Sous le parrainage d’un Donald Trump se targuant d’avoir accompli un « miracle » diplomatique, les présidents Félix Tshisekedi de la RDC et Paul Kagame du Rwanda ont signé, jeudi à Washington, un Accord de paix historique visant à éteindre un conflit latent de trente ans dans les Grands Lacs. Si les deux dirigeants se sont engagés à respecter les termes de cet accord, salué comme la « feuille de route la plus précieuse », leurs déclarations, empreintes de prudence et de vigilance mutuelle, ont trahi la méfiance persistante. Un symbole parlant : malgré la solennité de l’instant, ils n’ont pas échangé de poignée de main, laissant à la région le soin de transformer ce texte en paix durable.
Sous les dorures de Washington, capitale fédérale des Etats-Unis, un accord de paix a été signé entre la Félix Tshisekedi (RDC) et la Paul Kagame (Rwanda), dans une mise en scène orchestrée par le président américain Donald Trump. Mais, malgré les sourires et les discours enthousiastes, le théâtre diplomatique cache une réalité bien plus complexe — et dangereuse. Car cet « accord de paix » pourrait n’être qu’un vernis fragile posé sur des fractures profondes.
Anciennement « Institut américain pour la paix », cet organisme a été renommé mercredi par le Département d’État et porte désormais sur sa façade le nom du président américain. « C’est un grand honneur », s’est réjoui Donald Trump, qui se targue d’être un grand pacificateur.
Accompagnés de dignitaires africains — parmi lesquels João Lourenço (Angola), Évariste Ndayishimiye (Burundi) et William Ruto (Kenya) — les présidents congolais et rwandais ont apposé leur signature sur un accord que Donald Trump a présenté comme l’arme ultime contre trois décennies de violence dans les Grands Lacs. Un succès qu’il a revendiqué avec fierté, assurant avoir éteint un feu que nul auparavant n’avait su éteindre.
Pour la RDC comme pour le Rwanda, l’accord porte en lui l’espoir — ou du moins la promesse — d’un tournant : un engagement à «tourner la page des affrontements » et à bâtir une ère nouvelle fondée sur la coopération et la stabilité régionale.
Mais en dépit de signatures et de discours, la signature seule ne garantit rien. L’un des points les plus troublants demeure le refus — ou l’incapacité — des chefs d’État à sceller la paix par un simple geste symbolique : Tshisekedi et Kagame ne se sont même pas serré la main. L’absence de cette poignée de main — souvent interprétée comme marque de bonne foi — en dit long sur la profondeur de la méfiance.
La guerre continue pendant la fête : le cas du M23
L’accord signé jeudi à Washington ne concerne que les États — la RDC et le Rwanda — pas les groupes armés qui ravagent l’Est du pays. Parmi eux, le M23, accusé d’être soutenu par Kigali, reste actif et belliqueux. Dans plusieurs provinces de l’Est, les combats se poursuivent, et des milliers de civils continuent de fuir les violences.
Les analyses de dernières années montrent que le M23 ne se bat pas seulement pour des revendications ethniques : le groupe contrôle des zones riches en minerais, prélève des taxes, et prospère grâce au coltan ou à l’or, détournant des ressources vitales pour financer ses opérations.
Dans ce contexte, l’accord entre Kinshasa et Kigali peut apparaître — pour le moment — comme une trêve entre États, mais sans garantie pour celles et ceux qui vivent sur le théâtre des combats. Le véritable défi sera d’arracher les armes des mains des groupes armés, de rétablir la souveraineté de l’État congolais sur son territoire, et d’assurer la protection des populations.
Une paix sans justice, selon les droits humains
Pour plusieurs organisations de défense des droits humains, cet accord est une occasion manquée. Amnesty International l’a dénoncé : le texte ne prévoit aucune disposition pour juger les auteurs présumés de crimes de guerre, d’atrocités et de violations graves des droits humains perpétrés dans l’Est depuis plusieurs années.
