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Mort tragique du policier de la PCR : entre exigence de justice et impératif de stabilité

La mort tragique d’un policier de la PCR, attribuée à des actes de torture commis par des membres de la sécurité de la Première ministre, a enflammé l’opinion publique congolaise. Alors que les appels à des sanctions exemplaires contre les responsables se multiplient, des voix accusatrices ciblent directement Mme Judith Suminwa, réclamant sa démission pour « responsabilité politique » — une thèse jugée dangereuse en pleine crise sécuritaire à l’Est et à l’heure cruciale des négociations avec les États-Unis autour d’un deal « Mines contre sécurité ». Entre exigence de justice et impératif de stabilité, le Gouvernement marche sur une corde raide : fragiliser l’exécutif risquerait de plonger le pays dans un « trou noir » politique, au détriment des priorités nationales. Le Président Félix Tshisekedi, face à ce dilemme, est appelé à résister aux pressions et à préserver la cohésion d’un État déjà éprouvé. La mort d’un policier et les appels à la démission de la Première ministre ne doivent pas éclipser l’urgence des défis nationaux. Justice, oui… Instrumentalisation, non !

La mort tragique d’un officier de la Police de circulation routière (PCR), dont les circonstances atroces — liées à des actes de torture imputés à des membres de la sécurité de la Première ministre — ont provoqué un séisme dans l’opinion publique, pose une question brûlante : comment concilier la quête de justice et la préservation de la stabilité gouvernementale dans un pays confronté à des défis existentiels ?

L’indignation populaire est légitime. La brutalité de ce crime exige une réponse ferme : les responsables directs doivent être identifiés, jugés et sanctionnés avec la plus grande rigueur. Aucune impunité ne saurait être tolérée dans un État de droit. Toutefois, transformer cette affaire en procès politique contre Mme Judith Suminwa, la Première ministre, relève d’une dangereuse surenchère. Accuser la cheffe du gouvernement d’être la « responsable politique » de ce drame, voire exiger sa tête, sans preuve tangible de son implication, frise la démagogie. Dans un climat déjà surchauffé, ces accusations alimentent une polarisation stérile, détournant l’attention des véritables enjeux.

Alors que le pays est englué dans une guerre à l’Est — avec son cortège de violences, de déplacés et de crises humanitaires — et tente de finaliser un accord stratégique avec les États-Unis, la priorité devrait être l’unité et l’action coordonnée. Or, réclamer un remaniement ministériel, voire la formation d’un nouveau gouvernement, reviendrait à ouvrir une boîte de Pandore. Les lourdeurs administratives et les jeux de pouvoir, caractéristiques d’une « léthargie suicidaire » dénoncée par certains observateurs, paralyseraient l’exécutif pendant des mois. Le temps perdu serait un luxe que la RDC ne peut se permettre.

Personne ne nie les dysfonctionnements au sein des appareils de sécurité, ni la nécessité de réformes structurelles. Mais exiger la démission de la Première ministre sous prétexte d’une responsabilité politique indirecte équivaudrait à fragiliser un pilier du gouvernement en pleine tempête. Mme Suminwa, bien que contestée, incarne une forme de continuité critique à l’heure où les négociations avec les partenaires internationaux, notamment sur le volet économique et sécuritaire, exigent une ligne cohérente. La remplacer maintenant plongerait le pays dans une incertitude propice aux calculs opportunistes, au détriment de l’intérêt général.

Le risque du « trou noir » politique

Les détracteurs de la Première ministre jouent avec le feu. Une démission forcée ou un remaniement précipité créerait un vide politique que les factions rivales s’empresseraient d’exploiter, retardant davantage les décisions urgentes. Le Président de la République, Félix Tshisekedi, se retrouverait piégé entre des demandes populaires légitimes et la nécessité de garder le cap sur des dossiers vitaux. Céder aux pressions émotionnelles reviendrait à sacrifier la stratégie de long terme sur l’autel de l’immédiateté.

La voie à suivre est étroite mais essentielle : une justice exemplaire pour les bourreaux du policier, couplée à un soutien institutionnel au gouvernement actuel. Cela suppose un équilibre délicat entre écoute des citoyens et refus des manipulations politiciennes. Le Président Tshisekedi doit résister aux « chants de sirènes » qui promettent un soulagement illusoire au prix d’un chaos durable.

La RDC a besoin de stabilité pour achever les négociations en vue d’un « Gouvernement d’union nationale », juguler la guerre à l’Est et relancer son économie. En ces heures sombres, la sagesse commande de ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain.

Econews

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