À l’approche de la marche projetée pour le 8 juillet, le climat politique se tend davantage entre le pouvoir et une opposition dont les appels à la mobilisation prennent une tonalité de plus en plus offensive. Face à ce qu’il considère comme une surenchère politique en pleine période de guerre, le Vice-Premier Ministre en charge de l’Intérieur et de la Sécurité, Jacquemain Shabani Lukoo, a vivement dénoncé les mots d’ordre visant le Président de la République et Commandant suprême des FARDC. Invité sur Télé 50, il a estimé que réclamer la destitution du Chef de l’État alors que le pays fait face à l’agression rwandaise « relève de la haute trahison ». Pour le patron de la sécurité nationale, ce discours qu’il juge belliqueux et irresponsable ne fait qu’affaiblir le front intérieur et servir les intérêts de l’ennemi, illustrant, selon lui, la fuite en avant d’une opposition en perte de vitesse.
Ils voulaient une marche. Ils ont reçu un uppercut. Sur le plateau de Télé 50, le ton n’était pas à la conciliation mais à la mise au point sèche, presque militaire. Face à une opposition qui cherche désespérément une prise, le Vice-Premier Ministre de l’Intérieur, Jacquemain Shabani Lukoo, a rendu son verdict, sans appel : en pleine guerre, contester le Commandant suprême des FARDC, c’est franchir la ligne rouge. Celle de la « haute trahison ».
En une formule, le VPM Shabani a déplacé le débat. Ce n’est plus une question de liberté de manifester, ni de contestation sociale. C’est une question de survie nationale. Et sur ce terrain, l’opposition, éparpillée et en perte de vitesse, vient de perdre la main.
L’arme de la guerre contre le bruit des bottes
Alors que l’Est du pays saigne sous les balles du M23 soutenu par le Rwanda, que les forces loyalistes se battent pied à pied pour préserver l’intégrité territoriale, l’opposition persiste dans une stratégie que beaucoup, y compris au sein de la société civile, jugent pour le moins déconnectée. L’organisation d’une marche le 8 juillet, dans ce contexte de tension maximale, est perçue comme un défi, voire une provocation.
Jacquemain Shabani a balayé l’argumentaire des contestataires d’un revers de main cinglant : « En pleine guerre, appeler à démettre le Commandant suprême des FARDC relève de la haute trahison. »
Le message est clair, presque glaçant. Dans l’esprit du numéro un de la sécurité intérieure, il n’y a plus de place pour les débats politiques ordinaires. Le pays est en état de siège existentiel. Dès lors, tout acte qui affaiblit le Chef des armées est un acte qui sert l’ennemi. Point final.
Une opposition en quête de carburant politique
Cette sortie musclée intervient alors que l’opposition congolaise navigue à vue, empêtrée dans ses divisions chroniques et en manque cruel de leadership fédérateur. Privée de victoires électorales, tenue à l’écart des leviers du pouvoir, elle tente de se réinventer dans la rue. Mais la rue, en temps de guerre, n’est plus un espace politique : c’est un champ de manœuvre pour l’adversaire.
Jacquemain Shabani l’a compris. En brandissant l’étendard de la « trahison », il ne se contente pas de répondre à une menace sécuritaire ; il enferme l’opposition dans un piège rhétorique. Comment contester sans paraître complice de Kigali ? Comment manifester sans être suspecté de jouer le jeu de l’agresseur ?
La manœuvre est brutale, mais elle est redoutablement efficace. Elle place l’opposition devant un dilemme cornélien : soit elle renonce à sa mobilisation et avoue son impuissance, soit elle persiste et se voit qualifier d’auxiliaire de l’ennemi.
Le poids des mots en temps de crise
Certes, les libertés publiques sont un acquis constitutionnel. Certes, le droit de manifester est un pilier de la démocratie. Mais le VPM Shabani retourne l’argument comme un gant : « Ces actes profitent directement à l’armée rwandaise. »
Dès lors, le discours sécuritaire l’emporte sur le discours politique. Le VPM ne parle plus en ministre de l’Intérieur ; il parle en stratège, en gardien du sanctuaire national. Il oppose l’unité sacrée contre la cacophonie des contestataires.
Pour l’opposition, le coup est rude. Elle qui espérait capitaliser sur la grogne sociale se heurte à un mur bien plus haut que prévu : celui de la légitimité patriotique. Dans un pays meurtri par des décennies de guerre, l’accusation de « haute trahison » est une arme nucléaire politique. Elle brûle tout sur son passage.
Le verdict de l’histoire
Reste à savoir si cette charge frontale aura l’effet escompté. Pour l’heure, Jacquemain Shabani a repris la main sur le récit national. Il a imposé une vérité simple, manichéenne : ceux qui ne sont pas avec les FARDC sont contre la RDC.
L’opposition, prise à son propre piège, devra désormais composer avec cette étiquette infamante. Elle espérait une marche pour faire du bruit ; elle a obtenu un procès en légitimité. En ce 8 juillet, ce n’est pas une manifestation qui se prépare, c’est un test. Celui de savoir si l’opposition a encore une âme politique, ou si elle n’est plus, aux yeux du pouvoir, qu’un relais inconscient de l’ennemi.
Le ton est donné. La guerre ne fait pas de quartier, pas même dans les studios de télévision. Et Shabani, dans sa sobriété menaçante, vient de rappeler à tous que, sous les balles, la politique est un luxe que la RDC ne peut plus s’offrir. Du moins, pas celle-ci.
Econews

