De par son comportement, ses attitudes et ses pratiques politiques et géopolitiques observés depuis son avènement au pouvoir suprême, en mars 2000, il s’avère que Vladimir Poutine, le maître du Kremlin post-soviétique, est, idéologiquement parlant, un farouche, un implacable et un cruel nationaliste tsariste, nostalgiquement enraciné dans le totalitarisme soviétique, essentiellement fondé sur l’autoritarisme impérial et fondamentalement enfermé dans le conservatisme russe. Ces quatre idéologies politiques constituent le soubassement de son méga-programme de rétablissement d’un Etat russe très puissant, craint et capable de s’imposer à nouveau au reste du monde. Ces idéologies s’apparentent, toutes, à l’ultra-conservatisme. Vladimir Poutine, l’irrésistible aspirant à l’hégémonie géopolitique mondiale, est donc le monstre sacré de la révolution conservatrice russe en cours depuis 26 ans.
La politique se fait nécessairement dans le cadre d’une idéologie politique déterminée tel que le libéralisme, le conservatisme, le socialisme, le communisme, le totalitarisme, l’autoritarisme, etc. Chacune de ces idéologies a une conception spécifique de la nature humaine et de la liberté à partir de laquelle ses tenants, constitués en parti politique, aspirent à diriger leur pays respectif. Mais, à laquelle de ces différentes idéologies se rattache concrètement Vladimir Poutine, le maître du Kremlin post-soviétique, qui tient à restaurer un Etat russe très puissant, craint et capable de s’imposer à nouveau au reste du monde? L’écrasante majorité de ses adeptes, supporters, fanatiques et autres sympathisants africains le considèrent généralement comme le plus grand et le plus important leader politico-idéologique mondial de la gauche révolutionnaire, socialiste et communiste, des temps modernes. Et ce, à notre humble avis, pour les quatre raisons suivantes: Primo, Vladimir Poutine est directement issu du régime communiste soviétique qui était, 70 ans durant, le leader du mouvement révolutionnaire socialiste et communiste mondial. Secundo, metteur en scène consommé et incomparable de sa propre personne, Vladimir Poutine se pose en figure de proue des farouches oppositions à l’hégémonie géopolitique mondiale unilatérale, inique et insupportable de l’Occident depuis 6 siècles. Tertio, Vladimir Poutine fait particulièrement rêver à ses clients africains l’avènement d’une hégémonie géopolitique mondiale multipolaire, équilibrée, partenariale et respectueuse de tous les peuples, revendiquée par les BRICS au nom de tous les opprimés de l’ordre mondial établi et imposé par cet Occident «pourri, satanique et cupide. » Quarto, enfin, en vue de les conquérir le plus facilement et le plus rapidement possible, Vladimir Poutine subjugue ses clients africains au moyen d’une propagande très agressive, tortueuse et émotionnelle contre ce diable d’Occident.
En retour, ces derniers voient en lui ce leader mondial capable de les aider à s’émanciper du joug occidental qu’ils subissent depuis 141 ans et, par conséquent, à s’engager résolument sur la voie du développement intégral, intégré et durable. Erreur monumentale et fondamentale ! Car, ultranationaliste irréversible, patriote éprouvé et impérialiste invétéré comme Donald Trump et Xi Jinping, ses compères respectivement américain et chinois, Vladimir Poutine est exclusivement commis à la promotion, au maintien, à la défense et à l’accroissement ininterrompu des seuls et uniques intérêts supérieurs nationaux, géopolitiques, géostratégiques, géoéconomiques et géotechniques russes. Il a donc pour but intime et ultime, en tant que maître du Kremlin post-soviétique, de rendre à la Russie, à la fois tsariste et soviétique, sa puissance d’avant 1991 et de la mener victorieusement vers l’hégémonie géopolitique mondiale envisagée. C’est cet impérialisme, rejeté par l’écrasante majorité des pays d’Europe de l’Est, d’Asie centrale et d’ailleurs, tombé en désuétude depuis 34 ans et uniquement débarrassé de sa base idéologique communiste, que Vladimir Poutine tient à remettre sur les rails.
