
Résumé : Cet article examine si la trajectoire de la République démocratique du Congo (RD Congo) est cohérente avec l’hypothèse des institutions extractives d’Acemoglu et Robinson. À partir des données de la Banque mondiale (World Development Indicators, Worldwide Governance Indicators) et de l’USGS, il met en évidence trois constats. Premièrement, le PIB par habitant de la RD Congo était en 2025 inférieur d’environ 56 % à son niveau de 1960, alors qu’il a été multiplié par 36 en Corée du Sud et par 17 au Botswana sur la même période. Deuxièmement, le pays se situe nettement sous la moyenne mondiale sur les six dimensions de gouvernance mesurées, et cette situation a peu évolué depuis 1996. Troisièmement, la RD Congo a assuré environ 73 % de la production minière mondiale de cobalt en 2025, alors que 85 % de sa population vivait sous le seuil international de pauvreté lors de la dernière enquête (2020). Ces constats sont cohérents avec l’hypothèse d’un équilibre institutionnel extractif hérité de la colonisation et reproduit par les régimes successifs, sans permettre d’isoler la part des institutions par rapport aux chocs de prix, aux conflits ou à la géographie. Les expériences de la Corée du Sud, du Botswana, de l’Estonie et du Ghana montrent que des transitions vers des institutions plus inclusives sont possibles, par des chemins variés et difficilement transposables.
1. Introduction
Pour comprendre les défis multiformes auxquels est confrontée la République démocratique du Congo (RD Congo), il faut examiner les structures qui sous-tendent son économie et sa vie politique. La distinction entre institutions extractives et institutions inclusives, proposée par Daron Acemoglu et James A. Robinson dans Why Nations Fail (2012) et prolongée par leurs travaux avec Simon Johnson, distingués par le prix Nobel d’économie 2024, offre une grille de lecture utile. Les institutions extractives concentrent le pouvoir et la richesse entre les mains d’une minorité ; elles découragent l’investissement et l’innovation, car la majorité ne peut espérer en récolter les fruits. Les institutions inclusives, à l’inverse, répartissent plus largement le pouvoir politique, protègent les droits de propriété du plus grand nombre et ouvrent l’accès aux opportunités économiques.
Selon ce cadre, les institutions inclusives tendent à alimenter un cercle vertueux d’investissement, d’innovation et de stabilité, tandis que les institutions extractives entretiennent un cercle vicieux : la rente est captée, la contestation est réprimée, et le contrôle de l’État devient l’enjeu principal des conflits.
La RD Congo – plus de 109 millions d’habitants en 2024 et premier producteur mondial de cobalt – illustre de manière frappante le décalage entre richesse potentielle et pauvreté effective. Cet article examine dans quelle mesure ce décalage est cohérent avec l’hypothèse des institutions extractives. Il ne prétend pas établir une relation causale unique : la géographie, l’héritage des conflits régionaux, la volatilité des cours des matières premières et les interventions extérieures interagissent avec les institutions. L’objectif est plutôt de confronter le cadre théorique aux données disponibles – sur la croissance, la gouvernance, la pauvreté et la dépendance minière – puis de tirer, avec prudence, des enseignements d’autres trajectoires nationales.
2. Le contexte historique des institutions en RD Congo
L’histoire institutionnelle de la RD Congo est marquée par une continuité remarquable des logiques d’extraction, de l’époque coloniale à aujourd’hui. Cette section retrace cette trajectoire et la met en regard de l’évolution du revenu par habitant depuis l’indépendance.
La période coloniale : la genèse des institutions extractives
Les fondations des institutions extractives ont été posées à la fin du XIXᵉ siècle. Sous l’État indépendant du Congo (1885-1908), propriété personnelle du roi Léopold II, l’économie était organisée autour de l’extraction du caoutchouc et de l’ivoire, au moyen du travail forcé et de violences systématiques (Hochschild, 1998). Ce régime a établi un précédent durable : l’État conçu comme instrument de captation des ressources plutôt que comme pourvoyeur de biens publics.
Après le tollé international, la Belgique a annexé le territoire en 1908 (Congo belge). La transition a atténué certains abus, sans démanteler le cadre extractif : l’administration coloniale et les grandes compagnies concessionnaires ont continué de tirer profit des ressources, tandis que la population congolaise demeurait exclue de la participation politique et de l’enseignement supérieur. À l’indépendance, en 1960, le pays ne comptait qu’une poignée de diplômés universitaires, ce qui a limité d’emblée la capacité de l’État naissant.
