Au Forum RDC–Chine sur les médias à Kinshasa, ouvert mercredi à Béatrice Hôtel (Kinshasa), le Vice-Premier Ministre en charge de l’Économie nationale, Daniel Mukoko Samba, a sonné la fin du modèle extractif en appelant à une « nouvelle étape » de coopération avec la Chine. Objectif affiché : transformer les richesses minières en moteurs d’industrialisation, bâtir des chaînes de valeur locales et créer massivement des emplois. Face à la dépendance chronique aux matières premières, Kinshasa mise sur un partenariat sino-congolais recentré sur la diversification et l’innovation. Un virage stratégique ambitieux, dont la crédibilité dépendra désormais de sa mise en œuvre concrète.
Ci-dessous, l’intégralité de son discours d’orientation, visiblement axé sur la rupture pour un nouveau narratif RDC – Chine.

DISCOURS DU VICE-PREMIER MINISTRE EN CHARGE DE L’ECONOMIE NATIONALE AU FORUM MEDIAS RDC – CHINE
Excellences,
Mesdames et Messieurs les Ministres,
Distingués représentants des institutions publiques,
Mesdames et Messieurs les responsables des médias,
Honorables invités,
Ce Forum Médias entre la République démocratique du Congo et la République populaire de Chine, constitue une opportunité précieuse de renforcer la compréhension mutuelle entre nos deux peuples et d’approfondir un partenariat déjà ancien et solide.
Les relations entre la République démocratique du Congo et la République populaire de Chine s’inscrivent dans une longue tradition de coopération et d’amitié. Dès 1972, la RDC – alors Zaïre – établissait des relations diplomatiques officielles avec la Chine populaire. Depuis lors, ces relations n’ont cessé de se renforcer, reposant sur les principes de respect mutuel et de coopération gagnant-gagnant.
Au fil des décennies, cette coopération s’est traduite par de nombreux projets dans les domaines des infrastructures, des mines, de l’énergie, de la santé, de l’éducation et des télécommunications.
Cette dynamique bilatérale s’inscrit également dans un cadre plus large : celui du partenariat stratégique entre la Chine et l’Afrique. Depuis la création du Forum sur la coopération sino-africaine (FOCAC) en 2000, les relations entre la Chine et le continent africain ont connu une expansion remarquable, tant sur le plan commercial qu’en matière d’investissements et de coopération technique.
Aujourd’hui, la Chine est l’un des principaux partenaires commerciaux de l’Afrique, et la coopération sino-africaine contribue à la réalisation d’infrastructures essentielles, au développement industriel et au renforcement des capacités humaines.
Mesdames et Messieurs,
Si la coopération entre la Chine et la République démocratique du Congo a été historiquement marquée par les secteurs extractifs et les infrastructures, l’heure est aujourd’hui venue d’ouvrir un nouveau chapitre fondé sur la diversification économique et la création de chaînes de valeur complètes.
La diversification de l’économie constitue en effet un impératif stratégique pour la République démocratique du Congo.
Depuis plusieurs décennies, l’économie congolaise est restée fortement dépendante de l’exploitation des ressources minières. Cette richesse naturelle constitue sans aucun doute un avantage comparatif majeur pour notre pays. Toutefois, la dépendance excessive à un seul secteur expose l’économie nationale à des vulnérabilités importantes, notamment face aux fluctuations des prix internationaux des matières premières.
Il est donc devenu essentiel pour la RDC de transformer cette rente minière en levier de développement d’autres secteurs productifs, capables de générer davantage de valeur ajoutée, d’emplois et d’innovations.
La diversification économique peut s’opérer à deux niveaux complémentaires.
Premièrement, au niveau national, il s’agit d’utiliser les ressources issues des secteurs traditionnels pour stimuler le développement d’activités économiques variées. Dans le cas de la République démocratique du Congo, cela implique notamment le développement de filières agro-industrielles, autour de produits stratégiques tels que le maïs, le riz, le blé, l’huile de palme, le café, le cacao ou le piment.
Le développement de ces filières doit s’appuyer sur une approche intégrée des chaînes de valeur, allant des intrants agricoles à la transformation industrielle, en passant par le stockage, la normalisation et la distribution.
