Lorsque João Lourenço a entrepris de réorganiser l’architecture de la gouvernance économique de l’Angola, rares étaient les personnalités qui, comme José de Lima Massano, alliaient avec autant d’efficacité rigueur macroéconomique, crédibilité institutionnelle et capacité de coordination politique.
Dans un pays historiquement marqué par sa dépendance au pétrole, l’instabilité de son taux de change et sa vulnérabilité aux chocs des matières premières, Massano s’est progressivement imposé comme le principal acteur technique de la transition économique maîtrisée menée par l’Angola.
D’un style réservé, mais d’une grande efficacité, le ministre d’État à la Coordination économique est devenu l’une des figures les plus influentes de la gouvernance angolaise contemporaine. Plus qu’un simple décideur politique, il incarne de plus en plus une doctrine de gouvernance axée sur la stabilisation macroéconomique, la diversification productive, la discipline budgétaire et le rétablissement de la crédibilité financière de l’Angola auprès des investisseurs régionaux et internationaux.
En coulisses à Luanda, l’orientation stratégique s’est précisée : le président João Lourenço s’efforce de repositionner l’Angola, en transformant son économie dépendante des matières premières en un système de production plus diversifié et intégré à la dynamique du commerce régional africain. Massano est devenu de facto le principal artisan de cette transition.
Ce réajustement a pris de l’ampleur après 2022, lorsque l’Angola est entré dans une phase de restructuration progressive, mais politiquement significative. Alors que plusieurs économies africaines étaient confrontées à une pression inflationniste croissante, à la dépréciation de leur monnaie et à des vulnérabilités liées à leur dette, l’Angola a commencé à afficher des indicateurs de croissance hors pétrole plus robustes. Entre 2022 et 2025, la structure économique du pays s’est progressivement affranchie de sa dépendance excessive aux hydrocarbures.
L’économie angolaise a progressé d’environ 3 % en 2022, principalement grâce à l’agriculture, la pêche, les transports, le commerce et les télécommunications. La croissance est restée positive en 2023, portée par la reprise progressive de la demande intérieure et l’accélération de l’activité du secteur privé. En 2024, la croissance économique était estimée à environ 4,1 %, soit l’une des meilleures performances du pays depuis le début de la pandémie. En 2025, la croissance du PIB s’établissait à 3,13 %, malgré une contraction de 5,23 % du secteur pétrolier, ce qui souligne la résilience croissante des activités non pétrolières.
L’élément le plus significatif sur le plan politique de cette trajectoire n’est pas nécessairement la croissance elle-même, mais le déplacement progressif du centre de gravité de l’économie angolaise. Pendant des décennies, le pétrole a simultanément constitué le principal moteur des finances publiques, une source de devises étrangères et un facteur de stabilité politique. Aujourd’hui, Luanda cherche à réorienter cette dépendance vers des secteurs jugés plus durables d’un point de vue social et stratégique, tels que l’agriculture, l’agro-industrie, la logistique, l’industrie, les télécommunications et les services.
L’économie hors pétrole est devenue l’indicateur le plus clair de cette transformation.
La croissance du PIB hors pétrole a dépassé 7 % à plusieurs reprises en 2025, atteignant environ 7,34 % au dernier trimestre de l’année.
Les services représentent désormais environ 46,5 % de la production économique de l’Angola, et le commerce à lui seul contribue à près de 19,3 % du PIB. L’administration publique représente environ 11,5 %, tandis que les transports, la logistique et les télécommunications continuent de se développer, l’Angola cherchant à se positionner comme une plaque tournante régionale du commerce et de la connectivité, reliant l’Afrique australe et centrale au corridor atlantique.
L’agriculture s’est imposée comme un pilier stratégique de la doctrine économique du gouvernement. Ce secteur représente désormais environ 20 % du PIB national, un changement considérable pour une économie longtemps dominée par les hydrocarbures.
Dans le cadre de la réflexion stratégique de l’Exécutif, l’agriculture n’est plus seulement considérée comme un enjeu de développement rural, mais de plus en plus comme un instrument de souveraineté économique, de stabilité intérieure et de substitution aux importations.
Le secteur avicole illustre particulièrement bien ce changement de cap. La capacité de production avicole en Angola a considérablement augmenté, accentuant la pression en faveur de mesures plus strictes pour protéger le marché intérieur.
Les décideurs politiques discutent désormais ouvertement de restrictions sélectives à l’importation visant à protéger les producteurs locaux, à améliorer l’absorption du marché et à renforcer les chaînes de valeur agricoles nationales.
Politiquement, le message est clair : l’Angola entend réduire sa dépendance structurelle aux produits alimentaires importés et se doter d’une base de production plus autonome, même si cela engendre des tensions avec les réseaux d’importation déjà établis.
Cette approche stratégique s’apparente aux politiques industrielles hybrides historiquement adoptées par les économies émergentes, qui combinaient une libéralisation partielle à une protection sélective des secteurs jugés stratégiques au niveau national. L’objectif du gouvernement n’est pas l’isolationnisme économique, mais la création de mécanismes de protection transitoires permettant aux industries locales d’atteindre une taille critique, une compétitivité accrue et une viabilité financière.
L’industrie sucrière est devenue un autre exemple symbolique de la restructuration productive angolaise. Biocom produit à elle seule environ un million de tonnes de canne à sucre par an, et les autorités reconnaissent de plus en plus que des parts importantes de la production agricole informelle et familiale restent sous-déclarées dans les systèmes statistiques officiels. Les décideurs politiques estiment que l’Angola pourrait à terme se positionner parmi les plus grands producteurs agricoles de la région dans certains segments de produits de base si les tendances d’expansion actuelles se poursuivent.
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