images 1

Avec l’arrestation en cascades de ses cadres : mort politique programmée du PPRD

Après l’éclatement de la coalition FCC-CACH, la descente aux enfers du PPRD semble désormais s’accélérer. Entre l’exil de Joseph Kabila et l’arrestation en série de ses principaux cadres — Ramazani Shadary, Aubin Minaku ou encore Dunia Kilanga — le parti de l’ancien chef de l’État paraît engagé dans une spirale de marginalisation politique. En toile de fond, l’ombre du Conseil national de cyberdéfense (CNC), nouvel instrument sécuritaire rattaché à la Présidence de la République, alimente les accusations de règlement de comptes politiques et fait planer l’hypothèse d’une mort politique programmée du PPRD, ultime héritage du kabilisme sur la scène congolaise.

La promesse avait été claire et martelée dès son investiture en janvier 2019 : « Déboulonner » le système hérité des 18 années de Joseph Kabila. Près de cinq ans plus tard, le Président de la République, Félix Tshisekedi, semble engagé dans la phase ultime de cet objectif : précipiter la mort politique du Parti du peuple pour la démocratie et la reconstruction (PPRD), le fer de lance de l’ancien chef de l’État.

Cette stratégie, selon plusieurs observateurs, est entrée dans une nouvelle dimension, marquée non plus seulement par la dislocation de l’ancienne coalition au pouvoir (FCC-CACH) ou l’exil de son leader, Joseph Kabila, mais par l’arrestation systématique de ses principaux cadres encore présents sur le terrain.

Les têtes pensantes derrière les barreaux

Après une série de détentions ciblées ces derniers mois, ce sont désormais les derniers piliers opérationnels du PPRD qui se retrouvent derrière les barreaux. Emmanuel Ramazani Shadary, le secrétaire permanent du parti et ancien candidat à la présidentielle de 2018, Dunia Kilanga, en charge de la mobilisation, et plus récemment Aubin Minaku, son vice-président et ancien président de l’Assemblée nationale, croupissent tous dans les cellules du Conseil national de cyberdéfense (CNC).

Cette structure, créée en août 2023 et directement rattachée à la Présidence de la République, est devenue l’arme de dissuasion privilégiée du régime, opérant selon ses détracteurs en dehors de tout cadre légal clair. Perçu comme un outil de répression aux méthodes opaques, le CNC aurait aujourd’hui pris le pas sur les services de renseignement traditionnels (ANR et DEMIAP) pour quadriller le terrain politique.

Le CNC, bras armé d’une nouvelle ligne politique ?

La création et l’action du CNC semblent incarner une évolution dans la stratégie du Président Tshisekedi. L’objectif ne serait plus seulement de marginaliser l’influence de Joseph Kabila, mais bel et bien d’« écraser tout ce qu’il y a comme héritage politique » de son prédécesseur en accélérant la décomposition de son parti.

À la tête de cet organe puissant : Jean-Claude Bukasa, un technicien en informatique formé au Canada et ancien employé d’IBM. Son parcours, retracé par Jeune Afrique, est celui d’un homme monté en puissance dans l’ombre du pouvoir. Ancien assistant de François Beya, l’ex-conseiller sécurité du président arrêté en 2022, Bukasa a assuré l’intérim, avant de prendre les rênes du CNC. Sa proximité géographique et ethnique avec Félix Tshisekedi, ainsi que son engagement à l’UDPS, le parti présidentiel, en font un acteur clé de cette nouvelle ère.

Une fin de règne programmée ?

Avec la mise à l’écart de ses cadres historiques, le PPRD, qui a gouverné la RDC de 2001 à 2019, semble viser un point de non-retour. L’appareil du parti, déjà affaibli par le départ de son fondateur, se trouve paralysé. Pour le camp présidentiel, il s’agit peut-être de tourner définitivement une page de l’histoire congolaise et d’éliminer toute possibilité de retour en force d’une opposition structurée autour de l’ancien système.

Cependant, ces méthodes musclées et le rôle croissant d’un organe de sécurité aussi peu conventionnel que le CNC soulève des questions sur l’état de droit et les libertés politiques en RDC. La « mort politique programmée » du PPRD, si elle est effective, dessine les contours d’un rééquilibrage du pouvoir dont les conséquences à long terme sur le paysage démocratique congolais restent à observer.

La communauté nationale et internationale suit désormais ce dossier pour voir si la dissolution politique du PPRD se fera dans le strict respect des garanties juridiques ou si elle marquera l’avènement de méthodes plus autoritaires.

A tout prendre, le pouvoir en place à Kinshasa a mis tout en place pour effacer de la carte politique de la RDC Joseph Kabila et son parti, le PPRD.

Econews

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *