Mercredi noir pour Fils Mukoko : en attendant la case Justice, du rejet politique à la révocation comme DG a.i. de la RASKIN

Mukoko

Embargo médiatique du CSAC, désaveu de l’UDPS, condamnation du Gouvernement, enquête judiciaire et révocation de son poste de Directeur général ad intérim de la RASKIN : Fils Mukoko a traversé une journée de mercredi particulièrement mouvementée après ses déclarations controversées sur les réseaux sociaux, notamment ses menaces visant des ressortissants étrangers établis en RDC. Une sortie qui a provoqué une levée de boucliers institutionnelle et politique, plaçant désormais ce cadre du parti au pouvoir face aux instances compétentes.

En quelques heures, Fils Mukoko, qui se présente comme le « Baba de la jeunesse » de l’UDPS, s’est retrouvé au cœur d’une vive controverse. En cause, une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux dans laquelle il évoque la distribution d’armes à la population, notamment dans les terrains de football, les églises et les universités. Il y tient également des propos menaçants à l’égard de ressortissants occidentaux vivant en RDC, particulièrement les Belges, tout en annonçant une mobilisation devant l’ambassade de Belgique.

Ces déclarations, d’une gravité particulière, ont suscité de nombreuses réactions en raison des risques qu’elles pourraient faire peser sur la sécurité publique et les relations diplomatiques de la RDC. La perspective d’armer des civils en dehors du cadre légal a notamment provoqué l’indignation de plusieurs acteurs politiques et institutionnels.

Le Porte-parole du Gouvernement, Patrick Muyaya, a vivement condamné les propos attribués à Fils Mukoko, les qualifiant d’«horreur absolue ». Il a tenu à préciser que ces déclarations n’engageaient ni l’exécutif ni aucune institution de la République.

Kinshasa entend ainsi éviter toute confusion entre les prises de position individuelles et la ligne officielle du pays, particulièrement sur une question aussi sensible que la sécurité des ressortissants étrangers. Le Gouvernement a également assuré que les dispositions nécessaires étaient prises pour garantir la protection des missions diplomatiques, de leur personnel et de leurs installations.

Le CSAC impose un embargo de 88 jours

Le Conseil supérieur de l’audiovisuel et de la communication (CSAC) a, pour sa part, décidé d’imposer à Fils Mukoko un embargo médiatique de 88 jours, à titre conservatoire, selon les informations relayées par plusieurs médias.

Cette mesure lui interdit de s’exprimer dans les médias, sur les réseaux sociaux et par d’autres moyens de communication de masse pendant la période prévue. Le régulateur lui a également demandé de se présenter pour une audition.

Le CSAC estime que les déclarations incriminées sont susceptibles de porter atteinte à l’ordre public et au droit à la vie. Il rappelle par ailleurs qu’un mandataire public est tenu à une obligation de réserve dans l’exercice de ses fonctions.

L’UDPS refuse d’endosser ses propos

Le désaveu est également venu de l’UDPS/Tshisekedi. Dans un communiqué publié le 21 octobre, le parti présidentiel a condamné toute initiative visant à distribuer des armes à la population en dehors du cadre légal.

Signé par son président intérimaire, Augustin Kabuya Tshilumba, le document précise que les initiatives annoncées par Fils Mukoko n’ont été autorisées par aucune instance compétente du parti. L’UDPS réaffirme son attachement à la non-violence et rappelle que la liberté d’expression ainsi que le droit de manifester doivent s’exercer dans le respect des lois de la République.

Guillaume Ngefa saisit la justice

Sur le terrain judiciaire, le Ministre d’État, Ministre de la Justice et Garde des Sceaux, Guillaume Ngefa Atondoko Andali, a enjoint au Procureur général près la Cour de cassation d’ouvrir une enquête sur les faits rapportés.

Les autorités judiciaires devront examiner les déclarations attribuées à Fils Mukoko et déterminer si elles sont susceptibles de constituer des infractions au regard de la législation congolaise. La démarche rappelle que la liberté d’expression ne saurait servir de justification à des menaces ou à des actes susceptibles de mettre en danger la vie d’autrui.

Il reviendra toutefois à la justice d’établir les faits et les responsabilités éventuelles, dans le respect des droits de la défense. L’ouverture d’une enquête ne constitue pas, à elle seule, une déclaration de culpabilité.

Suspendu de ses fonctions à la RASKIN

Comme si ces réactions ne suffisaient pas, Fils Mukoko a également été suspendu de ses fonctions de Directeur général adjoint du Réseau d’assainissement de Kinshasa (RASKIN), selon les informations communiquées sur le dossier.

Cette décision administrative ajoute une nouvelle dimension à l’affaire. Elle pose la question de la responsabilité des mandataires publics, appelés à faire preuve de discernement dans leurs prises de parole, particulièrement lorsque celles-ci touchent à la sécurité des personnes et aux relations extérieures du pays.

Comme si la suspension ne suffisait pas, sur décision du Gouverneur Daniel Bumba, Fils Mukoko vient finalement d’être révqué de son poste de Directeur général ad intérim de la  RASKIN. Une fin tragique pour un combattant qui pensant avoir atteint le ciel.

Une affaire désormais entre les mains des institutions

En l’espace d’une journée, les déclarations de Fils Mukoko ont donc provoqué une réaction en chaîne au sein des institutions publiques et de son propre camp politique. Le CSAC a pris une mesure conservatoire, le Gouvernement a condamné ses propos, l’UDPS s’en est désolidarisée, tandis que la justice a été saisie et que sa suspension de la RASKIN a été annoncée.

Au-delà du cas individuel, cette affaire rappelle les limites légales qui encadrent la parole publique, notamment lorsqu’elle évoque l’usage des armes ou cible des ressortissants étrangers. Dans un contexte sécuritaire déjà délicat, de telles déclarations ne peuvent être traitées comme une simple polémique numérique.

La suite dépendra désormais des procédures engagées et des conclusions des instances compétentes. Pour Fils Mukoko, l’enjeu immédiat sera de répondre aux faits qui lui sont reprochés, tandis que les autorités devront veiller à ce que les mesures prises respectent les règles de droit.

Econews

Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*