
Économie numérique, télécommunications et nouvelle économie du climat : trois secteurs, une même ambition, celle d’accélérer la transformation structurelle de la République démocratique du Congo.
Après une première année largement consacrée à la mise en place des fondations, le Gouvernement Suminwa 2 entend désormais donner corps à une transformation qui touche à la fois l’administration publique, les infrastructures, l’économie et la gestion des ressources naturelles. Dans cette dynamique, trois secteurs apparaissent particulièrement stratégiques : l’Économie numérique, les Postes et Télécommunications et la Nouvelle Économie du Climat.
À travers les actions présentées par Augustin Kibassa Maliba, José Panda Kabangu et Arlette Bahati Tito, une même logique se dessine : construire les infrastructures, numériser les services et créer de nouveaux mécanismes économiques autour du climat et de la protection de l’environnement.

Kibassa Maliba : poser les fondations de l’État numérique
À l’Économie numérique, la première année du Gouvernement Suminwa aura été celle de la construction des fondations d’un écosystème numérique appelé à transformer progressivement le rapport entre l’État et le citoyen.
Le ministère dirigé par Augustin Kibassa Maliba a travaillé sur plusieurs chantiers structurants : politique sectorielle, renforcement du cadre institutionnel et réglementaire, stratégie nationale sur l’intelligence artificielle, stratégie nationale des données, protection et hébergement des données.
Mais l’enjeu dépasse désormais la seule élaboration des textes. Le gouvernement veut faire du numérique un instrument concret de transformation de l’administration.
C’est dans cette perspective que plusieurs dispositifs ont été engagés, notamment le RDC Pass, le Guichet numérique, la certification électronique et le renforcement de l’architecture nationale de cybersécurité.
Le RDC Pass doit notamment devenir une clé d’identification et d’authentification sécurisée permettant aux citoyens d’accéder progressivement à différents services numériques. Le programme a déjà suscité un important engouement, avec plus de 9.625 candidatures pour une première cohorte d’environ 50 jeunes. À terme, 10.000 kits devraient être déployés à travers le pays, avec les premiers accès annoncés à partir d’octobre 2026.
Autre chantier majeur : le Guichet numérique, institué par décret de la Première ministre Judith Suminwa Tuluka. L’objectif est de rapprocher les services numériques de l’État des citoyens en permettant progressivement leur accès à travers une plateforme intégrée.
Cette architecture repose toutefois sur un principe de responsabilité sectorielle : chaque ministère conserve la maîtrise de ses propres services numériques, tandis que l’Économie numérique définit les normes, standards et règles d’interopérabilité devant permettre aux différentes plateformes publiques de communiquer entre elles.
Cybersécurité : protéger le nouvel espace numérique congolais
La transformation numérique ne peut être dissociée de la question de la sécurité. Le gouvernement en a fait un autre axe de son action.
L’Agence nationale de certification électronique et le Centre national de cybersécurité participent déjà à cette architecture, tandis que la création de l’Agence nationale de cybersécurité, par ordonnance présidentielle, doit renforcer la capacité de la RDC à prévenir et à répondre aux cyberattaques.
Le chantier est d’autant plus stratégique que le pays est déjà confronté à des incidents dans le cyberespace.
Parallèlement, la vulgarisation du Code du numérique est menée avec l’appui du PNUD. Quelque 2.000 volontaires congolais sont mobilisés, avec un volet spécifique de sensibilisation destiné aux magistrats.
À terme, le Gouvernement entend également investir dans le capital humain. Ingénierie numérique, intelligence artificielle, robotique et cybersécurité figurent parmi les domaines de formation avancée envisagés, avec notamment la perspective d’une Académie numérique à vocation régionale. L’accompagnement des startups et des PME du secteur complète cette stratégie.

