
Et si la prison cessait d’être seulement un lieu d’exécution de la peine pour devenir aussi une véritable école de la réinsertion ? C’est l’ambition qui se dessine à travers le rapprochement entre le ministère de la Justice et le Service national (SN). Formation professionnelle, activités productives, agriculture, élevage et amélioration de l’approvisionnement des prisons figurent au cœur de cette coopération appelée à renforcer la réforme pénitentiaire en République Démocratique du Congo.
En réalité, une nouvelle dynamique se dessine dans le secteur pénitentiaire congolais. Le ministère de la Justice et le Service national envisagent de conjuguer leurs efforts afin de donner davantage de contenu à la réinsertion socioprofessionnelle des personnes condamnées de droit commun. Cette perspective de coopération a été au centre d’une séance de travail tenue jeudi à Kinshasa entre le Ministre d’État, Ministre de la Justice et Garde des Sceaux, Guillaume Ngefa Atondoko Andali, et le Commandant du Service national, le Général Jean-Pierre Kasongo Kabwik.
Au-delà d’une simple collaboration institutionnelle, les échanges ouvrent la voie à une approche nouvelle de l’univers carcéral : faire de la période d’incarcération un temps de rééducation, d’apprentissage et de préparation au retour dans la société.
De la prison à l’apprentissage d’un métier
La vision portée par le ministère de la Justice repose notamment sur le concept de « prison-école ». Il s’agit de permettre, dans le respect de la loi, aux personnes condamnées d’acquérir des compétences susceptibles de faciliter leur réinsertion et de réduire les risques de récidive.
Dans cette perspective, l’expérience du SN apparaît comme un potentiel levier. Le Garde des sceaux Guillaume Ngefa a ainsi salué le leadership du Général Jean-Pierre Kasongo Kabwik et les résultats obtenus par le Service national dans l’encadrement de jeunes autrefois impliqués dans la délinquance et désormais engagés dans l’agriculture, l’élevage, la construction ou encore d’autres activités productives.
L’objectif est donc d’examiner comment cette expérience pourrait, dans le cadre légal existant, contribuer à renforcer les programmes de rééducation et de formation destinés aux personnes condamnées.
Le Ministre d’État a toutefois tenu à rappeler un principe essentiel : cette coopération ne saurait remettre en cause les prérogatives de l’autorité judiciaire ni instaurer, par voie administrative, un nouveau régime d’exécution des peines. La réinsertion doit ainsi avancer de pair avec le respect de la légalité, des droits des personnes condamnées et des compétences de chaque institution.
L’expérience de Makala comme point de départ
Pour donner à cette démarche une base concrète, le ministère de la Justice souhaite évaluer le parcours d’anciens détenus de la prison centrale de Makala déjà intégrés au Service national. Leur expérience permettra notamment d’examiner les formations reçues, leur participation aux activités productives et leur évolution depuis leur intégration.
Cette évaluation pourrait fournir des enseignements précieux pour bâtir un dispositif plus structuré de réinsertion socioprofessionnelle. L’enjeu est de passer progressivement d’une logique de détention à une logique de préparation à la vie après la peine.
La coopération envisagée ne se limite pas à la réinsertion. Les deux institutions ont également exploré les possibilités offertes par les capacités agricoles et d’élevage développées par le Service national pour contribuer à l’amélioration de l’alimentation dans les établissements pénitentiaires.
Selon les données présentées au cours de la réunion, le Service national aurait produit environ 40.000 tonnes de maïs au cours de l’année et disposerait d’un cheptel de plus de 10.000 têtes de bétail. Le Général Kasongo Kabwik a également évoqué l’acquisition d’une nouvelle ferme dans le Kongo Central.
Des capacités qui pourraient, sous réserve des études nécessaires, constituer un atout pour les établissements pénitentiaires confrontés à d’importants défis d’approvisionnement.
Un éventuel mécanisme devra toutefois être encadré sur les plans juridique, technique et financier, notamment en matière de commande publique, de qualité, de traçabilité des denrées et de gestion des ressources publiques.
Les échanges ont également abordé la situation des « bâtisseurs » engagés dans les activités du Service national à Kinshasa.
Environ 4.500 personnes participeraient actuellement à des opérations d’assainissement dans la capitale, selon les informations communiquées par le Général Kasongo Kabwik. Leur statut juridique, leurs conditions d’encadrement et les mécanismes de protection applicables ont également été évoqués. Cette dimension illustre la nécessité d’un encadrement institutionnel clair de toutes les personnes participant aux programmes concernés.
Une feuille de route pour passer des intentions aux actes
Le rapprochement entre le ministère de la Justice et le Service national devrait désormais franchir une nouvelle étape avec l’organisation d’une réunion technique destinée à préparer une feuille de route commune.
Celle-ci devra notamment déterminer les bénéficiaires potentiels, les programmes de formation, les responsabilités de chaque institution, les mécanismes de suivi et d’évaluation ainsi que les conditions juridiques et financières de mise en œuvre.
Une fois les études techniques et juridiques réalisées, les propositions pourront ouvrir la voie à la formalisation d’un éventuel partenariat.
À travers cette initiative, le ministère de la Justice entend donner une nouvelle dimension à la réforme pénitentiaire : faire de la peine non seulement un temps de sanction, mais aussi, lorsque la loi le permet, un temps de reconstruction. Et dans cette ambition, le Service national pourrait devenir un partenaire majeur pour transformer les compétences acquises derrière les barreaux en véritables outils de réinsertion, d’autonomie et de retour à une vie productive.
Econews


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