L’après-indépendance : la persistance des pratiques extractives
L’indépendance n’a pas rompu avec ces logiques. Sous le régime de Mobutu (1965-1997), l’État a été organisé autour du clientélisme et de la prédation : les recettes publiques, celles de la Gécamines et une partie de l’aide extérieure ont été détournées au profit d’un cercle restreint, tandis que la répression et la manipulation des clivages ethniques assuraient le maintien au pouvoir. La « zaïrianisation » de 1973-1974, qui a transféré des entreprises étrangères à des proches du régime, a accéléré la désorganisation de l’économie.
La chute de Mobutu a ouvert une période de guerres (1996-1997, puis 1998-2003) impliquant plusieurs armées étrangères et de nombreux groupes armés. Le contrôle des zones minières est alors devenu à la fois un objectif et un moyen de financement des belligérants, ce qui a militarisé l’extraction des ressources, en particulier dans l’Est du pays.
La figure 1 traduit cette trajectoire en chiffres. En 1960, le PIB par habitant de la RD Congo (environ 1 300 dollars constants de 2015) était supérieur à celui de la Corée du Sud (environ 1 040 dollars) et du Ghana, et plus de trois fois supérieur à celui du Botswana. Après un plateau dans les années 1960, il a décliné presque continûment à partir du milieu des années 1970, jusqu’à environ 320 dollars en 2001-2002. Malgré la reprise observée depuis, il n’atteignait que 568 dollars en 2025, soit environ 56 % de moins qu’en 1960. Sur la même période, le revenu par habitant a été multiplié par environ 36 en Corée du Sud et par 17 au Botswana.
Figure 1. PIB par habitant, 1960-2025 : la RD Congo et quatre pays de comparaison

Lecture : l’échelle logarithmique permet de comparer les rythmes de croissance. En 1960, la RD Congo avait un revenu par habitant supérieur à celui de la Corée du Sud ; en 2025, il est environ 66 fois inférieur.
Source : Banque mondiale, World Development Indicators, série NY.GDP.PCAP.KD (USD constants de 2015), mise à jour du 8 octobre 2026. Données pour l’Estonie à partir de 1990.
Ce contraste est cohérent avec l’hypothèse institutionnelle, mais il ne suffit pas à la démontrer. Le déclin congolais coïncide aussi avec l’effondrement des cours du cuivre après 1974, le poids de la dette et, plus tard, les guerres. La littérature débat d’ailleurs du sens de la causalité entre institutions et croissance (Glaeser et al., 2004). Ce que montrent les données, c’est une divergence durable et massive ; l’attribution précise de cette divergence aux institutions plutôt qu’à d’autres facteurs reste un objet de recherche.
En résumé : les institutions extractives de la RD Congo ont des racines coloniales profondes et ont été reproduites, voire aggravées, après l’indépendance. Le pays est l’un des rares au monde dont le revenu par habitant est aujourd’hui nettement inférieur à son niveau de 1960.
3. Les institutions politiques
Cette section examine l’état actuel des institutions politiques à partir des Indicateurs mondiaux de gouvernance (WGI) de la Banque mondiale, qui agrègent plusieurs dizaines de sources d’enquêtes et d’évaluations d’experts. Ces indicateurs mesurent des perceptions et sont entourés de marges d’erreur ; ils renseignent sur des niveaux relatifs plutôt que sur des valeurs exactes.
Gouvernance et corruption
La RD Congo figure de manière persistante parmi les pays les moins bien notés en matière de corruption. Son score à l’Indice de perception de la corruption de Transparency International était de 20 sur 100 en 2025. Dans les WGI, son estimation pour le « contrôle de la corruption » s’établit à −1,52 en 2024, contre +0,62 au Botswana et +1,65 en Estonie (figure 2). La corruption prend la forme de détournements de fonds publics, de pots-de-vin et d’une allocation des ressources guidée par le clientélisme. La centralisation du pouvoir limite la redevabilité et permet à un petit groupe d’exercer une influence disproportionnée sur les décisions politiques et économiques ; les processus électoraux sont régulièrement contestés.
Figure 2. Indicateurs mondiaux de gouvernance, 2024 : la RD Congo et quatre pays de comparaison

Lecture : pour chacune des six dimensions, la RD Congo (en rouge) se situe nettement sous la moyenne mondiale (0) et loin des quatre pays de comparaison. Le score le plus faible concerne la stabilité politique et l’absence de violence (−2,06).
Source : Banque mondiale, Worldwide Governance Indicators, édition 2025 (données 2024). Les marges d’erreur des estimations ne sont pas représentées.
