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Bombardements américains en Iran : vers un lundi noir sur les marchés financiers ?

Les États-Unis ont mené des frappes en Iran, au dixième jour du conflit entre Téhéran et l’État hébreu. Des sites nucléaires ont été touchés selon Donald Trump. Ces attaques américaines « auront des conséquences éternelles », a menacé l’Iran. Vu sous un autre angle, les frappes ordonnées par Donald Trump ont été saluées dimanche à la bourse israélienne. L’ambiance risque d’être plus anxiogène sur les autres bourses mondiales. Qu’en est-il des bourses européennes, asiatiques et américaines qui, elles, ouvrent lundi matin ? Faut-il redouter des fortes secousses ? Analyse avec Christopher Dembik, conseiller en investissement chez Pictet AM, société en gestion de portefeuille. Entretien.

Après avoir fait mine d’hésiter, Donald Trump a pris un risque historique en décidant, sans autorisation du Congrès, de bombarder trois sites nucléaires iraniens. Tandis que les yeux se tournent vers la République islamique, Israël tient une occasion inédite de mettre à terre le régime de Téhéran, qui a juré sa perte.

Les Etats-Unis sont engagés dans une nouvelle guerre au Moyen-Orient, sous l’autorité d’un président, Donald Trump, qui ne jurait que par la paix, le commerce et les seuls intérêts nationaux. Samedi 21 juin, Washington a comblé les attentes d’Israël et mené une opération aérienne d’ampleur contre l’Iran, afin de compromettre définitivement son programme nucléaire.

Après avoir fait mine d’hésiter pendant une semaine, Donald Trump a pris un risque historique, auquel ses prédécesseurs, de George W. Bush à Joe Biden, en passant par Barack Obama, s’étaient refusés. Il a donné le feu vert aux bombardiers B-2, déployés dans la région, pour viser trois sites : Natanz, lieu d’enrichissement d’uranium déjà endommagé par l’aviation israélienne ; Ispahan, où seraient conservés des stocks importants de matière fissile, et enfin Fordo, l’installation la plus enfouie, au pied d’une montagne.

Dans un message publié sur son réseau Truth Social, peu avant 20 heures à Washington, Donald Trump a annoncé cette «attaque très réussie», alors même que l’évaluation exacte de l’impact des frappes n’avait pu être conclue. «Tous les avions se trouvent à présent hors de l’espace aérien de l’Iran», a dit le président, en précisant qu’un «chargement complet de bombes » avait été destiné à la cible la plus délicate, Fordo.

«Les événements de ce matin sont scandaleux et auront des conséquences éternelles », a averti le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi, dénonçant le «comportement extrêmement dangereux, anarchique et criminel » des États-Unis.

À Tel-Aviv, les marchés financiers sont en ébullition. La bourse, ouverte ce dimanche 22 juin 2025, est en forte hausse de plus de 4%, après avoir déjà bondi de 6% la semaine dernière. Les investisseurs, en Israël, saluent les frappes américaines contre l’Iran. L’Organisation des Nations unies (ONU) a de son côté partagé son inquiétude sur l’implication américaine dans le conflit au Moyen-Orient.

«C’est une dangereuse escalade dans une région déjà sur la corde raide – et une menace directe à la paix et à la sécurité dans le monde », a déploré le secrétaire général des Nations unies Antonio Guterres.

Le Figaro. – Après les frappes américaines sur l’Iran, faut-il craindre un «lundi noir» sur les marchés financiers ?

Christopher Dembik. – La première réaction sera très brutale, à l’ouverture. Des positions très spéculatives sont à redouter. Les fortes incertitudes, autour de la riposte de l’Iran, ne seront sans doute pas levées en début de semaine prochaine. C’est ce qui fait peur aux marchés financiers. Lundi, on peut s’attendre à une multitude d’achats de produits financiers sur le VIX (indice de volatilité, NDLR), signe de l’instabilité et de l’anxiété des investisseurs pour couvrir leurs positions. On l’a vu à chaque fois qu’il y a eu des remous géopolitiques et mêmes politiques.

Mais cette réaction initiale des marchés pourrait être épidermique. En cas de tassement de la situation, ces fortes baisses n’ont pas vocation à durer. Si les tensions se limitent à des échanges de missiles, les marchés financiers pourraient se stabiliser, dans un second temps, voire remonter. En revanche, si l’Iran bloque la circulation du détroit d’Ormuz (par lequel transite 21% du pétrole mondial, NDLR), mais je n’y crois pas, la dégringolade des marchés financiers pourrait se prolonger sur plusieurs jours. Le secteur du luxe, qui pèse 30% du CAC 40, risque de dévisser fortement

Faut-il s’attendre, lundi, à une flambée des cours du pétrole (qui ont grimpé de 21% depuis fin mai)?

Oui, on peut s’attendre à une flambée des cours, car les spéculations autour d’un éventuel blocage du détroit d’Ormuz ne cessent de grimper. Les investisseurs n’ont aucune visibilité. Il faut s’attendre à de fortes positions spéculatives. Mais là encore, je ne pense pas que cette flambée du pétrole soit durable. Les États-Unis peuvent utiliser les réserves stratégiques pour faire baisser les prix. On peut donc s’attendre à un tassement des cours dès lundi voire mardi.

Quid des taux d’emprunt des États ? Une flambée est-elle aussi à redouter ?

Non, aucun mouvement de forte hausse n’est à redouter lundi. Les éventuelles hausses devraient rester contenues, car les investisseurs qui achètent des obligations d’État, sont moins sensibles à ces secousses géopolitiques qu’aux droits de douane par exemple. Et encore, les réactions aux premières annonces de Donald Trump sur la hausse des droits de douane avaient été épidermiques.

Avec Le Figaro