JUSTIFICATION
Trois arguments lourds nous font irrésistiblement prendre cette direction. Premièrement, à l’instar de multiples autres infiltrés et déçus du communisme, Vladimir Poutine a immédiatement et totalement rompu, dès la désintégration et du régime et de l’empire communistes soviétiques, avec le marxisme-léninisme. Et, par conséquent, avec les deux grandes idéologies politiques, le socialisme et le communisme, qui lui sont intimement rattachées. Pour preuve, il ne se réfère plus jamais, dans tous ses discours, à Karl Marx, à Lénine, au socialisme, au communisme, à la lutte des classes, à la dictature du prolétariat, à la révolution, aux masses populaires, à la bourgeoisie, etc, comme c’était toujours le cas sous le régime communiste soviétique. Toutes ces expressions et tant d’autres sont bannies, depuis 26 ans, de son vocabulaire politique. Deuxièmement, le Parti Communiste russe contemporain, même rénové, reste essentiellement orthodoxe. C’est ainsi qu’il est l’un des principaux partis politiques les plus ouvertement, farouchement et catégoriquement opposés au régime politique que Vladimir Poutine construit, implante et fortifie, depuis mars 2000, en Russie. Car, idéologiquement parlant, ils n’ont plus rien en commun. Troisièmement, enfin, Vladimir Poutine lui-même ne cesse de confirmer davantage sa position idéologique ambigüe par son antilibéralisme simultanément viscéral et complaisant. Viscéral quand il contre, par exemple, « l’emprise criminelle des oligarques récalcitrants sur le pays. » C’est-à-dire, l’emprise des oligarques russes opposés à ses méthodes et techniques de coercition et de répression gouvernementales issues du tsarisme et surtout du soviétisme. Les oligarques Boris Berëzovski, décédé, et surtout Mikhaïl Khodorkovski, qu’il a fait ruiner et s’exiler, en constituent les illustrations les plus éloquentes. Complaisant lorsqu’il se trouve en face des oligarques russes qui ferment les yeux sur les turpitudes de son régime. Mais qui, pourtant, étalent publiquement, sans aucune gêne, leurs convictions idéologiques ultralibérales en pratiquant un capitalisme sauvage. Toutefois, il demeure que Poutine ne vante jamais, non plus, cet ultralibéralisme de ses oligarques dans ses discours.
Cependant, depuis 2014 qu’il a violemment et militairement arraché la Crimée à l’Ukraine et l’a unilatéralement annexée à la Russie et surtout depuis le 24 février 2022 qu’il impose, avec acharnement, une guerre totale, impitoyable et injustifiée à ce modeste pays voisin pro-européen et pro-Otan qu’il tient à récupérer et à ramener sous le giron russe, ses voiles pudiques tombent, de plus en plus, en face d’une opinion idéologiquement avertie. En effet, il devient davantage clair qu’il n’est pas, n’est plus ou n’a jamais réellement été, c’est selon, de la gauche révolutionnaire socialiste ou communiste qu’il ignore totalement aujourd’hui, du centre-gauche social-démocrate ou du centre-droit démocrate envers lesquels il est entièrement indifférent. De même, il n’a jamais déclaré explicitement son adhésion au libéralisme qu’il semble avoir pourtant distraitement embrassé par le biais des oligarques qu’il tolère. Et alors, de quelle idéologie politique serait-il, ce Vladimir Poutine? Le profil idéologique qui se dégage de son comportement, de ses attitudes et de ses pratiques politiques et géopolitiques paraît relever d’un certain refus des idéologies, mieux, d’un certain mélange idéologique apparemment inextricable. Mais, après un long et fructueux plongeon dans les profondeurs de cet animal politique, il s’avère qu’il est littéralement traversé par quatre idéologies politiques. Il s’agit, en l’occurrence, du nationalisme (à outrance) d’Ivan IV le redoutable, dit le terrible, le 4ème tsar de l’histoire russe, ou du nationalisme grand-russe de Staline qui prit le dessus sur l’internationalisme, du totalitarisme, de l’autoritarisme et du conservatisme. Ces quatre idéologies ont émergé de son subconscient, l’ont entièrement submergé et ont pris toute la place dans son univers politique et géopolitique. Examinons de plus près son évolution concrète à l’intérieur de chacune de ces idéologies qui l’habitent, le façonnent, le caractérisent, le définissent et le conduisent dans ses discours et actes publics.
