
Soupçonnant l’arrivée de Joseph Kabila Kabange (JKK) à Goma, j’avais en 2025 posé 12 questions qui se résument en deux : Est-ce le fils de son père, assassiné en 2001 par la mafia rwandaise, qui est entré à Goma sous la protection et le contrôle de ces mêmes Rwandais ? Est-ce le Président, fils de Laurent-Désiré Kabila (LDK), qui a radié Makenga et ses alliés de l’armée pour se retrouver aujourd’hui sous leur protection ? (…)
Autant d’interrogations d’un homme désemparé par le revirement spectaculaire d’un Président qui a basculé, après 18 ans de pouvoir, dans la rébellion : quel gâchis, quelle leçon pour la jeunesse, quelle honte pour la République, quelle humiliation pour tous les intellectuels que nous sommes d’avoir cru que nous accompagnions le fils de Mzée dont nous connaissions la ligne directrice et la posture de défenseur de l’intégrité du territoire !
Beaucoup de gens se demandent : pourquoi ceux qui ont travaillé avec Joseph Kabila, comme
Julien Paluku, sont-ils en première ligne d’attaque ? Pour certains, ils chercheraient des emplois et navigueraient à tout vent.
Voilà où mènent les analyses quand on est frappé de cécité.
Qu’il est bas de développer un tel argumentaire face aux preuves irréfutables d’une trahison sans appel !
En effet, ils auraient raison si JKK vivait après son mandat ce qu’il clamait constamment : la défense des valeurs démocratiques, la paix et la concorde. Ils auraient raison si l’on voyait JKK aux côtés de son successeur lors des cérémonies officielles, comme c’est le cas dans d’autres pays, ou si on le voyait circuler librement dans les rues de Kinshasa.
Les Congolais vivraient alors la concrétisation d’une alternance pacifique.
Qui lui a demandé de quitter la ville de Kinshasa ?
Ne dit-on pas souvent que chasser le naturel, il revient au galop! En effet, on finit toujours par agir comme on a vécu.
Le revirement spectaculaire de JKK nous a permis de comprendre tout le jeu et la mécanique de la guerre à l’Est que nous ne saisissions pas à l’époque. C’est après son arrivée à Goma en 2025 que nous avons compris certains faits et gestes d’une extrême gravité.
Je vais en citer six :
- Premier fait : La décision de demander aux FARDC de stopper la guerre à Tongo, dans le territoire de Rutshuru (2008), en donnant l’ordre d’arrêter le combat alors que Laurent Nkunda et Bosco Ntaganda pliaient bagage (le Colonel Zaïre, paix à son âme, pouvait en témoigner ; d’autres me lisent encore). Les militaires, furieux de cet ordre, se sont arrêtés, et Laurent Nkunda les a aussitôt pourchassés, occasionnant la chute du camp militaire de Rumangabo (octobre 2008) et l’avancée des troupes du CNDP jusqu’à Monigi, sans toutefois entrer dans la ville de Goma.
- Deuxième fait : L’arrestation de Laurent Nkunda le 21 janvier 2009 en échange des opérations Umoja Wetu, menées du 25 janvier au 25 février 2009. Où a-t-on déjà vu une opération militaire de seulement 30 jours, particulièrement contre les FDLR, dans une province deux fois plus grande que le Rwanda ? Ceux qui ont géré des opérations militaires savent le temps qu’il faut pour planifier, mettre les troupes en condition, déployer le matériel et obtenir des retours de renseignement. Bref, c’était une mascarade totale issue d’un deal Kabila-Kagame que nous ne comprenions pas, moi et les autorités militaires congolaises à mes côtés à Goma en tant que Gouverneur.
- Troisième fait : Le séjour momentané du M23 dans la ville de Goma, du 20 novembre au 1er décembre 2012. C’est après l’arrivée de JKK à Goma en 2025 que nous avons compris la complicité de 2012. À cette époque, JKK voulait simplement se poser en dernier rempart au sein d’une mafia organisée Kabila-Kagame. On se serait cru dans un film de Rambo. Le 24 novembre 2012, nous nous sommes rendus à Kampala pour la réunion de la CIRGL. Comme par un coup de baguette magique, l’ordre a été donné au M23 de se retirer de Goma le 1er décembre 2012. Ce qui fut fait. Mais cela est impossible aujourd’hui, car il n’existe aucune complicité avec le régime de FATSHI. À ce jour, l’homme-orchestre, à savoir JKK, est à Goma où il a rejoint ses alliés d’antan. Qui peut le nier ?
- Quatrième fait : La nomination de Bosco Ntaganda à Goma comme commandant des opérations Amani Leo. L’objectif était de maîtriser les militaires congolais, car il s’est enfui peu de temps après avec 25 tonnes de munitions pour fonder le M23 à Masisi en avril 2012. Il y a été rejoint par le Colonel Makenga, que JKK avait placé à Bukavu comme chargé des opérations et détenteur de tous les moyens financiers de la région militaire. C’est en le voyant rejoindre le M23 en 2025 que nous comprenons enfin tous ces agissements.
- Cinquième fait : La chute de Chanzu, le 5 novembre 2013. Le Général Bahuma avait reçu l’ordre d’arrêter le combat et de ne pas prendre la colline de Chanzu car, selon JKK, les rebelles du M23 étaient prêts à arborer des foulards blancs et à se rendre aux FARDC.
Comment JKK le savait-il ? Bref, ils se parlaient. Patriotisme oblige, cet ordre n’a pas été exécuté, car le Général Bahuma venait de perdre beaucoup de militaires autour de Chanzu et craignait leur réaction face à une telle directive (rappelant le scénario de Tongo en 2008 évoqué ci-dessus). Nous nous sommes regardés, Bahuma et moi, sans rien dire, et nous avons achevé le travail le 5 novembre 2013, téléphones éteints (comprene qui pourra). JKK, furieux, a mis un mois pour arriver au Nord-Kivu, soit en décembre 2013, et a lancé au Colonel Mamadou en ma présence : « Vous pensez que vous faites de la politique dans l’armée ! ».
