Le ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, a échangé ce mardi avec les élèves de l’École nationale d’administration (ENA) sur les «Enjeux de la guerre dans l’Est de la RDC : communication de crise et diplomatie médiatique». Une intervention en terrain conquis, devant les futurs hauts fonctionnaires de l’Administration publique appelés à incarner la «gouvernance transparente et performante » défendue par le directeur général de l’ENA, Cédric Tombola Muke.
Sans détour, Patrick Muyaya a décrypté les racines du conflit dans l’Est de la RDC : «Le Rwanda mène une guerre économique pour sa survie, avec des visées expansionnistes : repeuplement, contrôle des ressources, extension de sa sphère d’influence », a-t-il martelé. Face à l’Ouganda, dont les intérêts seraient « profitables» à la RDC, il a dénoncé Kigali pour ses «prétextes» – des accusations sur les FDLR, la protection des Tutsis ou le non-respect de l’accord du 23 mars 2009.
Le ministre a surtout insisté sur la «guerre hybride» menée par le Rwanda, combinant actions militaires et «armée numérique» spécialisée dans la désinformation. « Leur poison, c’est un mensonge bien orchestré pour nous affaiblir», a-t-il averti, citant les discours de haine et l’abandon des réfugiés congolais au Rwanda.
CINQ FRONTS POUR UNE CONTRE-OFFENSIVE GLOBALE
Pour contrer cette offensive, le gouvernement mobilise cinq leviers : militaire, diplomatique, médiatique, judiciaire et économique. «En diplomatie, ce sont les intérêts qui priment, pas l’empathie», a rappelé Muyaya, soulignant les progrès réalisés sur chaque front. Il a notamment révélé la création d’une «cellule de crise» post-discours présidentiel du 29 janvier 2025, chargée de combattre la désinformation rwandaise.
Le ministre a lancé un appel clair aux élèves de l’ENA : «Chacun doit se constituer en agent pour combattre le poison rwandais». L’ENA, selon lui, doit former des cadres capables de : devenir des soldats de l’armée numérique congolaise; défendre la vérité face aux manipulations; mobiliser leurs compétences dans l’effort de guerre; prêcher l’unité nationale et soutenir les forces armées.
UNE GENERATION EN PRISE AVEC LES REALITES DU TERRAIN
Les élèves, visiblement marqués par ces échanges, ont salué la clarté du message. «C’était un moment de prise de conscience», a confié Marie-Clémence Kangite, de la promotion «Mamadou Ndala».
«Nous devons porter le message des autorités et défendre notre patrie sur tous les fronts », a renchéri Joël Makelela, délégué de promotion, insistant sur le rôle de l’ENA dans la diffusion d’une «communication républicaine ».
Alors que la RDC tente de reprendre le contrôle narratif face à Kigali, cette rencontre illustre la volonté de Kinshasa d’armer intellectuellement ses futurs dirigeants. Reste à savoir si cette «diplomatie médiatique» suffira à inverser le cours d’une guerre où l’information est devenue une arme aussi redoutable que les kalachnikovs.
Francis N.