Les consultations nationales en RDC, censées sceller un « Gouvernement d’union nationale », ont viré au fiasco. Sous la houlette du conseiller spécial du Chef de l’État en sécurité, Eberande Kolongele, des personnalités non mandatées par leurs partis — comme Moïse Moni Della, présenté à tort comme représentant d’Ensemble de Moïse Katumbi, ou encore Jeannot Lompempe présenté comme délégué du FCC de Joseph Kabila — ont été reçues, transformant le dialogue en un « bal des débauchés ». L’opposition, qui rejette ces participants illégitimes, dénonce une mascarade, tandis que Vital Kamerhe, président de l’Assemblée nationale, alertait dès le départ sur le risque de « débauchage ». Résultat : un gouvernement fantôme se profile, miné par l’improvisation et privé de toute crédibilité. Des personnalités non mandatées s’invitent aux pourparlers, plongeant le processus dans le chaos et le discrédit. L’« union nationale » promise n’aura décidément que le nom.
Les consultations nationales censées déboucher sur la formation d’un «Gouvernement d’union nationale » en République démocratique du Congo (RDC) ont pris un tour grotesque, transformant ce dialogue politique en une mascarade aux allures de « bal des débauchés ». Sous la supervision d’Eberande Kolongele, conseiller spécial du chef de l’État en matière de sécurité, des personnalités non mandatées par leurs partis ont été reçues, vidant l’exercice de sa légitimité et attisant les tensions au sein d’une opposition déjà méfiante.
Mercredi, la réception de Moïse Moni Della, présenté à tort comme représentant d’Ensemble pour la République de Moïse Katumbi – pourtant farouchement opposé à ces consultations –, a symbolisé le fiasco. Dans le même élan, des individus se réclamant du Front commun pour le Congo (FCC) de Joseph Kabila ou du jeune mouvement de Jeannot Lompempe ont été accueillis sans mandat officiel. Ces invitations, perçues comme des manipulations, ont provoqué un tollé.
«Prendre des individus qui seront rejetés au lendemain de la publication du gouvernement, ça relève du débauchage », avait pourtant prévenu Vital Kamerhe, président de l’Assemblée nationale et figure clé de la majorité présidentielle, dès le lancement des consultations. Son appel à la «cohésion » et au « langage commun » est resté lettre morte, laissant place à une foire d’empoigne où chaque acteur tire à hue et à dia.
Les principaux partis concernés, Ensemble et le FCC, ont immédiatement désavoué ces «représentants» autoprocla-més. « Nous ne reconnaissons pas ceux qui prétendent parler en notre nom », a tranché un porte-parole de Moïse Katumbi, dénonçant une tentative de « déstabilisation » de l’opposition. Du côté du FCC, on dénonce une «manœuvre pour fragmenter nos positions ».
Cette pagaille révèle les fractures profondes au sein de la classe politique congolaise. Alors que le président Félix Tshisekedi souhaitait, via ces consultations, élargir sa base et apaiser les tensions après un scrutin contesté, le processus semble avoir exacerbé les divisions. « C’est un jeu dangereux : en court-circuitant les structures officielles des partis, on alimente le cynisme des citoyens», analyse un diplomate occidental sous couvert d’anonymat.
Un gouvernement « fantôme » en perspective
Résultat : le futur « Gouvernement d’union nationale » risque de n’avoir d’union que le nom. Les partis d’opposition boycotteront probablement un exécutif composé de personnalités sans légitimité, réduisant l’exercice à une opération de communication. «Ce sera un gouvernement de figurants, sans ancrage politique réel », prédit un éditorialiste kinois.
Pire, ce chaos pourrait retarder davantage la réponse aux urgences nationales : la guerre à l’Est, la crise économique et les attentes sociales. « Comment gouverner dans ce cirque médiatique ? », s’interroge une militante de la Société civile, évoquant le risque d’une « paralysie institutionnelle ».
Ce fiasco met en lumière les limites de la stratégie du président Tshisekedi, qui mise sur l’inclusion formelle de l’opposition tout en marginalisant ses leaders. « La main tendue du président doit s’adresser aux structures reconnues, pas à des opportunistes », insiste un cadre de l’UDPS, parti au pouvoir.
En l’absence de rectification, les consultations nationales resteront dans les mémoires comme un «bal des débauchés» – symbole criant d’une classe politique en perte de repères, où l’intérêt général cède le pas aux ambitions individuelles.
Econews