NATIONALISME
En effet, de par son comportement, ses attitudes et ses pratiques politiques et géopolitiques observés depuis son avènement à la présidence de la Fédération de Russie, en mars 2000, Vladimir Poutine s’avère d’abord être, fondamentalement un farouche nationaliste tsariste qui subordonne toute politique intérieure au développement de la puissance nationale russe. Il se révèle ensuite être, foncièrement, un implacable nationaliste tsariste qui tient à affirmer, à l’extrême, la primauté de la puissance nationale russe sans limitation de la souveraineté. Il se manifeste enfin être, essentiellement, un cruel nationaliste tsariste et stalinien qui revendique toujours au plus haut point, comme son compère américain Donald Trump, la primauté de la puissance nationale russe sur toute autre considération des rapports internationaux. Imbu et convaincu de la profonde vérité éternelle que contiendraient les croyances messianiques tsaristes de la supériorité intrinsèque du peuple russe sur tous les autres peuples du monde, de la Russie porteuse de l’avenir de l’humanité et de la Russie prédestinée au grand rôle universel, Vladimir Poutine en déduit que la mission suprême de sa Russie est de construire un nouvel ordre social mondial, dont Moscou sera le centre névralgique. D’où, l’immense campagne de communication qu’il mène inlassablement depuis 26 ans et le spectre d’une guerre nucléaire qu’il brandit et agite expressément contre l’Occident qu’il vise à déboulonner de son piédestal pour cause d’hégémonie géopolitique mondiale unipolaire, inique et indigeste.
Le nationalisme de Vladimir Poutine est, comme jadis celui d’Ivan IV le redoutable, dit le terrible, de Staline et d’Adolf Hitler et comme celui de Donald Trump aujourd’hui, intégral, conservateur, impérial et militariste. Il s’accompagne, en effet, de la xénophobie, de la volonté d’expansion par les armes, mais en même temps de la volonté d’isolement, particulièrement par rapport aux principaux pays d’Occident, ses adversaires géopolitiques. C’est cet ultranationalisme impérial qui explique sa soif inaltérable d’imaginer toutes sortes de raisons justifiant sa volonté de chercher à protéger, à libérer et à réintégrer, le cas échéant, les populations russes d’Ukraine, de Moldavie, d’Estonie, de Lituanie, de Lettonie, de Géorgie, etc, dans la mère-patrie russe. C’est dans ce même ordre d’idées qu’il se propose de réintégrer, d’ici 2030, la Biélorussie, pourtant la plus sûre de ses alliées, dans sa Russie. Et ce, avec l’accord préalable d’un nombre important de Bélarusses menés par le président Aleksandr Loukachenko. C’est cet ultranationalisme suprématiste qui l’avait conduit, en 2008, à déstabiliser délibérément la Géorgie, pro-européenne et pro-Otan. En incitant et en soutenant militairement, politiquement et diplomatiquement deux de ses régions séparatistes, l’Abkhazie et l’Ossétie du Sud, à lui faire la guerre et à déclarer unilatéralement leur indépendance. C’est cet ultranationalisme militariste qui l’avait amené à retrancher violemment et militairement de l’Ukraine, en 2014, toute la Crimée, et en 2022, l’essentiel du Donbass, qu’il a unilatéralement et irrespectueusement incorporés dans sa Russie ; à envahir massivement et profondément l’Ukraine et, enfin, à menacer la souveraineté, la sécurité et l’intégrité territoriale de la Moldavie, de l’Estonie, de la Lettonie, de la Lituanie, de la Pologne et même de l’Union Européenne dans son ensemble. C’est cet ultranationalisme expansionniste qui fait qu’il s’isole de l’Occident, en général, et des Etats-Unis d’Amérique et des principaux pays européens, en particulier, pour raison de domination géopolitique mondiale unipolaire, injuste et insupportable. Bousculé dans son for intérieur par l’impérialisme « diabolique» de l’Occident, il se rapproche stratégiquement davantage de la Chine, de la Corée du Nord, de l’Iran, de l’Inde et du Brésil avec lesquels il semble coopérer plus ou moins sincèrement. En effet, convaincu de sa puissance personnelle et surtout influencé et déterminé par la légère supériorité de la puissance nucléaire militaire de sa Fédération de Russie (5.889 ogives nucléaires) par rapport à celle des Etats-Unis d’Amérique (5.244), il a les ressorts mentaux et psychologiques de quelqu’un qui n’abdique jamais devant l’adversité.
