Fissures à l’UNC : si Bahati a sauvé son AFDC, Kamerhe perd déjà le contrôle de son parti

images 2026 10 02T110647.892

Le malaise gagne-t-il l’Union pour la nation congolaise (UNC) ? C’est désormais l’une des questions qui agitent les milieux politiques de Kinshasa. Après la perte de la présidence de l’Assemblée nationale, Vital Kamerhe, leader de l’UNC, traverse une séquence politique particulièrement délicate. Son parti demeure officiellement membre de l’Union sacrée, mais les dernières semaines ont laissé apparaître des signes de distance entre certaines composantes de l’UNC et la majorité présidentielle.

Le 22 septembre dernier, l’absence remarquée de l’UNC, du MLC et de l’AFDC-A lors de la marche organisée par l’UDPS à Kinshasa a notamment nourri les interrogations sur la cohésion de l’Union sacrée autour de l’agenda porté par le parti présidentiel.

La séquence est d’autant plus sensible que Vital Kamerhe vient de quitter la tête de l’Assemblée nationale dans un contexte de forte pression politique. Des sources rapportées par la presse ont évoqué un départ intervenu avant un vote de destitution, alors que 262 députés avaient engagé une procédure contre lui.

Cette chute du perchoir a incontestablement changé le rapport de forces autour du président de l’UNC. L’homme qui occupait l’une des fonctions institutionnelles les plus importantes du pays se retrouve désormais sans cette tribune. Une situation qui alimente les spéculations sur son avenir politique, alors même que son parti doit préserver son unité et sa capacité de négociation au sein de la majorité.

L’UNC se désintègre

Pour autant, le scénario d’un Kamerhe définitivement éloigné du pouvoir ne correspond pas aux déclarations publiques disponibles.

Le 28 août, le président de l’UNC avait apporté un soutien clair à l’initiative de Dialogue national lancée par le Chef de l’Etat, Félix Tshisekedi, qualifiant cette démarche de « rupture méthodologique inédite ». Il avait appelé les Congolais à s’impliquer dans ce processus et estimé qu’il pouvait contribuer à l’émergence d’un État stratège.

Quelques semaines plus tard, des informations de presse ont même présenté Kamerhe comme une personnalité susceptible de jouer un rôle dans la préparation du dialogue national. Cette éventualité n’était toutefois pas encore une décision officielle au moment de ces publications.

Autrement dit, Kamerhe n’a pas officiellement claqué la porte de l’Union sacrée.

Une bataille d’influence autour de l’UNC ?

C’est précisément à l’intérieur du parti que la situation mérite désormais une attention particulière. Une formation politique aussi structurée que l’UNC ne peut rester indifférente aux bouleversements de son environnement politique. La perte du perchoir, la recomposition de l’Union sacrée et les débats sur le dialogue national placent nécessairement le parti devant des choix stratégiques.

Des prises de position divergentes autour de l’orientation politique de l’UNC alimentent déjà l’impression d’une ligne de fracture. Mais il convient de distinguer les tensions politiques, les divergences internes et une éventuelle tentative de prise de contrôle du parti, cette dernière n’étant pas établie par les éléments disponibles.

Le précédent de l’AFDC de Modeste Bahati, qui avait elle-même traversé une importante bataille interne, sert désormais de référence dans les commentaires politiques. Mais chaque situation possède sa propre dynamique.

Le parti peut-il survivre à la tempête ?

La question fondamentale est désormais celle de la capacité de Vital Kamerhe à maintenir son leadership sur l’UNC dans une période où les équilibres politiques congolais sont en pleine recomposition. Car derrière les querelles de personnes se joue une question plus lourde : quelle place pour l’UNC dans la nouvelle architecture politique qui se dessine autour du dialogue national et de l’Union sacrée ?

L’UNC demeure officiellement dans la majorité et certaines de ses structures continuent d’affirmer leur soutien à Kamerhe et au Président Tshisekedi. Au Kasaï-Central, par exemple, l’interfédération du parti a récemment réaffirmé son soutien à la position de son président national sur le dialogue.

Le parti n’est donc pas à terre. Mais les signaux contradictoires qui émergent dans son environnement politique montrent que la bataille pour son orientation future pourrait devenir l’un des prochains fronts de la recomposition politique congolaise.

Pour Vital Kamerhe, l’enjeu est désormais de taille : conserver son influence, préserver l’unité de sa formation et déterminer quelle place l’UNC entend occuper dans la nouvelle séquence politique qui s’ouvre à Kinshasa. La guerre pour l’avenir de l’UNC n’est peut-être pas encore déclarée. Mais les premiers coups de semonce, eux, sont déjà audibles.

Francis N.

Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*