Nous nous sommes de nouveau regardés avec le Colonel Mamadou, analysant cette phrase en silence, hochant la tête, les larmes aux yeux.
- Sixième fait : Le destin des héros, architectes de la victoire de Chanzu : ils sont tous morts. Le Colonel Mamadou un mois plus tard (janvier 2014) et le Général Bahuma 8 mois après (août 2014). Le seul rescapé, Julien Paluku, sera publiquement qualifié d’« homme à jeter dans le lac » par JKK à Rutshuru en 2015, lors de l’inauguration de la centrale de Matebe. En entendant cela, je me suis rappelé le texte « L’Impiété punie » (d’auteurs français de notre classe de 2e secondaire). Dès cet instant là, je fus convaincu que je ne tarderais pas à être frappé à mon tour. [Fin de l’épisode, car Dieu est Grand.]
[(Extrait de mes mémoires, Tome 2, faisant suite au Tome 1 paru en 2016 : « Le Nord-Kivu entre démocratie et guerres »)]
Mesdames et Messieurs,
À vous qui êtes à Goma, à Bukavu, bref au Nord et au Sud-Kivu ; À vous qui êtes à Kinshasa et partout en RDC : Quand un ancien chef d’État trahit la République, le peuple doit se lever.
Appuyer une telle forfaiture constitue également un acte de trahison, de lâcheté et de déni des valeurs républicaines.
Pour conclure et passer à un autre chapitre :
- J’ai entendu JKK affirmer qu’il a laissé une armée derrière lui… Laquelle ?
Celle qui exécutait systématiquement des ordres de repli face à l’ennemi ? Celle des mixages et des brassages ? Celle infiltrée par Kagame et James Kabarebe qui imposaient leurs commandants dans les Régions militaires? Celle des Généraux promus à la va-vite sans avoir jamais gagné une seule bataille ? Celle des Lieutenants élevés au grade de Général de Brigade en 6 mois? Celle, enfin, d’une pyramide totalement inversée en âge et en grades, bref, une armée comptant plus d’officiers que d’hommes de troupe ?
Non, il faut réserver ce genre de discours aux naïfs, pas à un ancien Gouverneur du Nord-Kivu qui a vécu tous ces épouvantails! Et si JKK s’imagine pouvoir mener une guerre contre l’armée congolaise, c’est précisément parce qu’il sait ce qu’il y a semé ou plutôt, ce qu’il n’y a pas laissé.
Mais qu’il prenne garde : sept années se sont écoulées, et il connaîtra une bien grande surprise !
Il trouvera face à lui un dirigeant aguerri à la tête du pays, porté par tout un peuple et pleinement confiant en son Dieu!
- J’ai entendu également JKK parler de corruption et de droits de l’homme. Cela prête à rire et ferait même ressusciter les morts ! Ce n’est vraiment pas à JKK de donner des leçons de lutte contre la corruption, l’enrichissement sans cause ou les violations des droits humains.
■ Qui oubliera le feuilleton des Panama Papers (2016) ou le dossier Congo Hold-Up (2021) ?
■ Qui oubliera que la RDC de Joseph Kabila avait été exclue de l’AGOA en 2010 pour violations massives des droits de l’homme, avant d’être réintégrée en 2020 sous Félix-Antoine Tshisekedi ?
Le dire ne relève pas de l’opportunisme pour obtenir un poste, comme beaucoup le prétendent. Non ! C’est un devoir sacré pour le citoyen congolais que je suis, témoin des événements, acteur politique et chercheur attitré. Les postes passent, mais la patrie demeure. Je suis guidé par mon esprit républicain lorsque je vois un compatriote devenu Président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi, se battre contre vents et marées pour protéger la RDC et son peuple. Le soutenir, c’est aimer son pays. Le soutenir contre les sirènes venant de l’Est, c’est cela être un vrai patriote.
J’ai pitié de ceux qui soutiennent le contraire, car même dans le chômage ou la misère, il faut rester patriote. Aimer et défendre son pays ne se négocient pas.
Dénoncer la trahison de Joseph Kabila ne signifie nullement renoncer au travail que j’ai accompli durant ses mandats, travail qui reste connu de tous. S’opposer à sa posture actuelle, c’est refuser de trahir la Nation comme lui, en faisant preuve d’esprit républicain face à un homme qui s’est détourné des valeurs fondamentales de la République.
Enfin, un message à toute la population de la RDC, particulièrement celle de l’Est : en 16 minutes de discours, JKK n’a eu aucun mot pour vos souffrances. Vous êtes frappés par la guerre et par Ebola, mais cela n’est pas sa préoccupation, car vous n’êtes pas sa priorité. Son souci est simple : comment s’enrichir de nouveau sur votre misère et freiner l’élan de développement de la RDC, qui reprend progressivement sa place dans le concert des Nations.
Chers frères et sœurs,
Avec toute ma sympathie et ma solidarité à ce qui vous arrive, opposez une résistance farouche à l’option que JKK prétend vouloir annoncer, à savoir prendre officiellement les commandes de la guerre qu’il mène déjà dans l’ombre.
Personne ne nous chassera de cette terre. Battons-nous jusqu’à recouvrer l’intégrité totale du territoire aux côtés de Félix-Antoine Tshisekedi. Rappelez-vous que les conditions difficiles créent des femmes et des hommes forts.
Vive la Patrie !
Julien Paluku
Opérateur politique et politologue congolais (Museme tena)


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