En France, de la gauche à l’extrême droite, les candidats à l’Elysée s’emparent de la situation de crise entre Paris et Bamako, sujet, avec parfois une certaine improvisation. Sur place, dans la région, la Cédéao peine à s’imposer.
Une élection à l’Elysée ne se gagne sans doute pas grâce au volet international. Mais la bonne connaissance des dossiers étrangers permet de se construire une stature de chef d’Etat. Les candidats le savent et c’est la raison pour laquelle ils sont si prompts à donner leur avis sur les tensions au Mali.
Après le décès, le 22 janvier 2022, d’Alexandre Martin, 53e soldat français tué au Mali depuis 2013, la stratégie de la France au Sahel s’est imposée dans le débat. L’annonce par la junte, lundi, de l’expulsion de l’ambassadeur français à Bamako, a poussé les candidats à se positionner plus avant. Avec, parfois, une certaine improvisation.
Interrogée mercredi sur CNews, Valérie Pécresse a déploré que le chef de l’Etat n’emploie pas la manière forte en retour. Dans ces conditions, « qu’est-ce que l’ambassadeur du Mali fait encore en France ?», a demandé la candidate du parti Les Républicains. Marine Le Pen a eu le même réflexe, lundi, en déclarant qu’il « devrait déjà être dans l’avion » en direction de Bamako.
Les deux candidates semblaient ignorer que le Mali ne dispose plus d’ambassadeur en France depuis février 2020, mais d’un chargé d’affaires, après un incident diplomatique lié à l’opération « Barkhane ». « L’important, c’est peut-être de se renseigner sur ces dossiers avant de tenir des propos d’estrade dans une logique politicienne et électoraliste », a répondu Gabriel Attal, porte-parole du gouvernement, à la sortie du conseil des ministres.
Anne Hidalgo se distingue à gauche
La présidente de la région Ile-de-France a également estimé « qu’on n’a pas vocation à rester dans un pays qui ne veut pas de nous » et que la question du maintien de la France au Mali était « clairement posée », sans pour autant remettre en question la présence des soldats sur place. « Il faut que nous restions au Sahel pour protéger ce territoire de la menace islamiste qui peut déstabiliser l’Afrique. Le destin de l’Afrique et celui de l’Europe sont complètement liés», a estimé Mme Pécresse lundi, tout en parlant d’«humiliation» de la France après l’annonce de l’expulsion de Bamako du diplomate français.
A l’extrême droite, Eric Zemmour a renchéri : «Nous nous battons pour expulser les djihadistes du Mali, mais le Mali expulse notre ambassadeur. Nos soldats meurent pour un pays qui nous humilie ! Toute la politique africaine de la France est à repenser», a-t-il déclaré sur Twitter. Sa concurrente Marine Le Pen a affirmé que «la France a perdu une influence folle en Afrique». Selon elle, le comportement de la junte au pouvoir au Mali doit susciter «une réponse extrêmement ferme». Elle a proposé, par exemple, de «mettre fin à l’aide internationale» à destination de ce pays d’environ 20 millions d’habitants.
Pour autant, la France doit-elle arrêter l’opération «Barkhane» ? «Si le gouvernement malien souhaite faire appel à d’autres Etats (comme la Russie) pour assurer sa défense, il en va de sa souveraineté », a-t-elle fait savoir. Une position envisagée également par Jean-Luc Mélenchon, le candidat de La France insoumise : «Tout cela est très mal engagé et il faut se retirer de là ».
Fabien Roussel, le candidat du Parti communiste, est aussi favorable à une sortie «progressive» des forces françaises du Mali. Yannick Jadot, le candidat écologiste, a aussi préconisé le «repli de nos soldats sur d’autres pays» et souhaité que les militaires présents au Mali soient maintenus «dans les camps, les casernes».
De son côté, la socialiste Anne Hidalgo se distingue à gauche puisqu’elle a demandé à ce que «la France retrouve le chemin du dialogue». Elle «doit tout faire pour maintenir «Barkhane» au Mali, mais pas toute seule. (…) Il faut maintenir cela avec l’Europe et compléter cette opération militaire par une politique d’accompagnement du développement», affirme la maire de Paris.
Sommet à Accra des dirigeants de la Cédéao
Les dirigeants de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cédéao) se sont réunis jeudi à Accra (Ghana), alors que trois pays de cette région frappée par les jihadistes (Mali, Guinée et Burkina Faso) sont dirigés par des militaires putschistes et ont été suspendus de ses instances. C’est d’ailleurs le Burkina Faso qui a occupé une place importante de ce sommet, après la visite à Ouagadougou de deux délégations – chefs d’état-major, puis ministres de la région – qui ont rencontré le nouvel homme fort du Burkina, le lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba.
Saluant lundi des «discussions franches», la ministre des Affaires étrangères du Ghana, Shirley Ayorkor Botchwey, a trouvé la junte burkinabè «très ouverte aux suggestions et aux propositions» qui ont été faites par la Cédéao.
La semaine dernière, lors de sa seule déclaration publique depuis sa prise de pouvoir, M. Damiba a assuré que son pays, en proie à des attaques jihadistes régulières depuis 2015, avait «plus que jamais besoin de ses partenaires» internationaux.
Outre le Burkina, la situation au Mali voisin, également en proie à la violence jihadiste, sera aussi étudiée au sommet d’Accra.
La Cédéao a lourdement sanctionné en janvier la junte du colonel Assimi Goïta, porté à la tête du Mali par un premier coup d’Etat en août 2020 et intronisé président «de la transition» à la suite d’un second putsch, en mai 2021.
La question de la Guinée, également suspendue des instances de la Cédéao, devrait également être abordée à Accra.
Enfin, un quatrième pays ouest-africain devrait s’inviter à l’ordre du jour du sommet : la Guinée-Bissau, visée mardi par un coup d’Etat avorté qui a fait plusieurs morts et blessés graves, selon le président Umaro Sissoco Embalo.
Econews avec AFP