José Panda Kabangu : construire les autoroutes de la transformation numérique
Si le numérique constitue le moteur de cette transformation, les télécommunications en sont l’infrastructure. C’est tout le sens des actions présentées par José Panda Kabangu, ministre des Postes et Télécommunications, dont la première année d’exercice a été marquée par plusieurs dossiers destinés à sécuriser et moderniser le secteur.
La régularisation et la conversion des titres et licences des principaux opérateurs — Vodacom, Airtel, Africell et Orange — constituent l’une des avancées mises en avant. L’objectif est de renforcer la sécurité juridique des opérateurs et, par conséquent, de créer un environnement plus propice aux investissements. Mais le défi reste immense.
La RDC dispose actuellement d’environ 10.000 à 12.000 kilomètres de fibre optique, alors que les besoins nationaux dépasseraient les 50.000 kilomètres à l’horizon 2030. Le pays compte également près de 8.000 tours télécoms, pour un besoin estimé à environ 30.000.
Le programme de transformation numérique soutenu par la Banque mondiale doit contribuer à réduire ce déficit avec le déploiement annoncé d’environ 11.500 kilomètres supplémentaires de fibre optique. L’enjeu est donc clairement identifié : étendre la connectivité pour que la transformation numérique ne reste pas confinée aux grands centres urbains.
Le service universel pour réduire la fracture numérique
Dans cette perspective, le Fonds de développement des services universels constitue un autre levier important.
Le mécanisme, qui collecte des ressources depuis janvier, est notamment alimenté par une contribution de 3 % du chiffre d’affaires des opérateurs. Sa vocation est de financer l’extension des infrastructures dans les zones rurales et périurbaines insuffisamment couvertes par les investissements privés.
Le Gouvernement cherche ainsi à faire de la connectivité un outil de réduction des inégalités territoriales. La qualité des services reste toutefois un défi. Les coupures de fibre provoquées par certains travaux de génie civil, à l’image des difficultés signalées à Moanda, illustrent la nécessité d’une meilleure coordination entre les différents ministères et acteurs intervenant dans les infrastructures.
Face aux plaintes des consommateurs, le ministère travaille avec l’ARPTC et les opérateurs pour améliorer le traitement des réclamations. Le numéro court 185 doit notamment permettre aux abonnés de signaler les difficultés rencontrées.
La Poste appelée à changer de modèle
Autre chantier : la renaissance du secteur postal. Les états généraux de la Poste ont été organisés et une nouvelle loi postale est en préparation afin de remplacer le cadre légal datant de 2002.
Le projet ne consiste plus simplement à restaurer une activité postale traditionnelle. Il s’agit désormais d’adapter la Poste à une économie dominée par le numérique et le commerce électronique.
Le secteur pourrait ainsi contribuer à la fourniture de certains services publics, notamment à travers le retrait de documents administratifs.
Parallèlement, Kinshasa travaille au retour du siège de l’Union africaine des télécommunications en RDC, à la régularisation des cotisations auprès de l’Union postale universelle et à la mise en œuvre du Fonds de développement des services universels.
La mutualisation des infrastructures constitue également une piste privilégiée. Le rapprochement entre Vodacom et Orange autour du projet présenté sous l’appellation « Sengo », avec un objectif annoncé de 10.000 tours, ainsi que la coopération entre Airtel et Starlink, illustrent cette volonté de rationaliser les investissements et d’accélérer la couverture.

Arlette Bahati Tito : l’environnement devient une économie
La troisième dimension de cette transformation est portée par la Nouvelle Économie du Climat.
Pour la ministre déléguée près le Ministre de l’Environnement, chargée de la Nouvelle Économie du Climat, Arlette Bahati Tito, l’ambition est de dépasser l’approche classique de l’assainissement pour faire émerger une véritable économie circulaire et une finance climatique structurée.
Le Gouvernement mise notamment sur de nouveaux mécanismes de financement.
La RDC entend ainsi tirer parti du Tropical Forests Forever Facility (TFFF), susceptible de générer environ 100 millions de dollars américains par an, ainsi que de la mise en place d’une taxe carbone dont les retombées sont estimées entre 100 et 200 millions de dollars annuels. L’objectif est de transformer la protection de l’environnement en une source de financement durable du développement.
La gestion des déchets constitue l’un des principaux terrains d’expérimentation. La création de centres de tri et de transfert doit permettre de structurer progressivement une filière de valorisation des déchets et de créer, selon les projections présentées, 30.000 emplois directs et 150.000 emplois indirects.
À cette stratégie s’ajoute le mécanisme de paiement pour services environnementaux, destiné à rémunérer les communautés locales qui participent à la conservation des écosystèmes.
Des expériences pilotes sont déjà conduites avec l’appui de la KfW au Kongo-Central et en Équateur, avec un suivi numérique des paiements. La prévention complète ce dispositif. La sensibilisation contre le brûlage des plastiques et les pratiques polluantes doit permettre d’agir directement sur les comportements.
Quand le numérique devient l’allié de l’écologie
C’est ici que les trois secteurs se rejoignent. La Nouvelle Économie du Climat développe, avec l’Économie numérique, des outils tels qu’EcoSignal et les Guichets verts. Les télécommunications fournissent les infrastructures de connectivité, tandis que le numérique permet de développer les plateformes, les services et les capacités d’hébergement des données.
L’ambition va jusqu’à la perspective d’un cloud souverain, appelé à renforcer la maîtrise nationale des données et des infrastructures numériques.
Ainsi, la réforme engagée par le Gouvernement Suminwa ne se résume pas à une succession de projets ministériels. Elle dessine progressivement une architecture interdépendante : les télécommunications construisent les autoroutes, le numérique y fait circuler les services et les données, tandis que l’économie du climat transforme les impératifs environnementaux en opportunités économiques et financières.
Trois ministères, une même équation
Au fond, le bilan présenté au terme de cette première année révèle une même équation gouvernementale.
Pour José Panda Kabangu, les télécommunications doivent fournir les infrastructures indispensables au développement du numérique.
Pour Augustin Kibassa Maliba, ces infrastructures doivent permettre l’interconnexion des plateformes publiques et l’émergence de nouveaux services numériques.
Pour Arlette Bahati Tito, cette architecture doit également servir à déployer les mécanismes de suivi environnemental et de financement climatique.
Infrastructure, digitalisation, financement vert : le Gouvernement Suminwa cherche ainsi à faire converger trois secteurs longtemps traités séparément.
Le véritable enjeu de la prochaine étape sera désormais de transformer ces fondations réglementaires, technologiques et institutionnelles en services effectivement accessibles aux citoyens, en investissements concrets et en emplois durables. Car au-delà des chiffres et des dispositifs annoncés, c’est bien la capacité de l’État congolais à entrer dans une nouvelle économie, plus connectée, plus intégrée et davantage tournée vers la valorisation de ses ressources, qui se joue derrière ces trois chantiers.
Econews


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