Un accord de paix dont personne ne connaît les termes, une entreprise spatiale valorisée comme si elle avait déjà conquis la galaxie, et une Maison-Blanche lancée à la recherche de sa taupe : la semaine dernière aura offert un condensé où le spectacle tient lieu de politique et l’exubérance de modèle économique.
La semaine dernière s’est achevée dans un grand fracas. Qu’en avons-nous retenu ? Du lundi au mardi, puis jusqu’au mercredi, nous avons vu l’offensive contre l’Iran monter en puissance, et le marché pétrolier a été secoué comme une poupée de chiffon entre les crocs d’un chiot.
Le président Donald Trump avait promis de frapper les Iraniens « très durement ». Pourquoi au juste ? La question demeure, comme toujours, enveloppée d’un épais brouillard. Mais peu importe : dès jeudi, le prix du pétrole est reparti à la baisse et les bombardements ont cessé. Fox News titrait : « Iran, dernières nouvelles : Trump annule les frappes aériennes prévues ce soir et affirme qu’un accord a été approuvé »
Vraiment ? La guerre était-elle donc terminée ? Trump avait-il, une fois encore, reculé au dernier moment ?
Le grand jeu du Pakistan
Vendredi, la presse assurait que l’accord était bien réel. Le Pakistan l’a confirmé. Seul problème : il ne ressemblait guère à une véritable convergence de vues — soit parce que les parties ne s’étaient jamais rencontrées, soit parce qu’aucun esprit véritablement lucide ne s’était présenté à la table des négociations. Antiwar.com rapportait : « Téhéran et Washington ont publiquement présenté des versions différentes de l’accord. Selon les médias iraniens, celui-ci ne prévoit aucune restriction concernant le programme nucléaire de l’Iran. Téhéran conserve le contrôle du détroit d’Ormuz, obtient un cessez-le-feu incluant le Liban, ainsi que le dégel des avoirs iraniens. »
Après la publication de ces informations, Trump s’est empressé de les démentir.
«Les conditions que l’Iran a divulguées aux Fake News n’ont RIEN à voir avec celles qui ont été convenues par écrit », a écrit le président vendredi sur Truth Social. Ce qu’ils ont déclaré, notamment leur affirmation faible et pitoyable selon laquelle un accord aurait été conclu, n’a aucun rapport avec la vérité. Ce sont des gens profondément déloyaux avec lesquels il faut négocier. »
En ce début de semaine, les termes de l’accord — à supposer qu’il existe — restent secrets, du moins à nos yeux. Mais, à relier les quelques points dont nous disposons, cet « accord de paix» apparaîtra probablement comme le parfait jumeau de la guerre qui l’a précédé : personne ne savait ce que l’Iran avait fait pour mériter d’être bombardé, et personne ne sait davantage ce qu’il a fait pour que les bombardements cessent.
SpaceX affole la bourse
Le grand spectacle de la semaine, toutefois, est arrivé vendredi. Le Financial Times titrait : « SpaceX bondit de 30 % pour ses débuts historiques en Bourse »
Direction la Lune ! L’entreprise a été valorisée à plus de 2 000 milliards de dollars, tandis que la fortune personnelle de M. Musk a franchi le seuil des 1 000 milliards. Les spéculateurs brûlaient à ce point d’en obtenir une part qu’ils ont accepté avec enthousiasme de payer des prix encore jamais atteints.
Et les autres poids lourds de l’intelligence artificielle font déjà la queue. OpenAI et Anthropic préparent à leur tour de gigantesques introductions en Bourse, dans l’espoir de lever des milliards supplémentaires afin de continuer à engloutir de l’argent dans une technologie presque miraculeuse, mais dont la valeur économique reste encore incertaine.
Si tout se déroule comme prévu, ces opérations ajouteront quelque 4 000 milliards de dollars à la valorisation des entreprises américaines cotées.
«C’est difficile à croire», a déclaré Musk à propos de l’introduction en Bourse. « Si quelqu’un m’avait dit que cela allait arriver, je lui aurais répondu : mon vieux, tu dois fumer du sacré crack, parce que, moi, je pense que cette entreprise va échouer. »
Musk pourrait encore se révéler le prophète le plus lucide de la salle. Il n’existe aucune trajectoire crédible vers la rentabilité pour SpaceX — du moins aucune qui puisse justifier sa valorisation actuelle. Nous pensons, pour notre part, que le cours finira par s’ajuster — à la baisse — bien avant que l’entreprise ne découvre un modèle économique réellement rentable.
Un autre grand événement s’est déroulé dimanche, lorsque le président des États-Unis a célébré ses 80 ans au cours d’un spectacle digne de Caligula. L’empereur romain raffolait des divertissements de masse — de préférence les plus tapageurs et les plus vulgaires. Il menait également des guerres inutiles, faisait ériger des monuments extravagants, persécutait ses ennemis et vidait les caisses de l’État. Dans un épisode resté célèbre, il aurait même envisagé de nommer son cheval consul — par folie ou simple provocation, les historiens n’ont jamais véritablement tranché.
Une « taupe » à la Maison blanche
Pendant ce temps, le New York Times publiait un article décrivant la fébrilité avec laquelle tous les hommes — et toutes les femmes — du président s’employaient à empêcher que les dossiers Epstein ne soient exposés au grand jour.
« Dans leurs déclarations publiques, les conseillers de Trump affichent une grande assurance et minimisaient la crise. En réalité, celle-ci accapare les plus hauts responsables de l’administration comme aucun autre sujet ne l’a fait depuis l’enquête sur la Russie, durant son premier mandat. Ses collaborateurs sont déterminés à dissimuler au public leur panique grandissante », ont écrit les journalistes du New York Times.
Un « chaos à la Maison-Blanche », s’exclame la presse — non pas tant parce que les hommes du président s’efforceraient de tromper le public et d’entraver le cours de la justice, mais parce qu’un traître, tapi au cœur du premier cercle, est en train de tout déballer. MSN : « La fureur de Trump autour du livre sur Epstein déclenche une vaste chasse à la taupe »
Peut-être toute la ménagerie de Trump sera-t-elle soumise à une simulation de noyade, jusqu’à ce que l’auteur des fuites finisse par passer aux aveux.
Nous parions, pour notre part, que cette taupe n’est autre que JD Vance. Déjà tourné vers les primaires de 2028, il craint que Trump ne fasse fuir les électeurs indépendants dont il aura besoin pour conquérir la Maison-Blanche. Il distille donc dans la presse une version des événements où lui seul incarne la voix de la raison au milieu d’une conjuration d’imbéciles. En murmurant au Times ce qui se passe dans la salle de crise, il cherche peut-être à prendre discrètement ses distances avec le président.
Dans l’ensemble, ce fut une bonne semaine. Lorsqu’elle s’est achevée, nous étions encore en vie. Les magasins d’alcool étaient toujours ouverts. Et le spectacle — aussi réjouissant qu’inquiétant — continuait.
Avec Chronique Agora