Sans justice, sans reddition de comptes, la paix reste incomplète et précaire. Les blessures, le traumatisme, les disparitions, les exactions — invisibles dans le texte signé — restent en suspens. Comment construire la confiance avec des victimes sans vérité ni réparations ?
Intérêts cachés et calculs stratégiques : la place des minerais
Un autre facteur jette une ombre lourde sur cet accord : les enjeux économiques. L’Est de la RDC est l’un des territoires les plus riches en minerais stratégiques — coltan, cobalt, or. Le contrôle de ces ressources a longtemps été au cœur du conflit.
À Washington, les promesses d’investissements et de coopération économique ont fleuri. Mais certains observateurs redoutent que l’accord ne soit davantage motivé par l’accès à ces minerais que par la volonté réelle d’assurer une paix durable, stable et juste. Pour ces sceptiques, l’accord pourrait servir d’enveloppe diplomatique à un partage d’intérêts économiques au détriment des populations locales.
Des voix, tant en RDC qu’au Rwanda — parmi la diaspora, la société civile, les populations exilées — expriment un mélange d’espoir et de méfiance. Beaucoup saluent l’initiative mais rappellent que « les signatures ne remplacent pas la fin des bombes, des viols, des déplacements forcés ».
«Jusqu’à présent, les accords signés n’ont servi qu’à enterrer temporairement la mort. Nous avons vu des promesses s’effondrer », confiait à l’AFP un responsable d’une ONG basée à Goma.
La peur que tout reparte — armes, affrontements, exactions — demeure bien présente. Pour beaucoup, la paix devra être vécue d’abord, vérifiée ensuite.
Washington a planté la signature…
Cet accord a le mérite d’exister. Sur le papier, il représente une avancée, une page tournée, un espoir pour des millions de Congolais, de Rwandais, d’habitants des Grands Lacs. Mais — et c’est un très grand mais — les conditions d’une paix durable, véritable, juste, inclusive et sécurisée, ne sont pas réunies.
Tant que les groupes armés comme le M23 demeurent opérationnels, tant que les minerais continueront d’alimenter les conflits, tant que l’impunité l’emportera sur la justice, le calumet de la paix fume encore à l’intérieur d’une frêle pipe diplomatique.
Le pari de Donald Trump, celui de Félix Tshisekedi et de Paul Kagame, repose désormais sur des actes — pas des mots. Et ce sont ces actes — retrait effectif des troupes, désarmement, justice pour les victimes, reconstitution de l’autorité de l’État, développement équitable — qui feront ou briseront ce qu’ils ont signé.
Aujourd’hui, la région des Grands Lacs est en sursis. Si cette paix doit durer, elle doit s’imposer non par la signature d’un traité, mais par le retour de la sécurité, de la dignité et de l’espoir dans les villages, les villes, les collines de l’Est de la RDC.
Question d’une journaliste à Trump juste après la signature de l’Accord de paix
Quand verrons-nous le retrait des troupes rwandaises de la RDC et quand verrons-nous une paix réelle ? Parce que, même maintenant, nous assistons à la signature d’un accord de paix historique, mais des personnes continuent d’être tuées en RDC, par ce que les troupes Rwandaises sont toujours présentes sur le sol congolais. Pour que cet accord soit crédible, les troupes doivent se retirer de la RDC. Quand verrons-nous ce retrait ?
Réponse du Président Trump : Quand verrons-nous le retrait ? Je pense que vous allez le voir très vite, et même très rapidement. Je pense que vous allez voir les choses évoluer. C’est quelque chose que beaucoup considéraient comme impossible et, pourtant, non seulement cela est possible, mais je pense que ce sera un véritable miracle. Ces deux hommes sont des dirigeants, ce sont de grands dirigeants, et ils vont le démontrer dans les mois et les années à venir. Et je pense que vous verrez des résultats très immédiats. J’ai confiance que c’est ce qui va se produire, Merci beaucoup.