TOTALITARISME
Ce qui précède nous a obligés à fureter davantage dans le comportement, les attitudes et les pratiques politiques et géopolitiques du maître du Kremlin post-soviétique. En vue de mieux le cerner sur le plan idéologique. Cet exercice herméneutique nous a permis de percevoir, de déceler, de nous assurer et de distinguer, dans l’ultranationalisme impérial de Vladimir Poutine, les traits essentiels du fascisme, mieux, du totalitarisme qui a caractérisé l’Italie mussolinienne, l’URSS stalinienne et de ses successeurs, l’Allemagne hitlérienne, l’Espagne franquiste, le Portugal salazarien et la Chine maoïste. En effet, le monopole absolu du pouvoir, la domination absolue de la société, le rejet subtil de la démocratie et du pluralisme politique, l’apologie feutrée de l’autoritarisme et de la violence politique, l’existence de la police politique et du système de la terreur, le culte déguisé du chef, la confusion feinte des pouvoirs, etc, font de la Russie de Vladimir Poutine un Etat totalitaire. Il s’agit là des principales caractéristiques d’un régime politique généralement à parti unique, qui n’admet aucune opposition organisée, dans lequel le pouvoir politique dirige souverainement et tend à confisquer la totalité des activités de l’Etat et de la société qu’il domine.
Un exemple concret du totalitarisme dans la Russie de Poutine? Son régime rejette malicieusement le pluralisme politique et social. D’où, son parti politique quasi-unique, La Russie Unie, dévalue la démocratie et dirige souverainement seul, mais alors vraiment seul, la Fédération de Russie depuis 26 ans. En contournant et en manipulant, à sa guise et en sa faveur, la Constitution fédérale russe. En effet, celle-ci limitait, de 1993 à 2019, la durée de mandats présidentiels à quatre ans et leur nombre maximum à deux seulement. A ce propos, rappelons-nous le jeu inédit que Vladimir Poutine avait produit et joué, à la fin de ses deux premiers mandats présidentiels (2000 – 2004 et 2004 – 2008), avec son complice Dmitri Medvedev, l’actuel Vice-président du Conseil de Sécurité, alors son Premier ministre. En effet, par la seule volonté du maître du Kremlin post-soviétique, concrétisée par une élection présidentielle apparemment libre et démocratique, Dmitri Medvedev s’est hissé à la tête de la Fédération de Russie en remplacement de Vladimir Poutine. Et ce, pour un seul et unique mandat présidentiel de 4 ans non renouvelable ! Quelles que soient la qualité, l’importance et la quantité du travail abattu durant cette période! A cette occasion, Vladimir Poutine s’est laissé nommer Premier ministre par le nouveau Président, Dmitri Medvedev. A l’issue de ce seul et unique mandat présidentiel de Dmitri Medvedev, entièrement contrôlé par son Premier ministre Vladimir Poutine, celui-ci est redevenu, au moyen d’une élection présidentielle apparemment libre et démocratique également, Président de la Fédération de Russie en 2012 et Dmitri Medvedev son Premier ministre pour la seconde fois!
