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Dialogue entre Congolais : Tshisekedi seul maître à bord. Kabila, Nangaa et consorts exclus du jeu

Face à la persistance de la crise sécuritaire dans l’Est du pays, le Président de la République, Félix Tshisekedi, se dit ouvert à un dialogue entre Congolais, mais à ses conditions. Devant le corps diplomatique accrédité en RDC, le Chef de l’État a fixé des lignes rouges claires : toute initiative devra se tenir exclusivement sur le sol national, sous l’égide des institutions de la République et dans le strict respect de la Constitution. Une ouverture encadrée qui s’accompagne d’une fermeté assumée, Tshisekedi excluant catégoriquement du processus Joseph Kabila et Corneille Nangaa, qu’il assimile aux auteurs des crimes et à l’agression contre le pays.

Le Président de la République, Félix Tshisekedi, a défini samedi des conditions strictes et exclusives pour un éventuel dialogue entre Congolais visant à résoudre la crise sécuritaire qui ravage l’Est du pays. S’il en reste partisan, le Chef de l’État en revendique la maîtrise exclusive, en excluant tout cadre étranger et en bannissant la participation de figures perçues comme hostiles à l’État.

Sur la toile, un analyste pense qu’avec Félix Tshisekedi au pouvoir, « il faut déjà oublier le dialogue ». « En prenant le contre-pied des forces politiques et sociales qui appellent à un dialogue inclusif, Tshisekedi a clairement signifié son refus de toute médiation extérieure. Qu’il s’agisse de l’ECC-CENCO, de l’Angola ou de l’Union africaine, aucun de ces acteurs n’a désormais grâce à ses yeux. Pour lui, le dialogue, s’il devait avoir lieu, ne peut être qu’une initiative strictement nationale, organisée à Kinshasa, sous son autorité directe, et surtout sans jamais remettre en cause sa légitimité ni celle des institutions issues des élections contestées de décembre 2023. La ligne rouge est nette, assumée, presque brutale : on adhère à ses conditions ou l’on s’exclut soi-même », commente-t-il.

Bien plus, devant le corps diplomatique accrédité à Kinshasa, réuni au Palais de la Nation, le Président Tshisekedi a fermement établi le cadre constitutionnel et territorial de cette éventuelle concertation. « Si ce dialogue devait se tenir, il se déroulerait sur le sol national, et serait conduit et organisé par les institutions de la République, dans le respect de la Constitution, des lois de la République et des règles démocratiques qui fondent notre pacte national », a-t-il tranché.

Cette déclaration sonne comme un refus clair des offres de médiation extérieure, notamment de l’Angola et du Togo, qui s’étaient dits prêts à accueillir des pourparlers. Elle affirme une volonté de souveraineté et de contrôle interne du processus.

Une porte fermée à Kabila et aux « auteurs de crimes »

Plus radical encore, le Président Tshisekedi a explicitement exclu de ce dialogue son prédécesseur, Joseph Kabila, ainsi que Corneille Nangaa, ancien président de la CENI et actuel chef politique de la coalition AFC/M23, accusée de mener des hostilités au Nord-Kivu.

« Dialogue oui, mais pas avec les auteurs des crimes commis contre nos populations », a-t-il affirmé avec intransigeance. Il a précisé que ce dialogue interne « ne saurait tenir lieu ni se substituer aux obligations internationales » et ne peut servir à « relativiser une agression ni pour diluer les responsabilités établies », en référence claire aux accusations portées contre le Rwanda.

Justice et dialogue : les poursuites demeurent

Félix Tshisekedi a par ailleurs insisté sur le fait qu’un tel processus politique ne mettrait pas un frein à l’action de la justice. « La justice suivra son cours normal, avec rigueur, jusqu’au bout et sans complaisance, afin d’honorer la mémoire de celles et ceux injustement tombés du fait de l’agression », a-t-il prévenu.

Ces déclarations dressent les contours d’un dialogue étroitement encadré par le pouvoir en place. Elles semblent répondre à la fois aux pressions internationales en faveur d’une solution négociée et aux critiques internes, tout en cherchant à éviter toute légitimation d’opposants considérés comme des adversaires ou des traîtres.

La balle est désormais dans le camp des différentes parties prenantes et de la communauté internationale. Celle-ci devra déterminer si un dialogue aux conditions aussi restrictives peut réellement constituer une voie crédible vers la pacification d’une région en proie à la violence depuis près de trois décennies.

Econews

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