images 2

La France à la tête du Conseil de sécurité de l’ONU : la RDC reléguée dans l’ombre de l’Ukraine et du Moyen-Orient

La France a pris les rênes du Conseil de sécurité des Nations Unies pour le mois d’avril, avec l’ambassadeur Jérôme Bonnafont à sa tête. Si Paris promet de « pousser dans la bonne direction » les discussions sur un cessez-le-feu en Ukraine et de prioriser les crises au Moyen-Orient, la guerre dans l’Est de la République démocratique du Congo (RDC), pourtant l’un des conflits les plus meurtriers au monde, ne figure pas parmi les dossiers urgents à l’agenda. Une omission qui suscite l’amertume à Kinshasa et interroge sur l’équilibre des priorités internationales.

Dès son entrée en fonction, Jérôme Bonnafont, représentant permanent de la France à l’ONU, a clarifié les axes de travail de sa présidence : « La question la plus urgente est de savoir si les annonces sur les discussions de cessez-le-feu en Ukraine produiront des résultats», a-t-il déclaré, soulignant l’importance d’une « poussée collective » des membres du Conseil pour soutenir les initiatives diplomatiques entre Washington, Kiev et Moscou.

Le Moyen-Orient occupera également une place centrale. Un débat public trimestriel sur la création d’un État palestinien est prévu, tandis que la situation à Gaza, les tensions israélo-palestiniennes, et les foyers de crise au Liban et en Syrie seront examinés. « La situation est très préoccupante », a insisté Bonnafont, appelant le Conseil à « agir » face à l’enlisement des violences.

La RDC, l’oubliée de l’agenda français ?

Pendant ce temps, la crise dans l’Est de la RDC, où les groupes armés multiplient les massacres et où près de 7 millions de déplacés survivent dans des conditions humanitaires désastreuses, semble reléguée au second plan. Aucune session dédiée n’est annoncée, alors que le conflit congolais, alimenté par des rivalités régionales et l’exploitation illégale des ressources, représente une menace durable pour la stabilité de l’Afrique centrale.

Cette absence contraste avec les appels répétés de Kinshasa, qui dénonce depuis des mois le soutien rwandais à la coalition rebelle AFC/M23 et réclame un engagement plus ferme de la communauté internationale. Pour certains diplomates africains, sous couvert d’anonymat, « la France, comme d’autres puissances, privilégie les crises qui touchent directement ses intérêts stratégiques ou médiatiques ».

Un risque de «deux poids, deux mesures»

Le choix des priorités françaises ravive le débat sur l’inégalité de traitement des crises par le Conseil de sécurité. Alors que l’Ukraine bénéficie d’une attention constante et que le Moyen-Orient reste un dossier historique, les conflits africains peinent à mobiliser la même énergie. « La RDC paie le prix de sa complexité géopolitique et de l’épuisement des donateurs », analyse un expert onusien.

Pourtant, les chiffres rappellent l’urgence : selon l’ONU, plus de 200.000 personnes ont fui leurs foyers dans le Nord-Kivu depuis février 2024, et les violences sexuelles liées au conflit atteignent des niveaux records. Malgré cela, les résolutions et les sanctions ciblées se font rares, faute de consensus entre les membres permanents du Conseil.

Interrogé sur l’absence de la RDC dans l’agenda d’avril, un diplomate onusien relativise : « Tous les membres peuvent proposer des sujets de discussion », laissant entendre que la balle est dans le camp des pays africains, qui siègent temporairement au Conseil. La France, selon lui, reste « attentive » à la situation, mais privilégie une approche régionale via des canaux parallèles, comme les efforts de la Communauté d’Afrique de l’Est.

Un argument qui ne convainc pas les ONG sur le terrain. «Les discours ne sauvent pas des vies », déplore une responsable humanitaire à Goma, rappelant que « sans pression internationale, les groupes armés continueront de tuer en toute impunité ».

Quelle place pour l’Afrique?

Alors que le mois d’avril s’annonce chargé pour le Conseil de sécurité, la présidence française devra concilier ses priorités affichées et les attentes des pays du Sud, qui réclament un multilatéralisme plus équitable. Pour la RDC, l’espoir réside dans une éventuelle session imprévue ou dans la mobilisation d’alliés africains pour porter son dossier.

En attendant, Kinshasa observe, amer, le ballet diplomatique new-yorkais, conscient que chaque jour perdu se traduit par de nouvelles vies sacrifiées dans l’indifférence relative de la communauté internationale.

Econews

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Verified by MonsterInsights