Après les tentatives diplomatiques de Washington et de Doha aux résultats jugés mitigés, Luanda s’impose désormais comme la nouvelle plaque tournante des efforts de paix pour la RDC. Les allers-retours rapprochés du Président Félix Tshisekedi dans la capitale angolaise traduisent l’intensité des tractations en cours et la montée en puissance du président João Lourenço, médiateur régional et président en exercice de l’Union africaine. Dans un contexte de dégradation sécuritaire et humanitaire persistante à l’Est du pays, l’option angolaise apparaît, pour nombre d’analystes, comme un retour à la case départ afin de redéfinir les contours d’un « Dialogue » politique crédible et d’une sortie durable de crise.
En l’espace d’une semaine, le président de la République Démocratique du Congo, Félix Tshisekedi, s’est rendu à deux reprises à Luanda. Ces déplacements rapides, effectués lundi et jeudi, pour s’entretenir avec son homologue angolais João Lourenço, ne sont pas anodins. Ils témoignent de grandes manœuvres diplomatiques en cours et semblent indiquer un recentrage des efforts de paix sur la capitale angolaise, au moment où les accords de Doha et de Washington peinent à produire des résultats tangibles.
Dans les cercles politiques et diplomatiques de Kinshasa, cette double visite est décryptée sous toutes les coutures. Pour de nombreux observateurs, elle signe le retour en force du médiateur angolais, après des processus internationaux aux résultats mitigés. « Les cartes sont presque rabattues. À Luanda, c’est le retour à la case départ pour explorer d’autres perspectives de paix », analyse pour Econews un politologue congolais sous couvert d’anonymat.
Les contours d’un « Dialogue national » se dessinent
La substance de ces discussions à haut niveau semble désormais se préciser. Selon plusieurs sources concordantes, les perspectives d’un « Dialogue national » inclusif, placé sous l’égide de João Lourenço – qui assure également la présidence en exercice de l’Union africaine –, seraient en train de se dessiner à Luanda.
Si le principe d’un tel dialogue serait acté par Kinshasa, les allers-retours du président Tshisekedi porteraient essentiellement sur le format final et le lieu de tenue de ce forum crucial. Le chef de l’État congolais privilégierait un Dialogue placé sous son contrôle direct, à Kinshasa. Une position qui ne fait pas l’unanimité et se heurte aux réticences des parties belligérantes.
Face à ces divergences, le président Lourenço aurait promis de mobiliser tout son réseau et son influence pour convaincre les différentes parties de trouver un terrain d’entente. Sa légitimité de président en exercice de l’UA et son statut de médiateur désigné pour cette crise lui confèrent un poids diplomatique non négligeable.
Une déclaration présidentielle forte
L’urgence de la situation a conduit le médiateur angolais à une prise de parole publique. À l’issue de la seconde rencontre avec Félix Tshisekedi, ce jeudi 8 janvier 2026, le président João Lourenço a publié une déclaration officielle exprimant « son anxiété face à la détérioration continue de la situation sécuritaire et humanitaire dans l’est de la RDC ».
Il s’est dit « profondément préoccupé » par les conséquences de cette crise, qui menacent selon lui les efforts diplomatiques déployés dans le cadre des processus de Washington et de Doha. Lourenço a réaffirmé que ces derniers restaient « les seules voies crédibles pour réduire les tensions persistantes entre la RDC et le Rwanda ».
Dans sa déclaration, le président angolais a lancé un appel pressant à « un cessez-le-feu immédiat et inconditionnel ainsi qu’à la fin de toutes les hostilités ». Il a exhorté « les gouvernements de la RDC, du Rwanda et l’AFC/M23 à respecter scrupuleusement les accords déjà signés », en priorisant une résolution pacifique et la protection des civils.
Enfin, joignant le geste à la parole, João Lourenço a lancé un appel à l’ensemble de la communauté internationale pour qu’elle « s’unisse autour des initiatives en cours afin de rétablir durablement la paix et la stabilité en République Démocratique du Congo ».
Un tournant diplomatique ?
Alors que les canaux de Doha et Washington semblent dans l’impasse, Luanda émerge ainsi comme la nouvelle scène où se joue peut-être l’avenir de la paix dans la région des Grands Lacs. L’engagement personnel et répété de Félix Tshisekedi auprès de João Lourenço démontre la recherche congolaise d’une solution sous leadership africain, plus proche du terrain.
Le succès de cette nouvelle impulsion dépendra cependant de la capacité du médiateur à obtenir l’adhésion de toutes les parties, y compris celle de Kigali et des groupes armés, à une feuille de route commune. Le temps presse, au rythme de la détérioration humanitaire et sécuritaire à l’Est du Congo.
Econews