C’est là une preuve éclatante que Vladimir Poutine nie même l’essence de la politique qui repose pourtant, à en croire Hannah Arendt, sur « la communauté et la réciprocité d’être différents.» C’est-à-dire, sur le pluralisme humain, idéologique et politique. Or, dans la Russie de Poutine, le pluralisme est de façade. Ce qui fait que son régime organise des élections dites libres et démocratiques, « mais, sans liberté ni d’expression, ni de candidature », affirme, sans détours, le russologue Gilles Faverel-Garrigues. En effet, les partis politiques russes d’opposition, tels que le Parti Communiste, le Parti Libéral et Démocrate, Labloco, etc, sont généralement asphyxiés. Démonstration : Leurs candidats à la présidence de la Fédération sont toujours disqualifiés et remplacés par des fantoches toujours battus par Vladimir Poutine. La plupart de ces partis sont soit totalement absents de la Douma d’Etat (Assemblée nationale) et du Conseil de la Fédération (Sénat), soit ils s’y trouvent représentés par quelques-uns supposés être les leurs, mais qui sont discrètement sélectionnés et détournés par les représentants du Kremlin qui les avaient préalablement jugés faibles. Et ce, en vue de la promotion, de la sauvegarde et de la défense prioritaires des intérêts égoïstes de leur seul camp politique considérés comme ceux de tous les citoyens russes.
AUTORITARISME
Vladimir Poutine n’est pas seulement le chef d’un régime nationaliste et totalitaire. Il est aussi le chef d’un régime autoritaire. Dans ce sens qu’il concentre et détient tous les pouvoirs dans ses seules mains en tant que président de la Fédération de Russie. Serguei Guerev témoigne: « Vladimir Poutine utilise la démocratie pour accéder au pouvoir, mais, en réalité, il recourt à des subterfuges autoritaristes. » D’où, sous son régime, la Douma d’Etat (Assemblée nationale), le Conseil de la Fédération (Sénat) et le Conseil judiciaire sont supplantés et ravalés et par son cabinet politique et par son gouvernement fédéral. « Ces deux lieux du pouvoir poutinien, impénétrables et obscurs aux yeux de ceux qui n’en font pas partie, sont les principaux leviers du régime. » Ainsi, par son parti politique quasi-unique, la Russie Unie, ses idéologues et sa police politique, Vladimir Poutine s’arroge le contrôle absolu de la vie et des esprits, tant publics que privés, à travers toute sa Fédération de Russie. En effet, il conçoit et explique l’unité et la transformation de sa Russie par une mainmise directe, lourde et bien sentie sur tous ses citoyens et sur toutes ses principales institutions. Il truffe ces institutions essentiellement de ses représentants. Ceux-ci sont généralement recrutés dans les différents services de sécurité civils, policiers et surtout militaires, d’où il provient lui-même. L’autorité de ces derniers est toujours dissimulée, mais elle est infiniment plus grande que celle des dignitaires officiels. Les citoyens russes en général et leurs élites en particulier sont constamment surveillés sur tous les plans et à tous les niveaux. Instruments de travail de Vladimir Poutine, ils ne s’appartiennent plus. Ils sont obligatoirement au service du méga-programme poutinien de restauration d’un Etat russe très puissant. Cet Etat très puissant se confond avec son parti, la Russie Unie, qui en a essentiellement pris le contrôle. Ce qui fait que, dans certaines municipalités, les bureaux de campagne de ce parti, pourtant un fait privé, sont souvent logés dans le bâtiment officiel de la mairie.
