parole du Gouvernement, Patrick Muyaya Katembwe, a répondu aux questions de TV5 Monde sur la situation de crise que traverse la RDC. Revenant sur la sortie médiatique du président honoraire Joseph Kabila, Muyaya n’a pas manqué de lui dire ses quatre vérités. Entretien.

TV5 Monde : La solu- tion militaire ne suf- fit pas, dit Joseph Kabila contre l’avancée de l’AFC/M23 soutenue par Kigali. Le pouvoir n’est toujours pas d’accord avec cette sortie de l’ancien président congolais ? 

Ce n’est pas à nous d’être d’accord ou pas. Nous sommes dans un pays, la République Démocratique du Congo. Tout le monde a le droit de s’exprimer. Mais au regard de la situation actuelle, du drame que connaissent nos populations dans l’Est spécifiquement, ce n’est pas dans des postures politiciennes qu’un ancien chef d’État devrait sortir.

Un ancien chef d’État, ses premiers mots devraient d’abord être de mots de compassion, de solidarité pour des compatriotes qu’il a eus à diriger pendant de très, très longues années. Ça devrait aussi être la condamnation dans les mots les plus fermes de l’agression. Sa sortie, lui qui est coutumier du silence, ressemble à ce que tous les Congolais ont dit et pensé qu’il vient légitimer une guerre d’agression qui est pourtant démontré par des rapports des Nations Unies et par tous les rapports des pays occidentaux, sans compter les rapports de nos propres services.

C’est une malheureuse occasion, en tout cas, parce que si nous retournons à l’origine de ces conflits, nous regardons ce que lui-même en disait à l’époque – parce que ce n’est qu’une récurrence d’une situation vécue – on ne le reconnaîtrait pas. Mais quoi qu’il en soit, pour nous, ce n’est pas le moment de verser dans la polémique politicienne, parce qu’ici, nous voulons régler des problèmes qu’il aurait pu régler durant ses 18 années de pouvoir. Et donc, nous nous focalisons sur les différents fronts militaire, diplomatique, économique, judiciaire et médiatique pour nous assurer que nous donnons la réponse qu’il faut à ces conflits.

Nous sommes d’accord que la solution ne sera pas que militaire. C’est pour ça que nous sommes ici à Genève, notamment avec la Première ministre, pour nous assurer que la composante judiciaire se mettra en place pour que tous les tourbillons recyclés par le Rwanda de manière permanente pour semer la terreur et la désolation puissent être enfin jugés et condamnés, pour que tous les complices congolais puissent l’être tout autant.

M. le ministre, face au chaos qui règne dans l’Est de la RDC, où la gestion des déplacés internes qui devient de plus en plus difficile, plus de 7.000 morts depuis janvier, environ 700.000 déplacés depuis 2023, toujours pas de négociation avec le M23, le dialogue est toujours la ligne rouge à ne pas franchir ? 

Le chaos, justement, dont on parle là, c’est un chaos qui n’est pas né aujourd’hui. Et il y a bien des choses qui auraient pu être faites par le passé pour éviter les chaos que nous connaissons aujourd’hui.

Mais les choses se sont accélérées ces dernières semaines.

Les choses se sont accélérées justement parce que le Rwanda, dans sa quête permanente de mettre la main sur l’Est de la RDC, continuer les processus de pillage comme des coutumes depuis 1996, a trouvé des pantins avec lesquels il collabore pour tuer, massacrer de Congolais.

Ceci dit, le Président de la République l’a dit hier (Ndlr : samedi à la cité de l’UA), nous sommes disposés à dialoguer. Pour autant que ça se fasse dans le cadre de ce qui avait été convenu.

Mais dialoguer avec qui, Monsieur le ministre ? 

Nous étions avec le Rwanda à Luanda. Au 15 décembre, le président Kagame ne s’est pas présenté. Pour ce qui concerne les groupes armés, y compris le M23, la position du Gouvernement est claire. Il n’y aura pas de dialogue direct parce que cela n’a jamais été prévu depuis le premier jour du processus de Nairobi qui a été renforcé aujourd’hui avec deux nouveaux médiateurs, l’ancien président nigérien et l’ancien premier ministre éthiopien.

Nous avons été toujours disposés. Pour vous dire, Madame, nous avons épuisé la discussion avec le Rwanda. Il ne restait que les signatures.

Avec tous les groupes armés, les équipes du gouvernement sont aussi prêtes à écouter leur cahier des charges et avoir les réponses à y apporter.

