Fintech : Airtel Money entre en Bourse à 7 milliards de dollars, loin des 10 milliards envisagés au printemps

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Le service de paiement sur téléphone d’Airtel, présent dans 13 pays africains, sera valorisé à 7 milliards USD à Londres, alors même que ses revenus ont plus que triplé depuis 2021. Son prix devient un repère pour Orange Money, MTN MoMo et M-Pesa, qui sont encore intégrés à leurs groupes.

Airtel Money entrera à la Bourse de Londres avec une capitalisation boursière de 5,3 milliards de livres, soit environ 6,23 milliards d’euros. Le prix a été fixé à 1,96 livre par action, soit 2,30 euros.

Présent dans 13 pays africains, le service permet de déposer des espèces auprès d’un agent pour les placer sur un compte lié au téléphone, de retirer cet argent, de l’envoyer à un autre utilisateur, ou de payer un commerçant et des factures. Dans certains pays, Airtel Money distribue également des prêts, des produits d’épargne ou d’assurance. Au 30 juin, la plateforme comptait environ 53 millions d’utilisateurs actifs chaque mois, et avait traité 213 milliards USD  au cours des douze mois précédents.

Un prix rémunérateur pour les investisseurs

L’opération porte sur 270 millions d’actions existantes, soit 529,2 millions de livres au prix retenu, avec la possibilité d’ajouter jusqu’à 27 millions de titres. Près de 16,5 % du capital devrait ainsi se retrouver entre les mains du public, 17,5% si l’option supplémentaire est entièrement utilisée. Mais l’argent ne servira pas à financer Airtel Money : ce sont des actionnaires actuels qui vendent leurs titres. Airtel Africa, qui possède 77,85% de la société, ne prévoit de vendre que des actions éventuellement utilisées pour l’option supplémentaire. La Société financière internationale s’est de son côté engagée à acheter jusqu’à 67,2 millions de livres de titres cédés par les actionnaires existants.

Cette sortie survient cinq ans après l’ouverture du capital d’Airtel Money à plusieurs grands investisseurs. En 2021, le fonds américain TPG avait investi 200 millions de dollars pour environ 8% du capital, tandis que Mastercard avait apporté 100 millions de dollars pour environ 4%. Les opérations valorisaient alors Airtel Money à 2,65 milliards de dollars, sans dette ni trésorerie, pour environ 401 millions de dollars de revenus annuels. Qatar Investment Authority et Chimetech avaient ensuite participé au même mouvement ; au total, les investisseurs minoritaires avaient injecté 550 millions de dollars en 2021.

Le prix retenu aujourd’hui reste donc très rémunérateur pour les premiers investisseurs. Sur la seule base des participations annoncées en 2021, 8 % d’Airtel Money représentent environ 560 millions USD à la valorisation actuelle, et 4 % environ 280 millions USD. Cela placerait la participation initialement acquise par TPG pour 200 millions USD à près de 2,8 fois sa mise, et celle de Mastercard, acquise pour 100 millions, au même ordre de grandeur. Il ne s’agit toutefois pas des sommes qu’ils encaisseront lors de l’introduction : Airtel Money n’a pas indiqué, dans son annonce de prix, combien des 270 millions d’actions offertes seront cédées par chacun des actionnaires.

L’activité a grandi plus vite que sa valeur

La comparaison avec 2021 donne une lecture plus intéressante du prix de 7 milliards de dollars Airtel Money réalisait alors environ 401 millions de dollars de revenus annuels. L’exercice clos en mars 2026 s’est terminé sur 1,346 milliard de dollars, soit plus de 3 fois ce montant. Au même moment, le nombre de clients et la valeur des transactions ont fortement augmenté. Sur les trois mois achevés en juin 2026, la société a réalisé 399 millions de dollars de revenus, contre 289 millions USD un an auparavant, et comptait 53 millions d’utilisateurs actifs mensuels.