Par la seule volonté de ce régime autoritaire, la quasi-totalité des sources de contestation du pouvoir présidentiel, qui avaient émergé sous Mikhaïl Gorbatchev et se sont maintenues et développées sous Boris Eltsine, ont disparu sous Vladimir Poutine. Les principaux opposants politiques sont soit physiquement éliminés, soit emprisonnés, soit poussés à l’exil. Parmi les opposants physiquement éliminés, on compte Serguei Navalny, le plus célèbre d’entre eux ; Evgueni Prigojine, l’ancien cuisinier personnel de Poutine et chef de ses mercenaires de l’ex groupe Wagner; Dima Nova, un grand artiste-musicien ; Boris Nemtsova, un grand homme d’Etat libéral ; Anna Politkovskaïa, une journaliste de renommée internationale, et de tant d’autres anonymes. Tous les critiques du régime sont qualifiés d’agents de l’étranger, particulièrement de l’Occident, et destinés à la persécution. C’est le cas du journaliste Dmitry Mouratov, du journaliste Vladimir Kara-Mourza, de l’écrivain et Prix Nobel de la Paix Dmitry Glukhovsky et de nombreux inconnus. Certains de ceux-ci ont fini par fuir le pays. Dans ce cas, leur traque passe par la torture de leurs proches restés au pays. La propagande officielle, agressive, tortueuse, émotionnelle et ratio-émotionnelle, fonctionne merveilleusement bien. Les médias russes, publics et privés, sont tous sous contrôle du régime. Ainsi, aucune chaîne de radio-télévision, indépendante du régime, n’émet sur tout le pays et en dehors de celui-ci. Excepté le journal d’Etat, La Pravda, aucun autre journal russe n’a d’édition ni nationale, ni internationale.
Certes, comparativement avec l’écrasante majorité de ses clients africains au pouvoir ou non, Vladimir Poutine paraît être un patriote sincère et un souverainiste crédible. Certes, il est au service des seuls et uniques intérêts supérieurs nationaux, géopolitiques, géostratégiques, géoéconomiques et géotechniques russes. Mais, dans ce contexte de contrôle total de l’Etat et de la société russes, il est indiscutablement un autocrate, un dictateur ou un tyran impénitent. Et la Fédération de Russie qu’il conduit est très loin d’être un Etat de droit et de démocratie.
CONSERVATISME
Depuis l’avènement de Vladimir Poutine au pouvoir suprême, plusieurs évènements ont marqué le retour de la Russie tsariste et de la Russie soviétique dans sa Russie. Deux exemples typiques, parmi tant d’autres, illustrent chacun de ces deux volets de sa vision positive et glorieuse du passé, à la fois tsariste et surtout soviétique. Le premier concerne le retour au tsarisme sans le tsar. Il consiste en la réhabilitation et en la canonisation, en octobre 2000 et ce en tant que martyrs du communisme, de Nicolas II, le dernier tsar russe, de son épouse et de leurs cinq enfants, fusillés en 1917 par les bolcheviks. Cet exemple sert simultanément de preuve ostentatoire de son rejet du communisme et du socialisme et de son retour au tsarisme sans le tsar. Le second exemple est relatif à son retour au soviétisme sans le communisme. C’est-à-dire, à l’adoption et à la réactualisation des méthodes et techniques soviétiques de coercition et de répression du peuple. Il a particulièrement trait à la réhabilitation, en février 2017, de Staline, le leader et le chef soviétique le plus sanguinaire de l’histoire de l’URSS, et de Vassili Blokhine, son bourreau en chef, tous deux qualifiés de martyrs de l’intolérance démocratique ou carrément de la démocratie. Cette démocratie qui, selon Vladislav Souslov, le fou du roi, « ne serait, même en Occident, qu’une illusion, qui est de toute façon rejetée par le peuple russe et dont la Russie ne pourrait en garder que quelques attributs d’ordre rituel pour ne pas effrayer les voisins. » Cet exemple est en même temps une démonstration tangible du rejet de la démocratie et du pluralisme par Poutine et de son retour au soviétisme, surtout stalinien, moins les purges périodiques.
