
Le 15 juin dernier, le Sénateur Salomon Idi Kalonda, alias SK Della, mettait en garde contre les risques d’un passage en force de la loi sur le référendum, susceptible non seulement d’ouvrir la voie à un éventuel changement de la Constitution mais de plonger dans l’incertitude. Quatre mois plus tard, l’adoption de ce texte par l’Assemblée nationale, le 23 octobre, malgré le boycott de l’opposition, ravive ses inquiétudes. Désormais, tous les regards se tournent vers le Sénat, ultime étape parlementaire où son Président, Jean-Michel Sama Lukonde, est appelé à mesurer la portée de cette décision et à se rappeler la voie de sagesse préconisée par son collègue. L’heure est-elle venue de privilégier le consensus national plutôt que la confrontation autour d’une question aussi sensible pour l’avenir institutionnel du pays ? Rappel des faits.
A0u Sénat, au Chef de l’Etat et au peuple congolais qui nous regarde
Le 15 juin dernier, j’adressais une lettre ouverte au Président de la République. Je l’appelais à retirer la proposition de loi référendaire que je qualifiais de faute historique. Je la republie aujourd’hui car rien de ce que j’y écrivais n’a perdu sa pertinence. Au contraire, même.
Vendredi 23 octobre, l’Assemblée nationale a de nouveau adopté cette loi, après le renvoi du texte par le Chef de l’État et la prise en compte des treize réserves d’interprétation de la Cour constitutionnelle. Elle l’a fait, une fois encore, sans l’opposition. Une loi qui touche au pacte fondateur de la Nation, votée par un seul camp. Un mépris absolu.
Qu’on ne s’y trompe pas : corriger la forme ne guérit pas le fond. Treize réserves d’interprétation prises en compte ne transforment pas une mauvaise intention en bonne loi. L’objet reste le même : ouvrir la voie au changement de la Constitution du 18 février 2006 et, derrière lui, à un troisième mandat pour l’actuel Président, ce que cette Constitution interdit formellement.
Chers collègues Sénateurs,
Le texte revient devant nous en seconde lecture. Ce n’est pas une formalité. C’est un rendez-vous avec l’Histoire. Le Sénat est la chambre de la sagesse et de l’équilibre des provinces. Je vous demande de ne pas être la chambre qui a ouvert la boîte de Pandore. Chacun aura, tôt ou tard, à en répondre.
Monsieur le Président de la République,
Vous avez renvoyé ce texte. Le peuple y a vu un signe d’hésitation, peut-être de lucidité. Ne laissez pas passer cette chance. Vous gardez le dernier mot : celui de ne pas promulguer. Pendant que l’Est saigne, que l’État ne contrôle pas une partie de son territoire et que des millions de Congolais vivent déplacés, la priorité ne peut pas être de réécrire la Loi fondamentale. Votre père, Étienne Tshisekedi, et beaucoup d’autres qui nous ont déjà quittés se sont battus pour qu’aucun homme ne se place au-dessus de la Constitution. Ne permettez pas ce qu’ils ont combattu avec constance et acharnement.
Peuple congolais,
Je vous prends à témoin. Souvenez-vous des noms de ceux qui auront voté, de ceux qui auront refusé et de celui qui aura éventuellement promulgué. La Constitution de 2006 est le fruit de Sun City, payée du prix du sang de nos compatriotes. Elle n’appartient ni à un parti, ni à un homme. Elle vous appartient.
Il est encore temps. Mais, je le crains, plus pour longtemps !
Salomon Kalonda Della Idi
Sénateur de la République


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