État de droit et stabilité politique
La faiblesse de l’État de droit (−1,68 en 2024) reflète un pouvoir judiciaire exposé aux ingérences politiques et une capacité limitée à faire respecter les lois face aux acteurs puissants. L’impunité qui en résulte entretient la corruption. L’instabilité politique, alimentée par les conflits armés dans l’Est et par l’absence de consensus durable sur les règles du jeu politique, reste le point le plus critique (−2,06).
La figure 3 souligne la persistance de ces faiblesses. Entre 1996 et 2024, l’indicateur de stabilité politique s’est amélioré par rapport aux années de guerre, mais demeure proche du bas de l’échelle ; celui du contrôle de la corruption n’a pratiquement pas bougé depuis 2005. Cette inertie est précisément ce que prédit le cadre d’Acemoglu et Robinson : les élites qui bénéficient des institutions extractives ont peu d’intérêt à les réformer.
Figure 3. RD Congo : une gouvernance durablement faible, 1996-2024

Lecture : malgré la fin des grandes guerres et une amélioration relative au début des années 2000, les deux indicateurs restent très en deçà de la moyenne mondiale (0) depuis près de trente ans.
Source : Banque mondiale, Worldwide Governance Indicators, édition 2025. Années sélectionnées.
Impact sur le développement
La faiblesse des institutions politiques est associée à un détournement des ressources publiques au détriment des infrastructures, de l’éducation et de la santé, et à un climat d’insécurité qui décourage l’investissement. Il convient toutefois de noter que gouvernance faible et pauvreté se renforcent mutuellement : un État pauvre dispose de peu de moyens pour bâtir des institutions solides. Les données décrivent une association étroite ; elles ne permettent pas, à elles seules, d’isoler la part de chacun des deux mouvements.
En résumé : sur les six dimensions mesurées par la Banque mondiale, la RD Congo se situe nettement en dessous de la moyenne mondiale, et cette situation a peu évolué en trois décennies. Cette persistance est cohérente avec l’idée d’un équilibre institutionnel extractif qui se reproduit dans le temps.
4. Les institutions économiques
Le paysage économique congolais est marqué par un paradoxe : une richesse minérale considérable coexiste avec l’un des taux de pauvreté les plus élevés au monde (figure 5). Cette section examine l’accès aux opportunités économiques, la gestion des ressources naturelles et les obstacles à l’investissement.
Accès aux opportunités économiques
Selon les dernières estimations de la Banque mondiale, 85,3 % de la population vivait avec moins de 3,00 dollars par jour (seuil international de pauvreté révisé en juin 2025, en parité de pouvoir d’achat de 2021) lors de l’enquête de 2020. Ce taux avait reculé de 94,9 % en 2004 à 78,9 % en 2012, avant de remonter (figure 4). L’accès limité à une éducation et à des soins de santé de qualité réduit la mobilité économique et perpétue la pauvreté d’une génération à l’autre.
Les inégalités ne se sont pas réduites : l’indice de Gini est passé de 41,6 en 2004 à 42,1 en 2012, puis à 44,7 en 2020. Ce niveau, comparable à celui de nombreux pays d’Afrique subsaharienne, doit être interprété avec prudence, car les enquêtes auprès des ménages saisissent mal les revenus des plus riches ; l’inégalité réelle est vraisemblablement sous-estimée.
Figure 4. RD Congo : pauvreté extrême et inégalités, années d’enquête 2004, 2012 et 2020

Lecture : la pauvreté extrême a reculé entre 2004 et 2012 puis est remontée en 2020, tandis que les inégalités ont légèrement progressé sur l’ensemble de la période.
Source : Banque mondiale, Poverty and Inequality Platform, via WDI (séries SI.POV.DDAY et SI.POV.GINI), mise à jour du 8 octobre 2026.
Gestion des ressources naturelles
La RD Congo dispose de gisements de cobalt, de cuivre, d’or, de diamants, d’étain, de tantale et de lithium. Elle a assuré environ 73 % de la production minière mondiale de cobalt en 2025 et détient environ la moitié des réserves mondiales connues (USGS, 2026). Les minerais et métaux représentaient 76 % des exportations de marchandises en 2024, et les rentes tirées des ressources naturelles atteignaient près de 39 % du PIB en 2021.
Figure 5. Le paradoxe congolais : abondance minière, pauvreté de masse

Lecture : la RD Congo domine l’offre mondiale de cobalt et ses exportations reposent aux trois quarts sur les minerais et métaux, mais plus de huit habitants sur dix vivent sous le seuil international de pauvreté. Les trois indicateurs portent sur des années différentes.