Un calcul simple montre ce qui a changé. En 2021, la valeur retenue pour Airtel Money représentait environ 6,6 fois ses revenus annuels. Au prix de l’introduction, 7 milliards de dollars représentent environ 5,2 fois les revenus de 2026. La comparaison n’est pas totalement identique sur le plan comptable, mais elle indique que l’activité s’est développée plus rapidement que sa valorisation : les revenus ont été multipliés par 3,4 depuis 2021, contre 2,6 pour la valeur de l’entreprise.

Ce prix est d’autant plus utile qu’il donne pour la première fois un point de comparaison boursier à des activités de paiement mobile qui représentent désormais des dizaines de millions de clients en Afrique, mais dont la valeur reste généralement noyée dans celle de grands groupes de télécommunications.

Orange Money, MTN MoMo et M-Pesa donnent l’échelle du marché

Orange Money est probablement le comparable le plus parlant pour un lecteur européen. Orange comptait 47 millions d’utilisateurs actifs de son service financier mobile fin 2025 et a traité 196 milliards d’euros de transactions durant l’année. Orange Money est disponible dans 17 pays, mais Orange ne lui attribue pas une valeur boursière séparée de ses activités de télécommunications.

Rien que chez Sonatel, le principal ensemble d’Orange en Afrique de l’Ouest, Orange Money a généré 168,9 millions d’euro sde revenus au premier semestre 2026 et 10,5% du chiffre d’affaires du groupe. Le service comptait 13,8 millions de clients actifs, en hausse de 9,5%, et avait enregistré 2,27 milliards de transactions en six mois, soit 17,7 % de plus qu’un an auparavant.

Pour MTN MoMo, la dernière valorisation publique reste celle retenue en 2023 lors de l’accord avec Mastercard : 5,2 milliards de dollars pour MTN Group Fintech, qui regroupe les différentes activités financières numériques du groupe. Mastercard avait alors prévu d’investir jusqu’à 200 millions de dollars. Mais l’activité a depuis changé d’échelle. Au 30 juin 2026, MTN comptait 70,8 millions d’utilisateurs MoMo actifs chaque mois, contre 63,2 millions un an auparavant. Sur les six premiers mois de l’année, ils ont effectué 13 milliards de transactions pour une valeur de 330,5 milliards de dollars. MTN MoMo compte ainsi davantage d’utilisateurs actifs qu’Airtel Money, mais ne dispose toujours pas d’un prix de marché propre.

M-Pesa est encore plus important en valeur de transactions. Selon les derniers comptes publiés par Vodacom pour Safaricom, la plateforme comptait 43,7 millions de clients actifs au 31 mars 2026, en hausse de 18% sur un an. Les utilisateurs de Safaricom M-Pesa ont traité 344,6 milliards de dollars au cours des douze mois achevés en mars, contre 317,4 milliards de dollars un an auparavant. À lui seul, M-Pesa de Safaricom traite donc sensiblement plus d’argent qu’Airtel Money, même si les périodes de comparaison diffèrent.

Depuis le 30 juin 2026, Vodacom contrôle environ 55% de Safaricom, après avoir dépensé 2,1 milliards de dollars pour acquérir 20 points de capital supplémentaires. Safaricom reste coté à Nairobi, mais M-Pesa n’a toujours pas son propre cours de Bourse.

Le prix d’Airtel Money fournit donc un repère inédit. La société compte moins d’utilisateurs actifs que MTN MoMo et traite moins de transactions que M-Pesa, mais elle sera la seule de ces grandes plateformes africaines à disposer d’une valeur boursière directement observable. Pour Orange, MTN ou Vodacom, les investisseurs pourront désormais confronter la croissance de leurs services financiers africains aux 7 milliards de dollars attribués à Airtel Money.

Les premiers échanges conditionnels sont prévus pour le 9 octobre, avant le début de la cotation normale le 14 octobre. À partir de cette date, les 1,96 livre par action fixé pour l’introduction pourront être confrontés chaque jour au prix auquel les investisseurs accepteront réellement d’acheter et de vendre Airtel Money.

Avec La Tribune Afrique

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