Une confusion médiatique a récemment entouré la désignation de l’envoyé spécial des États-Unis dans la région des Grands Lacs, après que le sénateur Ronny Jackson, membre de la Commission des affaires étrangères du Sénat américain, ait été présenté à tort comme représentant officiel de la Maison-Blanche. C’est finalement Massad Boulos, homme d’affaires américano-libanais et beau-père de la fille du président Donal Trump, qui a été nommé à ce poste stratégique. Il entame cette semaine une mission d’évaluation dans plusieurs capitales africaines, dont Kinshasa, Kigali et Kampala, avec un passage prévu à Nairobi.
Kinshasa est la première étape de sa tournée sous-régionale où il a échangé jeudi avec le Président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo.
Les mots de l’envoyé spécial de Trump
Aux côtés de Mme Corina Sanders, secrétaire d’État adjointe pour les affaires africaines, et de M. Dan Dunham, directeur Afrique du Conseil national de sécurité des Etats-Unis, M. Massad Boulos, s’exprimant en français, mesure la portée de sa mission : «Vous avez entendu parler d’un accord sur les minéraux. Nous avons pris connaissance de la proposition de la RDC, et je suis heureux d’annoncer que le Président et moi avons convenu d’une voie à suivre pour son élaboration ».
Il se dit à l’écoute de Kinshasa pour tracer la voie à suivre : « Je me réjouis de collaborer avec le Président Tshisekedi et son équipe pour établir une relation plus profonde qui profite au peuple congolais et au peuple américain ». « Il s’agit, pense-t-il, d’investissements de plusieurs milliards de dollars. Il s’agit d’emplois, de transfert de connaissances et d’infrastructures. Il ne peut y avoir de prospérité économique sans sécurité ».
Mais, l’engagement des Etats-Unis est conditionné par le retour de la paix dans la région : « Nous souhaitons une paix durable qui affirme l’intégrité territoriale et la souveraineté de la RDC, et qui projette les bases d’une économie régionale florissante ».
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Il faut reconnaître que la méprise concernant Ronny Jackson a suscité des interrogations sur la communication de la diplomatie américaine. Le sénateur, proche de l’ancien président Donald Trump et connu pour ses prises de position controversées, n’a jamais été mandaté pour cette mission. Le département d’État a clarifié la situation en confirmant la nomination de Massad Boulos, figure discrète mais influente, dont les liens familiaux avec le président Trump avaient alimenté la confusion.
Spécialiste des questions de développement et des relations internationales, Massad Boulos est un acteur chevronné, ayant œuvré dans des contextes humanitaires complexes. Sa nomination intervient dans un moment critique pour les Grands Lacs, où les tensions entre la RDC et le Rwanda, ainsi que les rivalités autour des ressources naturelles, menacent la stabilité régionale.
Objectifs de la tournée : palper le terrain
La mission de Boulos, décrite comme une « évaluation de terrain », vise à recueillir des informations directes auprès des gouvernements et acteurs locaux. À Kinshasa, il a abordé, avec le Président Félix Tshisekedi, la crise sécuritaire dans l’Est de la RDC et les accusations de soutien rwandais à la coalition rebelle AFC/M23. À Kigali, les discussions porteront probablement sur les allégations congolaises et les efforts de médiation régionaux. Son passage à Kampala et Nairobi suggère une volonté de sonder les positions de l’Ouganda et du Kenya, deux pays clés dans les dynamiques économiques et sécuritaires de la région.
Cette tournée s’inscrit dans le cadre d’un reposi-tionnement discret des États-Unis en Afrique centrale, où Washington cherche à contrer l’influence croissante de la Chine et de la Russie, tout en apaisant les foyers de conflit.
La désignation de Massad Boulos, bien que justifiée par son expertise, soulève des questions sur les critères de sélection de la Maison-Blanche. Cependant, des sources diplomatiques américaines insistent sur son indépendance : « Boulos n’est pas un novice. Son parcours dans le secteur privé et son réseau international en font un interlocuteur pragmatique», explique un conseiller du département d’État.
Les attentes sont élevées : les autorités congolaises espèrent un engagement plus ferme des États-Unis contre le Rwanda, tandis que Kigali souhaite un arbitrage équilibré. Pour les observateurs, la mission de Boulos pourrait préparer le terrain à une médiation renforcée ou à des sanctions ciblées contre les acteurs déstabilisateurs.
Hugo T.