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Rien ne va plus entre Bruxelles et Kigali

Le gouvernement rwandais a interdit toute collaboration entre ses institutions et la Belgique, y compris via les ONG, les agences et les organisations confessionnelles. Cette décision fait suite à la rupture des relations diplomatiques annoncée, le 17 mars dernier, et s’applique à tous les fonds, subventions, dons ou contributions financières provenant du gouvernement belge, de ses institutions ou d’organismes affiliés. Aucune entité rwandaise ne pourra désormais bénéficier d’un financement belge, y compris par l’intermédiaire de tiers. 

Norman Ishimwe est analyste et président de Jambo Asbl, une organisation rwandaise de défense des droits de l’homme basée à Bruxelles. Il déplore cette décision.

DW : Certaines organisations sont déjà impactées sur place par la suspension de l’aide américaine, se voir priver d’une autre source de financement comme celle de la Belgique, c’est un coup dur pour ces organisations. Quelle alternative elles pourraient avoir ?

Norman Ishimwe : C’est compliqué parce que ce n’est même pas seulement l’aide au développement qui diminue. Il n’y a pas que les États-Unis et la Belgique…des pays comme l’Allemagne, la France, également le Canada ont dit qu’ils allaient suspendre leurs investissements prévus. C’est beaucoup de sources de financement qui se tarissent. Le Président Kagame, dans son dernier discours, a dit que désormais la population rwandaise devait rentrer dans un programme, dit de «serrer la ceinture».

Alors le Rwanda et la Belgique ont un lien historique qui remonte à plusieurs années. Vu le contexte actuel, est-ce qu’il faut craindre que ces relations tendues persistent ?

Le président Paul Kagame fait un pari en se disant qu’il est prêt à accepter des relations compliquées et tendues pendant un certain temps. Mais qu’il va utiliser ce temps pour gagner, en tout cas atteindre la victoire militaire. Et je pense qu’il se dit que s’il arrive à atteindre Kinshasa, que ça soit militairement par une victoire du M23 ou que ça soit par une révolution de palais ou un coup d’État en tout cas, toute forme de changement de pouvoir qui lui permettrait d’avoir la main mise sur la RDC, il se dit que la situation de fait ferait que les pays occidentaux qui ont développé en tout cas ces dernières semaines des sanctions, ainsi que les relations qui se tendent, vont mettre de l’eau dans leur vin parce qu’ils auront intérêt à ce que les ressources stratégiques congolaises puissent à nouveau les atteindre.

Ce qui signifie donc que tout ce qu’on peut espérer des négociations de paix, des différentes initiatives, on voit les initiatives qataries, les initiatives de l’EAC, de la SADC, des initiatives américaines. Enfin, toutes ces initiatives, à mon avis, sont vouées à l’échec parce que pour le président Kagame, c’est tout ou rien.

Un retour à la normale dans les relations entre Bruxelles et Kigali passe par une résolution de la crise dans l’Est de la RDC, selon vous ?

Elle passera en tout cas du point de vue de Kigali par le fait que la Belgique mette de l’eau dans son vin et vienne quémander un retour à la normale. Je pense que du côté du Rwanda, ils ne feront pas machine arrière. En tout cas, ça, c’est le pari du président Paul Kagame. Du côté de la Belgique, je pense que les efforts en tout cas sont très importants pour essayer d’atteindre un retour à la paix, une solution négociée. Mais pour l’instant en tout cas, on ne voit pas exactement ce qui pourrait arrêter le président Paul Kagame et ses velléités d’atteindre Kinshasa.

Avec DW

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