
De Paris à Berne, avant de mettre le cap sur Bruxelles, Christophe Bitasimwa Bahii multiplie les contacts sur le sol européen pour donner corps à la nouvelle doctrine de contrôle portée par l’Inspection générale des finances (IGF). Au-delà d’une simple série de rencontres institutionnelles, cette offensive diplomatique et technique vise à mobiliser l’expertise, les partenariats et les appuis nécessaires à la transformation du contrôle public en RDC. Dernière étape en date : ENABEL, l’Agence belge de développement, où l’IGF a défendu, mercredi 23 septembre, les contours de son projet de contrôle systémique.
La mue de l’Inspection générale des finances ne se limite désormais plus aux bureaux de Kinshasa. Elle se construit aussi à l’extérieur, au contact de partenaires susceptibles d’apporter expertise, expérience et accompagnement à une réforme qui veut modifier en profondeur les méthodes de contrôle de l’administration publique congolaise.
Après Paris et Berne, Christophe Bitasimwa Bahii a poursuivi son offensive à Bruxelles. Le Chef de Service de l’IGF et sa délégation ont été reçus, mercredi 23 septembre, au siège d’ENABEL pour présenter la vision congolaise du contrôle systémique et explorer les possibilités d’un accompagnement du processus.
De la patrouille au pilotage par les risques
Au cœur de la démarche défendue par l’IGF figure un changement de paradigme. Il ne s’agit plus seulement d’attendre que les irrégularités soient constatées pour déclencher des missions de contrôle. L’ambition est désormais de disposer, en amont, d’une lecture suffisamment fine du fonctionnement des administrations pour identifier les vulnérabilités et intervenir là où les risques sont les plus importants.
C’est tout le sens du contrôle systémique, nouvelle approche que Christophe Bitasimwa entend progressivement installer au sein de l’IGF.
À Bruxelles, le responsable de l’institution a expliqué que les données produites par les différentes administrations contrôlées doivent désormais devenir une matière première essentielle du travail des inspecteurs. Recueillies en temps réel, centralisées et traitées dans une base de données, ces informations doivent permettre de construire une véritable cartographie des risques.
Le contrôle pourrait ainsi être programmé non plus de manière indistincte, mais en fonction des signaux révélés par les données. L’enjeu est de taille : moins de contrôles indiscriminés, davantage de ciblage, de précision et d’anticipation.
L’Europe comme réservoir d’expertise et de partenariats
La séquence européenne engagée par Christophe Bitasimwa prend, dans ce contexte, une dimension particulière. Paris, Berne et Bruxelles constituent autant de points d’appui pour une réforme qui nécessite non seulement une nouvelle doctrine, mais également des compétences techniques, des infrastructures numériques et des ressources.
À ENABEL, le Chef de Service de l’IGF a trouvé un interlocuteur déjà familier des problématiques de gouvernance financière en RDC.
La délégation congolaise a été accueillie par Michel François, Directeur régional chargé du suivi des activités de l’agence en Afrique centrale et australe. Gilles Oddos, Chef de projet chargé de l’appui à la gouvernance financière et stratégique en RDC, ainsi que Charles Corse, expert des finances publiques basé au COREF en RDC, ont également participé aux échanges par visioconférence.
La discussion a notamment permis à l’IGF de détailler les exigences techniques de sa nouvelle approche et de mettre en évidence les besoins qui accompagnent cette transformation.
Au terme de la rencontre, ENABEL a manifesté sa disponibilité à examiner, selon ses possibilités, un accompagnement du projet porté par l’IGF, notamment sur les plans technique et financier. Un signal qui pourrait ouvrir une nouvelle fenêtre de coopération autour de la modernisation du contrôle public congolais.
La donnée au cœur de la nouvelle IGF
Derrière le contrôle systémique se trouve en réalité une autre bataille : celle de la donnée. Pour l’IGF, une administration moderne ne peut plus fonctionner avec des informations dispersées, difficilement exploitables ou disponibles uniquement après l’apparition d’un problème. La donnée doit permettre de détecter les anomalies, de mesurer les vulnérabilités et de guider la décision.
Le principe est simple : collecter, centraliser, croiser, analyser et agir. Cette chaîne doit progressivement transformer le travail de l’inspecteur. Celui-ci ne serait plus uniquement appelé à constater une irrégularité après coup, mais à disposer d’outils lui permettant de détecter les risques susceptibles de produire cette irrégularité.
Le contrôle devient alors un instrument d’anticipation. Cette orientation explique l’importance accordée par Bitasimwa à la digitalisation. Pour le Chef de Service de l’IGF, la transformation numérique de l’administration n’est plus une option accessoire. Elle constitue un passage obligé pour améliorer la performance de l’État et renforcer la capacité des institutions de contrôle à exploiter les masses d’informations générées par les administrations publiques.
Une réforme qui nécessite des alliés
Mais cette ambition ne peut être dissociée des moyens nécessaires à sa mise en œuvre. La transformation du modèle de contrôle suppose des investissements dans les systèmes d’information, la sécurisation et la circulation des données, la formation des inspecteurs, le développement d’outils d’analyse ainsi que la mise en place de nouvelles méthodes de travail.
C’est précisément sur ce terrain que la recherche de partenaires prend tout son sens.
ENABEL possède déjà une expérience d’accompagnement des réformes liées à la gouvernance financière en RDC, notamment auprès de la Direction générale du Trésor et de la Comptabilité publique et de la Direction générale des Impôts. La rencontre de Bruxelles offre donc un terrain de convergence entre une institution congolaise qui veut transformer son modèle de contrôle et un partenaire disposant d’une expérience dans l’appui aux réformes publiques.
Pour Bitasimwa, l’enjeu est désormais de transformer les soutiens de principe en capacités opérationnelles.
Ratisser large pour changer de modèle
De Paris à Berne, puis de Bruxelles, la démarche du patron de l’IGF traduit ainsi une volonté de ne laisser aucun levier de côté pour accompagner la mutation de l’institution.
La réforme du contrôle systémique ne se décrète pas. Elle exige une doctrine, des compétences, des outils, des données et des partenaires capables d’accompagner sa mise en œuvre.
C’est dans cette perspective que la tournée européenne de Christophe Bitasimwa prend tout son relief. Elle ne ressemble pas à une simple succession de visites institutionnelles. Elle s’inscrit dans une stratégie visant à connecter l’IGF aux expériences et aux expertises susceptibles de l’aider à franchir le cap de la modernisation.
Le pari est désormais clairement affiché : faire passer l’IGF d’une logique de contrôle essentiellement réactive à un modèle davantage fondé sur la donnée, l’analyse des risques et l’anticipation. Et pour réussir cette mutation, Bitasimwa semble avoir choisi de ratisser large, en Europe comme en RDC, afin de réunir autour de cette nouvelle architecture du contrôle les compétences et les partenariats nécessaires à son passage de la doctrine à la réalité.
Avec Econews


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