Le Chef de l’État a lancé un appel à la formation d’un « Gouvernement d’union nationale », une annonce qui, sur le papier, aurait pu susciter un brin d’espoir. Las ! Ce projet, présenté comme une main tendue à l’opposition, s’apparente davantage à une farce politique où l’on tente de faire du neuf avec du vieux. Les méthodes employées — celles-là mêmes qui ont plongé le pays dans des crises cycliques — sont recyclées sans vergogne, comme si l’histoire ne servait qu’à répéter ses pires chapitres.
L’idée d’un gouvernement inclusif n’est pas en soi mauvaise. Mais quand elle se réduit à une opération de « débauchage » d’opposants estampillés, sans mandat ni légitimité, elle devient un leurre. Le conseiller spécial du Chef de l’État en matière de sécurité, chargé des consultations, semble avoir retenu une seule leçon du passé : « Pour donner l’apparence de l’unité, il suffit de remplir des sièges avec des étiquettes «opposition» ». Peu importe que ces personnalités ne représentent qu’eux-mêmes, peu importe que leurs partis désavouent leur participation. L’essentiel est de cocher une case médiatique, quitte à vider l’exercice de toute substance.
Cette stratégie, loin d’être innovante, est un classique congolais. On se souvient des gouvernements, dits « d’ouverture » ou « de cohésion », où des figures opportunistes étaient parachutées pour masquer l’absence de vision. Résultat ? Des exécutifs éclatés, des réformes bloquées, et un cynisme populaire grandissant.
Les consultations actuelles suivent scrupuleusement ce scénario. En intégrant des individus sans base politique réelle, on fabrique un gouvernement fantoche, incapable de porter une voix collective. Comme l’écrivait un observateur kinois : « À cette allure, les consultations vont accoucher d’une grosse souris ». La métaphore est cruelle, mais juste.
Pire, cette mascarade sape les rares occasions de dialogue authentique. En court-circuitant les structures légitimes de l’opposition — celles de Katumbi, de Kabila ou d’autres —, le pouvoir entretient l’idée que toute contestation peut être neutralisée par un poste ministériel ou une enveloppe. Une logique de marchandage qui, loin d’apaiser les tensions, exacerbe les rivalités et nourrit le chaos.
Le vrai drame, c’est que la RDC n’a plus le luxe de gaspiller du temps en pantomimes politiques. La guerre à l’Est s’enlise, l’économie vacille, et une jeunesse désenchantée exige des comptes. Dans ce contexte, persister à croire que « débaucher » deux ou trois personnalités sans influence règlera les problèmes relève de l’aveuglement volontaire.
Ce dont le pays a besoin, c’est d’une refonte systémique : des institutions crédibles, où les nominations se fondent sur le mérite, non sur les connivences; un dialogue inclusif, incluant les oppositions structurées, la société civile et les provinces oubliées; une vision claire pour l’éducation, la santé et la justice, domaines où les carences alimentent le désespoir.
Or, rien de cela n’est possible si l’on s’obstine à reproduire les recettes éculées du clientélisme et de l’improvisation.
Econews