Source : USGS, Mineral Commodity Summaries 2026 (cobalt, 2025) ; Banque mondiale, WDI, séries TX.VAL.MMTL.ZS.UN (2024) et SI.POV.DDAY (2020).
Cette dépendance minière ne s’est pas traduite par une amélioration à la mesure des conditions de vie. Le secteur reste marqué par l’opacité des contrats, une traçabilité insuffisante des recettes et un réinvestissement limité dans les régions productrices. La littérature sur la « malédiction des ressources » montre que l’abondance minérale ne nuit pas en soi au développement : son effet dépend de la qualité des institutions (Mehlum, Moene et Torvik, 2006). Là où les institutions favorisent la captation de la rente plutôt que la production, les ressources renforcent les incitations à contrôler l’État et les territoires miniers. L’exploitation minière s’accompagne en outre de déplacements de population et de dommages environnementaux qui pèsent sur les communautés locales.
Les décisions récentes illustrent les marges de manœuvre comme les risques : en 2025, les autorités ont suspendu temporairement les exportations de cobalt, puis instauré des quotas d’exportation pour soutenir les prix (USGS, 2026). L’effet de ces mesures sur les recettes publiques et sur les populations dépendra de la transparence de leur mise en œuvre, ce qu’il est encore trop tôt pour évaluer.
Innovation et investissement
L’insécurité des droits de propriété, un cadre réglementaire complexe et souvent opaque – la qualité de la réglementation est estimée à −1,36 en 2024 – ainsi que le déficit d’infrastructures (routes, électricité, connectivité) freinent l’investissement privé, national comme étranger. Ces obstacles pèsent particulièrement sur les secteurs hors mines, comme l’agriculture et l’industrie manufacturière, qui sont pourtant ceux qui emploient le plus de Congolais et qui conditionnent la diversification de l’économie.
En résumé : les données confirment l’existence d’un paradoxe frappant entre abondance minérale et pauvreté de masse. Ce paradoxe est cohérent avec l’hypothèse d’institutions économiques extractives, même si d’autres facteurs – conflits, chocs de prix, croissance démographique rapide – y contribuent également.
5. Quelles pistes de sortie ? Enseignements d’autres trajectoires
Plusieurs pays ont connu une transition, plus ou moins aboutie, vers des institutions plus inclusives. Leurs expériences offrent des points de repère utiles, à condition de tenir compte des différences de contexte : taille, histoire, environnement régional et ressources ne sont pas transposables. La figure 2 montre l’écart actuel de gouvernance entre la RD Congo et ces quatre pays.
La transformation économique de la Corée du Sud
La Corée du Sud est passée en six décennies d’un revenu par habitant inférieur à celui de la RD Congo à celui d’un pays à revenu élevé (figure 1). Il faut toutefois souligner que son décollage économique a eu lieu sous des régimes autoritaires (années 1960-1980), la démocratisation n’intervenant qu’en 1987. L’expérience coréenne suggère que l’investissement massif dans l’éducation, une réforme agraire précoce et une orientation vers l’exportation ont joué un rôle central, et que l’inclusion politique a suivi plutôt que précédé l’inclusion économique. La séquence entre réformes politiques et économiques reste débattue.
Gouvernance et gestion économique du Botswana
Le Botswana est souvent cité comme le principal contre-exemple africain à la malédiction des ressources (Acemoglu, Johnson et Robinson, 2003). Depuis l’indépendance en 1966, le pays a maintenu des élections pluralistes régulières, une gestion budgétaire prudente des revenus diamantaires et des investissements soutenus dans les services publics. Plusieurs facteurs spécifiques ont facilité cette trajectoire : des institutions précoloniales de consultation (le kgotla), une colonisation relativement peu intrusive et des diamants découverts après l’indépendance. Le modèle a aussi ses limites : la diversification reste incomplète, et la baisse de la demande mondiale de diamants s’est traduite par un recul d’environ 7 % du PIB par habitant entre 2023 et 2025.
La révolution numérique en Estonie
Après son indépendance en 1991, l’Estonie a engagé des réformes rapides et investi dans les infrastructures numériques et l’éducation. Ses services d’administration en ligne, accessibles à tous les citoyens, sont fréquemment associés à une plus grande transparence et à une réduction des occasions de corruption ; l’Estonie obtient aujourd’hui l’un des meilleurs scores mondiaux pour le contrôle de la corruption (+1,65 en 2024). Ce succès s’est cependant inscrit dans un contexte particulier – petite population, proximité nordique, perspective puis adhésion à l’Union européenne – qui limite sa transposabilité directe. L’enseignement le plus général concerne le potentiel de la numérisation des services publics pour réduire les interactions discrétionnaires propices à la corruption.
