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68% des Congolais plaident pour un dialogue national afin de ramener la paix dans l’Est (Sondage Les Points)

Alors que les regards sont tournés vers Luanda, où se jouent les tractations diplomatiques pour tenter de mettre un terme au conflit dans l’Est de la République Démocratique du Congo, l’opinion publique nationale semble, elle aussi, aspirer à une concertation de grande ampleur. Selon un récent sondage du cabinet « Les Points », une large majorité de Congolais – 68% – estime qu’un dialogue national est la clé pour sortir de la crise sécuritaire qui paralyse la partie Est de la RDC.

Faut-il se parler pour faire taire les armes ? C’est en tout cas la conviction d’une majorité de la population congolaise. Alors que les pourparlers initiés sous l’égide de l’Angola se poursuivent à Luanda pour tenter de rapprocher les belligérants, un nouveau sondage réalisé par le cabinet d’études « Les Points » apporte un éclairage saisissant sur les attentes des citoyens.

Selon cette enquête d’opinion, 68 % des Congolais interrogés se déclarent favorables à la tenue d’un dialogue national. Ce chiffre témoigne d’un sentiment profond au sein de la population : la conviction que le drame humanitaire et sécuritaire qui déchire la partie orientale du pays depuis des décennies ne pourra être résolu sans une vaste concertation politique et sociale impliquant l’ensemble des forces vives de la nation.

Ce soutien à l’idée d’un dialogue intervient dans un contexte où les initiatives diplomatiques régionales se multiplient, mais peinent à endiguer la violence des groupes armés qui continuent de semer la terreur au Nord-Kivu et en Ituri. Pour les citoyens, il s’agirait de dépasser le simple cadre militaire pour s’attaquer aux racines profondes du mal : la gouvernance, la cohésion nationale, et la répartition des ressources.

Entre espoir de paix et crainte du « partage du gâteau »

Cependant, derrière ce large consensus apparent se cache un scepticisme tout aussi massif. Le sondage du cabinet Les Points révèle en effet une inquiétude majeure qui pourrait freiner cet élan populaire.

Pas moins de 60 % des personnes favorables à un dialogue national redoutent que celui-ci ne soit qu’un « moment de partage des postes politiques ». Cette crainte, profondément ancrée dans la mémoire collective, renvoie aux nombreuses concertations du passé qui, trop souvent, ont abouti à des accords de partage du pouvoir entre élites, sans jamais améliorer concrètement les conditions de vie des populations ni apporter une paix durable.

Cette défiance illustre le dilemme auquel sont confrontés les acteurs politiques et la société civile : comment organiser une concertation inclusive qui puisse à la fois répondre à l’urgence sécuritaire et restaurer la confiance d’une population lassée par les compromissions politiques ?

Alors que les consultations se poursuivent à Luanda sous la médiation de l’Union africaine, le gouvernement congolais, qui privilégie pour l’instant le canal diplomatique régional, va devoir composer avec cette pression populaire. Les résultats de ce sondage sonnent comme un rappel à l’ordre adressé à la classe politique : pour les Congolais, la paix dans l’Est ne pourra se décréter uniquement dans les capitales étrangères ; elle doit aussi et surtout être construite et pensée à Kinshasa, mais aussi à Goma, Bukavu et dans tous les territoires meurtris.

Le défi est donc double pour les autorités et les forces politiques : parvenir à un cessez-le-feu par la voie diplomatique, tout en esquissant, en interne, les contours d’un dialogue qui ne soit pas perçu comme une énième « conférence des appointés ».

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