Pour autant que cela doit se faire dans le respect du processus de Nairobi. Ici, on ne va pas donner une prime à ceux qui sont complices de la mort de 7.000 Congolais que vous avez évoqués tout à l’heure, des milliers de déplacés.

Le principe doit être respecté et tous les chefs d’État qui se sont réunis dans le cadre du sommet EAC-SADC ont convenu de cela. Il faut laisser le président Uhuru faire son travail. Le président Uhuru, au terme de son travail, versera son rapport au gouvernement. Et en ce moment-là, nous tirerons les conséquences.

En quelques jours, l’AFC/M23 a fait une avancée fulgurante dans le Nord-Kivu, dans le Sud-Kivu.

Je ne souhaiterai plus que vous parlez de l’AFC/M23. C’est le Rwanda qui opère. C’est l’armée rwandaise qui opère.

Mais alors, OK. C’est l’armée rwandaise qui opère. Mais l’armée congolaise, que fait-elle ? A-t-elle les moyens de votre ambition ? A-t-elle une stratégie, des moyens logistiques en matière d’armement, de renseignements ? 

De toute façon, Madame, tout à l’heure, nous parlions… Laissez-moi vous répondre, s’il vous plaît. Tout à l’heure, vous parliez justement du président Kabila, qui a pendant 18 années dirigé la République Démocratique du Congo, y compris cette armée, il est militaire. Il aurait pu travailler pour que nous puissions avoir une armée totalement débarrassée des infiltrés, parce que vous savez que notre armée est née de brassage, de mixage, et à la tête de laquelle il y avait James Kabarebe qui a été récemment sanctionné par le gouvernement américain. Il faut saluer ici le travail fait par des jeunes garçons qui, au prix du sacrifice suprême, font face à une armée qui vient en masse, dans le strict objectif de tués, et la guerre s’est faite sur notre territoire. C’est des Congolais qui meurent. On ne peut pas reprocher notre armée à avoir, dans certains cas, des postures qui permettent de protéger la population. Ceci dit, il y a évidemment un travail à faire.

Le Président de la République en a parlé ce week-end. Des conséquences seront tirées, et nous continuerons à renforcer nos forces armées pour être en mesure de faire face à toutes les menaces. Aujourd’hui, nous sommes en face du Rwanda, et c’est pourquoi l’Union européenne s’est prononcée aujourd’hui, à la suite du Conseil de sécurité des Nations Unies, ou du Conseil pour les droits de l’homme, ou du gouvernement américain.

Il y a une unanimité pour condamner les agissements du Rwanda. Il y a une unanimité pour demander immédiatement un cessez-le-feu. Il y a une unanimité pour ouvrir un couloir humanitaire, pour nous permettre de venir au secours de plus de 4.000 Congolais blessés, de finir de dénombrer les Congolais qui sont morts, et d’enterrer ceux qui sont encore, pour le moment, dans les morgues.

Ce sont des situations bien dramatiques qui nous préoccupent au plus haut point, et pour lesquelles nous travaillons à apporter des solutions. Vous savez aujourd’hui que toute forme de critique à Goma est éteinte par les armes. Il y a des jeunes artistes qui sont tués. Il y a des jeunes qui ont encore été tués ce week-end. Je n’ai pas entendu un seul mot des compassions pour ces Congolais qui sont morts.

Monsieur le ministre, est-ce que la formation d’un gouvernement d’union nationale, comme le souhaite le Président Tshisekedi, serait la solution, alors ? 

Écoutez, aujourd’hui, la première solution face à cette menace existentielle, c’est l’unité. Et si, pour des besoins de construction de cette unité et de cohésion nationale, il faut passer par la case gouvernement d’unité nationale, le Président de la République, qui en sera l’architecte, aura l’occasion de discuter avec les uns et les autres. Ici, au regard de la gravité des événements, il faut sortir de posture purement politicienne, parce qu’il est question de sauver des vies. Je vous ai dit tout à l’heure qu’il y a des milliers de personnes qui sont mortes à Goma, des milliers qui sont déplacés, qui sont sans abri.

C’est pour cela que le Président de la République est prêt à construire l’unité, avec ce qui viendra avec l’agenda du Congo, et non pas l’agenda des agresseurs pour continuer à piller l’Est de la RDC et à maintenir un climat des terreurs. De toute façon, l’action du Gouvernement permettra de mettre fin à ces agissements.

Retranscris par Econews avec TV5 Monde

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