
La 7e réunion du Mécanisme conjoint de coordination de la sécurité, tenue les 16 et 17 septembre à Genève, s’est achevée sans communiqué final. Un échec qui illustre le blocage persistant du processus de paix, alors que les combats font rage dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.
La réunion de Genève devait marquer une nouvelle étape dans la mise en œuvre des Accords de Washington, signés le 4 décembre 2025 entre Kinshasa et Kigali sous l’égide des États-Unis. Elle s’est achevée en queue de poisson. Aucun communiqué final n’a été publié à l’issue de la 7e session du Joint Security Coordination Mechanism (JSCM), qui s’est tenue les 16 et 17 septembre dans la cité helvétique.
Les délégations congolaise et rwandaise, accompagnées de représentants des États-Unis, du Qatar, du Togo et de la Commission de l’Union africaine, ne sont pas parvenues à s’entendre sur les points inscrits à l’ordre du jour, dont le contenu n’a pas été rendu public.
Cette absence de conclusion tranche avec les ambitions affichées lors de la 6e réunion du JSCM, tenue les 12 et 13 août à Genève. À l’époque, les deux pays s’étaient engagés à faire avancer deux initiatives visant à renforcer la surveillance et la vérification des Accords de Washington sur le terrain, et avaient demandé à Washington de se prononcer sur ces propositions lors de la session de septembre. La RDC avait également présenté un plan de désarmement, démobilisation et réintégration (DDR) des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), un dossier particulièrement sensible. Un an plus tard, force est de constater que ces promesses n’ont pas été suivies d’effets.
LE PROCESSUS DE DOHA DANS L’ORNIERE
L’impasse genevoise n’est que la partie émergée d’un blocage plus profond : celui du processus de Doha, lancé en juillet 2025 sous médiation qatarie pour négocier directement entre Kinshasa et l’AFC/M23. Treize mois après son lancement, les négociations « peinent à avancer », de l’aveu même de plusieurs observateurs. Les questions du retrait des forces rwandaises de l’Est de la RDC et de la neutralisation des FDLR demeurent au cœur des discussions, sans qu’aucune avancée concrète n’ait été enregistrée.
Les griefs s’accumulent de part et d’autre. L’AFC/M23 a publiquement dénoncé des retards dans les échanges de prisonniers et des violations du cessez-le-feu. Kinshasa, de son côté, reste intransigeant sur le cadre des négociations : le Président Félix Tshisekedi a exclu la participation du M23 au dialogue national, tout en réaffirmant que le processus de Doha demeure le cadre approprié pour traiter des questions relatives à la cessation des hostilités.
Cette position a suscité des critiques au sein même de l’opposition congolaise. Martin Fayulu a qualifié le processus de Doha de «diversion» de Félix Tshisekedi, estimant qu’il servait à masquer l’absence de résultats sur le terrain. Une critique qui trouve un écho particulier alors que la feuille de route adoptée en août à Montreux, en Suisse, définissant « les étapes successives et le calendrier des négociations dans le cadre de l’accord-cadre de Doha », n’a toujours pas produit d’effets tangibles.
LA GUERRE RATTRAPE LA DIPLOMATIE
Sur le front, la situation ne cesse de se dégrader. Les combats opposent les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) et leurs alliés volontaires, les Wazalendo, aux rebelles de l’AFC/M23 soutenus par l’armée rwandaise (RDF). Dans le Nord-Kivu, les affrontements se concentrent autour des territoires de Masisi, Rutshuru et Walikale. L’armée congolaise a revendiqué la neutralisation de quatorze soldats de la coalition M23/RDF et la reconquête de plusieurs collines stratégiques au cours de la seule semaine du 15 septembre.
Dans le Sud-Kivu, le gouvernement provincial a dénoncé « avec la plus grande fermeté » les massacres et exactions commis contre les populations civiles de Kaniola, dans le territoire de Walungu. Une première mission de vérification du cessez-le-feu avait pourtant été déployée à Minembwe, dans cette même province, à la suite des discussions de Montreux. Mais sur le terrain, la logique militaire continue de primer sur les engagements pris à la table des négociations.
UN MECANISME DE SUIVI EN PANNE
Le JSCM, créé pour coordonner et surveiller la mise en œuvre des engagements sécuritaires des deux pays, semble aujourd’hui incapable de remplir sa mission. La réunion d’août avait pourtant accouché de deux initiatives censées renforcer le suivi sur le terrain, et Washington devait rendre son avis en septembre. En l’absence de communiqué final, il est impossible de savoir si ces propositions ont été examinées, rejetées ou simplement reportées.
Une conférence de planification trilatérale est certes prévue en octobre, avec pour objectif de produire un ordre d’opérations révisé pour guider la mise en œuvre coordonnée des engagements sécuritaires. Mais dans un contexte où les armes continuent de parler et où les négociations directes entre Kinshasa et l’AFC/M23 restent dans l’impasse, l’exercice risque fort de se réduire à un nouveau rendez-vous manqué.
L’Accord de Washington du 4 décembre 2025 avait suscité d’immenses espoirs. Il réaffirmait l’engagement des parties à mettre en œuvre l’accord de paix conclu le 27 juin 2025 et à réaliser la vision du Cadre d’intégration économique régionale (REIF), présenté comme une « feuille de route audacieuse pour la paix, la sécurité et une croissance économique sans précédent ». Huit mois plus tard, la réalité est tout autre : à Genève comme à Doha, les diplomates piétinent, pendant que dans l’Est de la RDC, les civils continuent de payer le prix fort d’un conflit qui s’enlise.
Francis N.


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