La diversification passe également par une meilleure valorisation des ressources naturelles. Prenons par exemple le bois. La RDC possède l’un des plus vastes massifs forestiers du monde. Pourtant, une grande partie de cette ressource continue d’être exportée sous forme de grumes. La transformation locale du bois permettrait de développer des industries du meuble, de la construction, de la papeterie ou encore de l’artisanat.
Le même raisonnement s’applique aux ressources minières. Le cobalt, dont la RDC est l’un des principaux producteurs mondiaux, est aujourd’hui un minerai stratégique pour la transition énergétique globale. L’enjeu pour notre pays consiste désormais à développer progressivement des chaînes de transformation locales, pouvant aller du minerai brut jusqu’à la fabrication de composants industriels, notamment dans le domaine des batteries pour véhicules électriques.
Deuxièmement, la diversification doit également intervenir au niveau des entreprises. Les entreprises congolaises doivent être encouragées à élargir leurs activités et à améliorer leur compétitivité. Celle-ci ne dépend pas uniquement du cadre fiscal, mais aussi de facteurs essentiels tels que l’innovation, la maîtrise technologique, la qualité des infrastructures et la formation des ressources humaines.
La diversification poursuit plusieurs objectifs majeurs.
Elle permet d’abord de réduire la vulnérabilité économique. Lorsqu’une économie repose sur plusieurs secteurs d’activité, un choc dans un secteur particulier – par exemple une chute des prix des minerais – n’affecte pas l’ensemble de l’économie.
Elle permet ensuite de stimuler une croissance durable, en créant de nouvelles industries et de nouveaux services capables de générer de la richesse sur le long terme.
Elle favorise également la création d’emplois, notamment pour une population jeune et dynamique comme celle de la République démocratique du Congo.
Enfin, elle contribue à stabiliser les revenus publics, en rendant les recettes fiscales moins dépendantes des cycles volatils des matières premières.
Dans cette perspective, la coopération entre la République démocratique du Congo et la République populaire de Chine peut jouer un rôle déterminant.
La Chine dispose d’une expérience remarquable en matière d’industrialisation, de développement des infrastructures et de transformation économique. En quelques décennies, elle a su transformer son économie et bâtir des chaînes de valeurs industrielles complètes dans de nombreux secteurs.
Le partenariat entre nos deux pays peut ainsi contribuer à soutenir les ambitions de la RDC dans plusieurs domaines stratégiques :
Le développement des infrastructures énergétiques, l’industrialisation, la transformation locale des ressources naturelles, l’innovation technologique et la formation des compétences.
Mesdames et Messieurs,
Dans ce processus, les médias ont également un rôle essentiel à jouer.
Ils contribuent à éclairer l’opinion publique, à renforcer la transparence des politiques publiques et à favoriser une meilleure compréhension des enjeux économiques.
Les médias peuvent aussi servir de pont entre les peuples, en permettant une meilleure connaissance réciproque des cultures, des réalités économiques et des opportunités de coopération.
À cet égard, le présent forum constitue une plateforme importante pour encourager un dialogue constructif entre les acteurs médiatiques de nos deux pays, afin d’accompagner la dynamique du partenariat sino-congolais.
Excellences,
Mesdames et Messieurs,
La République démocratique du Congo se trouve aujourd’hui à un moment décisif de son histoire économique. Les immenses ressources naturelles dont dispose notre pays doivent désormais devenir le socle d’une économie diversifiée, industrielle et créatrice d’emplois.
Dans cette transformation, la coopération internationale et en particulier celle qui nous lie à la République populaire de Chine peut constituer un levier puissant pour accélérer cette dynamique.
En renforçant nos partenariats, en développant des chaînes de valeur locales et en favorisant l’innovation, nous pouvons ensemble contribuer à bâtir une économie plus résiliente, plus inclusive et plus prospère.
Je formule donc le vœu que ce Forum Médias marque une nouvelle étape dans le renforcement de la coopération entre nos deux pays et dans la construction d’un partenariat durable au service du développement.
- Dú xíng kuài, zhòng xíng yuǎ–
- Seul on va plus vite, mais ensemble on va plus loin
Je vous remercie de votre aimable attention.
Kinshasa, le 18 mars 2026

