
Le dossier Fils Mukoko prend une nouvelle tournure. Après la condamnation ferme de Patrick Muyaya, Porte-parole du Gouvernement, et les mesures annoncées par le Conseil supérieur de l’audiovisuel et de la communication (CSAC), l’étau se resserre autour de celui qui se présente comme le « baba de la jeunesse de l’UDPS ». Le parti présidentiel se désolidarise de ses propos, tandis que le Ministre d’État à la Justice, Guillaume Ngefa, saisit le Procureur général près la Cour de cassation. Les déclarations attribuées à ce militant, accusé d’avoir appelé à s’en prendre aux ressortissants occidentaux en RDC, prennent désormais une dimension judiciaire.
La polémique change d’échelle. Ce qui pouvait encore être présenté comme une sortie incendiaire d’un militant zélé se retrouve désormais au croisement de trois fronts : politique, administratif et judiciaire. Pour Fils Mukoko, les conséquences de ses propos pourraient donc dépasser la seule indignation suscitée dans l’opinion.
Muyaya avertit les zélés du régime
Le premier coup de semonce est venu de Patrick Muyaya. Sur son compte X, le Ministre de la Communication et Médias a condamné sans détour les déclarations attribuées à Fils Mukoko.
« Nous condamnons de la manière la plus ferme les propos tenus par Fils Mukoko. Ils sont d’une horreur absolue et n’engagent nullement le Gouvernement ni aucune autre institution », a-t-il affirmé.
Au-delà de la condamnation, le Porte-parole du Gouvernement adresse un avertissement à tous ceux qui seraient tentés de propager des discours de haine au nom de leur proximité avec le pouvoir. Le militantisme politique, rappelle en substance cette mise au point, ne saurait justifier les appels à la violence ni la stigmatisation de personnes en raison de leur nationalité.
Patrick Muyaya a également confirmé la saisine des instances compétentes, notamment le CSAC et l’Hôtel de ville de Kinshasa, afin que les suites appropriées soient examinées. Selon les informations rapportées, le CSAC a déjà prononcé une mesure d’interdiction de diffusion de 88 jours visant Fils Mukoko sur les plateformes concernées.
L’UDPS se désolidarise de son « baba de la jeunesse »

Autre signal politique majeur : l’UDPS prend ses distances avec les propos de celui qui revendique un rôle auprès de sa jeunesse. Cette prise de distance fragilise davantage la position du militant, dont les déclarations ne peuvent désormais être confondues avec la ligne officielle du parti présidentiel.
L’enjeu est aussi politique. Alors que la RDC cherche à consolider ses partenariats internationaux et à mobiliser des soutiens pour le retour de la paix dans l’Est, les appels à s’en prendre aux ressortissants occidentaux risquent de compromettre les efforts diplomatiques en cours.
Patrick Muyaya l’a clairement souligné : « Nous ne tolérons aucune forme d’appel à la violence ni aucun discours qui stigmatise nos partenaires occidentaux. Inciter la population à de tels actes, c’est tomber dans le piège de l’ennemi et compromettre les efforts déployés par le Président de la République, le Gouvernement et nos partenaires, y compris la Belgique, pour le retour de la paix dans les parties du pays sous occupation. »
Le Ministre a, dans le même temps, assuré que les dispositions nécessaires étaient prises pour garantir la sécurité des missions diplomatiques et l’inviolabilité de leurs sièges.
Guillaume Ngefa transmet le dossier à la justice

Le volet judiciaire constitue désormais le développement le plus sensible de cette affaire. Le ministre d’État, Ministre de la Justice et Garde des sceaux, Guillaume Ngefa, a saisi le procureur général près la Cour de cassation. Cette démarche ouvre la voie à l’examen judiciaire des faits signalés, sans préjuger de la culpabilité de leur auteur présumé.
L’avertissement gouvernemental est, lui, sans équivoque. « Tous ceux qui tomberont dans l’extrémisme seront exposés à la rigueur de la loi », a prévenu Patrick Muyaya.
Reste à déterminer les responsabilités éventuelles à partir des faits établis et dans le respect des procédures légales. Les conséquences administratives évoquées concernant les fonctions de Fils Mukoko à la Régie d’assainissement de Kinshasa dépendront également des décisions des autorités compétentes.
Un test de crédibilité pour les institutions
La multiplication des réactions place désormais les institutions devant une exigence de cohérence : faire respecter la loi sans distinction d’appartenance politique. Les appels à la violence, lorsqu’ils sont établis, ne peuvent être banalisés au motif qu’ils émanent d’un militant du camp présidentiel.
Pour Fils Mukoko, l’heure des explications semble donc avoir sonné. La condamnation du Gouvernement, la prise de distance politique de l’UDPS et la saisine du parquet dessinent un dossier dont les suites pourraient être déterminantes.
Le message adressé aux militants tentés par la surenchère est clair : aucun engagement partisan ne confère un permis de propager la haine. Désormais, il appartient à la justice d’examiner les faits et d’en tirer les conséquences prévues par la loi. C’est à cette condition que l’avertissement lancé par les autorités pourra dépasser le stade des déclarations et se traduire par une réponse institutionnelle crédible.
Econews


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