En effet, des observateurs qualifiés de la Russie post-soviétique, comme Galia Ackerman, attestent que Vladimir Poutine et son parti, La Russie Unie, « ont pour credo le conservatisme. » Dans ce sens que «le régime s’est résolument tourné vers la justification et la glorification du passé, en gommant ou en justifiant ses crimes et erreurs pour l’intérêt de l’Empire. » Dans ce contexte de retour au tsarisme sans le tsar et au soviétisme sans le communisme, les propagandistes du régime, tels que Vladimir Soloviev, Dmitri Kisselev, Arcadi Mamontov et Margarita Simonian, développent, promeuvent et défendent la phobie et la haine du communisme, du socialisme et même du libéralisme. Et ce, en faveur du conservatisme d’après lequel les êtres humains sont essentiellement des créatures faibles et faillibles dont les projets risquent de nuire à la société plutôt que de l’améliorer. Car. Ils abusent, à priori, de leur liberté par égoïsme et manque de discernement. D’où, il faut défendre et respecter l’organisation sociale traditionnelle. En tenant à l’œil, non seulement le peuple russe et surtout ses éléments perturbateurs, mais aussi et surtout les puissances impériales occidentales et leurs alliés inconditionnels, afin de maintenir l’ordre public. La réconciliation entre la Russie tsariste, la Russie soviétique et la Russie post-soviétique découle de cette vision conservatrice de Vladimir Poutine et de son parti. Leur stratagème consiste à revenir aux « valeurs » tsaristes et surtout aux « valeurs » soviétiques. Mais, en les vidant de leur essence purement tsariste ou purement soviétique pour les revêtir de leur essence purement et uniquement russe afin de restaurer et de faire rayonner la grandeur de la Russie.
REVOLUTION CONSERVATRICE
Pour tout dire, de par son comportement, ses attitudes et ses pratiques politiques et géopolitiques observés depuis qu’il est Président de la Fédération de Russie, il s’avère que Vladimir Poutine n’est, idéologiquement parlant, ni un révolutionnaire communiste ou socialiste, ni un révolutionnaire libéral, ni encore moins un réformiste du centre-gauche social-démocrate ou du centre droit démocrate comme le croient et le laissent croire ses clients africains. Toutes ses diatribes, élucubrations et insultes, généralement dirigées contre l’Occident, ne sont nullement des actes révolutionnaires de gauche socialiste ou communiste, des actes révolutionnaires libéraux ou des actes réformistes socio-démocrates. Elles constituent plutôt l’expression violente de ses ambitions hégémoniques nationales et-géopolitiques illimitées, de ses colères et frustrations accumulées durant ses 26 ans d’immense et d’inlassable guerre de communication, au résultat mitigé et incertain, pour parvenir à l’hégémonie géopolitique mondiale.
En effet, Vladimir Poutine est plutôt, en réalité, un farouche, un implacable et un cruel nationaliste tsariste ; nostalgiquement enraciné dans le totalitarisme soviétique sous lequel il est né, a grandi, a étudié et a travaillé ; essentiellement fondé sur l’autoritarisme impérial et foncièrement enfermé dans le conservatisme russe. Il incarne chacune de ces quatre idéologies qui l’habitent, le façonnent, le caractérisent et le définissent. Celles-ci le déterminent dans tous ses discours et actes, principalement dans son retour stratégique et au tsarisme sans le tsar et au soviétisme sans le communisme. Dans le but ultime de réaliser son méga-programme de rétablissement d’un Etat russe très puissant, craint et capable de s’imposer à nouveau au reste du monde. Toutes ces idéologies s’apparentent, dans le fond, à l’ultra-conservatisme. De ce fait, cette super idéologie coiffe ces dernières, après les avoir intégrées, dissoutes et fondues, dans l’animal politique qu’est Vladimir Poutine. Cet irrésistible aspirant à l’hégémonie géopolitique mondiale est donc, en vérité, en résumé et en définitive, le monstre sacré de la révolution conservatrice russe en cours depuis mars 2000. Ce qui explique amplement ses accointances avec des dirigeants et des personnalités politiques conservateurs et ultra-conservateurs du monde tels que l’Américain Donald Trump, le Bélarusse Aleksandr Loukachenko, le Hongrois Viktor Orban, l’Italienne Georgia Meloni, la Française Marine Le Pen, etc.
MUSENE SANTINI BE-LASAYON (CP)