La consolidation démocratique du Ghana
Depuis le retour au multipartisme en 1992, le Ghana a connu plusieurs alternances pacifiques entre partis opposés, et son revenu par habitant a doublé depuis le début des années 2000 (figure 1). Le pays obtient des scores proches de la moyenne mondiale dans la plupart des dimensions de gouvernance. Son expérience montre toutefois que la consolidation démocratique ne suffit pas à elle seule à garantir la stabilité macroéconomique : le Ghana a traversé une grave crise de la dette en 2022, et son indicateur de contrôle de la corruption reste légèrement négatif (−0,20 en 2024).
Défis et opportunités pour la RD Congo
La RD Congo fait face à des obstacles considérables : pratiques extractives profondément enracinées, conflits persistants dans l’Est, faiblesse des capacités administratives et corruption généralisée. L’étendue du territoire et sa diversité compliquent en outre la mise en œuvre de toute réforme. Le pays dispose néanmoins d’atouts : des ressources stratégiques pour la transition énergétique mondiale, une population jeune, une société civile active et des partenaires internationaux attentifs à la traçabilité des minerais.
Les expériences comparées font ressortir plusieurs leviers – renforcement de l’État de droit, transparence de la gestion des recettes minières, investissement dans le capital humain, numérisation des services publics – mais aussi des arbitrages. Une politique minière plus interventionniste peut accroître les recettes à court terme tout en dissuadant l’investissement ; une décentralisation des revenus peut rapprocher les décisions des populations tout en multipliant les occasions de captation locale ; et les réformes de transparence ne produisent des effets que si des contre-pouvoirs indépendants (justice, presse, parlement) peuvent s’en saisir. Le rythme et la séquence de ces réformes demeurent les principales inconnues.
6. Conclusion
Les données examinées dans cet article dessinent un tableau cohérent. La RD Congo est l’un des rares pays dont le revenu par habitant est aujourd’hui inférieur de plus de moitié à son niveau de l’indépendance. Elle se situe nettement en dessous de la moyenne mondiale sur les six dimensions de gouvernance mesurées par la Banque mondiale, et cette situation a peu évolué en trente ans. Enfin, elle domine l’offre mondiale de cobalt alors que plus de 85 % de sa population vit sous le seuil international de pauvreté.
Ce que les données établissent : une divergence de revenu durable et massive avec les pays de comparaison, une gouvernance faible et persistante, et un décalage marqué entre richesse minérale et conditions de vie. Ce qu’elles suggèrent : que ces phénomènes sont cohérents avec l’hypothèse d’un équilibre institutionnel extractif, hérité de la période coloniale et reproduit par les régimes successifs. Ce qui reste incertain : la part exacte des institutions par rapport à d’autres facteurs – chocs de prix, conflits régionaux, géographie, croissance démographique –, ainsi que la séquence de réformes la plus susceptible de produire un changement durable.
Les trajectoires de la Corée du Sud, du Botswana, de l’Estonie et du Ghana montrent que la sortie d’institutions extractives est possible, mais par des chemins variés, souvent longs et jamais linéaires. Elles rappellent aussi qu’aucun modèle n’est transposable tel quel. Pour la RD Congo, la question n’est donc pas seulement de savoir quelles institutions bâtir, mais aussi quelles coalitions d’acteurs – au sein de l’État, de la société civile et du secteur privé – auraient intérêt à les porter et la capacité de le faire. En ce sens, si la RD Congo souffre bien des effets d’institutions extractives, rien dans les données n’indique qu’elle soit condamnée à les perpétuer.
Références
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Acemoglu, D., Johnson, S. et Robinson, J. A. (2003). An African Success Story: Botswana. In D. Rodrik (dir.), In Search of Prosperity: Analytic Narratives on Economic Growth. Princeton University Press.
Acemoglu, D. et Robinson, J. A. (2012). Why Nations Fail: The Origins of Power, Prosperity, and Poverty. New York : Crown.
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Mehlum, H., Moene, K. et Torvik, R. (2006). Institutions and the Resource Curse. The Economic Journal, 116(508), 1-20.
Transparency International (2026). Corruption Perceptions Index 2025. https://www.transparency.org/en/cpi
U.S. Geological Survey (2026). Mineral Commodity Summaries 2026 : Cobalt. https://pubs.usgs.gov/periodicals/mcs2026/mcs2026-cobalt.pdf


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