Sharp Vision et Honoré Gaming : des recrutements croisés qui interrogent l’indépendance des deux sociétés

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La polémique autour des liens entre Sharp Vision et Honoré Gaming continue de s’amplifier. D’un côté, une société positionnée sur la régulation des jeux d’argent. De l’autre, un fournisseur de plateformes destinées aux opérateurs. Entre les deux, des recrutements croisés de cadres stratégiques qui mettent en évidence un conflit d’intérêts. Deux profils l’illustrent particulièrement : Audrey Bouctot, qui a dirigé
simultanément les finances des deux sociétés, et Louis Chambré, passé du contrôle de gestion chez Honoré Gaming au poste de Chief Financial Officer chez Sharp Vision.

Ces trajectoires placent la circulation des cadres au centre des questions sur
l’indépendance réelle des deux entreprises.

Audrey Bouctot : une direction financière exercée des deux côtés

En mai 2022, Honoré Gaming nomme Audrey Bouctot directrice financière. Elle est alors chargée de structurer le département financier, de piloter les clôtures et de définir les indicateurs de performance.

Elle a ensuite exercé les mêmes fonctions chez Sharp Vision à partir de 2023, tout en conservant son poste chez Honoré Gaming. Les deux mandats se sont chevauchés pendant plusieurs années. Une même personne a ainsi disposé d’une visibilité étendue sur les données financières, contractuelles et stratégiques des deux structures.

Dans un secteur où l’une des entreprises équipe les opérateurs et l’autre fournit des outils de supervision aux autorités, ce cumul de responsabilités soulève des questions légitimes sur le niveau réel de séparation entre les deux organisations.
Louis Chambré : un passage direct vers des fonctions stratégiques.

Le parcours de Louis Chambré s’inscrit dans la même logique. Après avoir occupé les fonctions de contrôleur de gestion chez Honoré Gaming, il a été nommé Chief Financial Officer de Sharp Vision.

Ce passage sur des postes liés à la finance et au pilotage renforce l’idée d’un vivier de compétences commun. Au-delà de la séparation juridique affichée, ces mouvements successifs alimentent les doutes sur l’étanchéité réelle des équipes.

Les origines communes de Sharp Vision et Honoré Gaming

Ces deux cas s’inscrivent dans un contexte déjà documenté. Sharp Vision et Honoré Gaming ont été créées par les frères Cyril et Christophe Casanova. En 2023, Sportytote (la société qui exploite Honoré Gaming) a transféré à Sharp Vision l’intégralité de sa branche dédiée à la régulation. Au moment de cette opération, Sportytote était l’unique
actionnaire de Sharp Vision. Christophe Casanova représentait Sportytote lors de
l’approbation de la transaction, tandis que Cyril Casanova a ensuite pris la présidence de Sharp Vision.

Les deux entreprises bénéficient par ailleurs du soutien du même investisseur : AgilaCapital. Dans ce contexte, les trajectoires d’Audrey Bouctot et de Louis Chambré s’ajoutent à un ensemble d’éléments qui interrogent la nature des relations entre les deux structures.

Des données sensibles et un conflit d’intérêts difficile à écarter Sharp Vision donne aux autorités une vision en temps réel des paris, des flux financiers
et des performances des opérateurs. Ces données présentent un caractère
commercialement sensible. Honoré Gaming, de son côté, fournit ses plateformes aux opérateurs soumis à cette supervision.

Lorsqu’une même personne occupe des fonctions financières stratégiques des deux côtés, ou lorsqu’un cadre passe directement de l’une à l’autre, la question du conflit d’intérêts se pose avec davantage d’acuité. De plus, l’absence d’audit indépendant établissant clairement l’étanchéité des équipes et des systèmes laisse ces
interrogations ouvertes.

Des zones d’ombre qui persistent
Les parcours d’Audrey Bouctot et de Louis Chambré mettent en lumière les limites d’une séparation purement juridique. Ils illustrent concrètement un conflit d’intérêts entre une entreprise positionnée sur la régulation et une autre qui équipe les opérateurs.

L’indépendance opérationnelle ne se décrète pas uniquement par l’existence de deux personnes morales distinctes. Elle suppose aussi une séparation effective des équipes, un cloisonnement des informations et une transparence suffisante sur les trajectoires des cadres stratégiques.

Les autorités et les opérateurs qui ont travaillé avec Sharp Vision disposaient-ils d’une vision complète de ces éléments au moment de s’engager ? Sans réponses claires et vérifiables, les doutes liés à ces recrutements croisés demeurent et la polémique continue de s’alimenter.

Fodé Mbuyi, Journaliste indépendant

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