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Budget 2026 : entre équité, efficacité, et saupoudrage. Quid de l’orientation budgétaire ?

Au cours de cinq dernières années, le budget de la RDC a connu un accroissement significatif. Il est passé successivement de 6,9 milliards à 9,9 milliards entre 2021 à 2022. La même tendance s’est poursuivie entre 2023 à 2024 d’un montant de 14 milliards à 16 milliards, pour enfin se situer à 17 milliards en 2025 (Loi des finances 2021, 2022, 2023,2024 et 2025). Quant au budget de l’État 2026 sous examen, il est présenté en équilibre entre les recettes et les dépenses d’une valeur d’environ 25 milliards de dollars américains.

Toutefois, l’évolution arithmétique de ces grandeurs budgétaires contraste avec la réalité. Au fil des ans, les budgets sont votés et exécutés sans répondre efficacement aux problèmes pour lesquels ils avaient été votés, quoique certains efforts puissent être revendiqués par l’exécutif.

A cet effet, il convient de se poser des questions sur l’orientation budgétaire de ces dernières années. Étant donné que l’essentiel des rapports sur l’exécution des budgets attestent les dépassements des crédits alloués aux Institutions de la République, au détriment des secteurs productifs et porteurs de la croissance (Ministère du Budget, chaîne de la dépense, Direction de contrôle budgétaire, Plan d’engagement budgétaire).

Par respect au principe de l’unité budgétaire, la RDC en tant qu’unité nationale se doit d’une loi des finances équitablement répartie, redistributive et pro-croissance.

Budget 2025 et les rapports sur la réédition des comptes.

Dans un contexte de gestion de la Res publica, la loi des finances par définition, est la somme chiffrée du programme d’actions du gouvernement en vue d’apporter des solutions durables aux problèmes de la cité. Dans ce cas de figure, le budget reflète les aspirations du peuple et l’engagement de l’Exécutif.

En RDC, l’exécution des budgets contraste avec les prévisions budgétaires. Les rapports sur la réédition des comptes font souvent état des pratiques budgétaires peu orthodoxes, violant les principes de redevabilité et de transparence nécessaires à la bonne gouvernance des finances publiques (voir rapport Réédition des comptes budget 2025). Ce dernier est plus récent et plus révélateur de ces pratiques. L’exploitation dudit rapport traduit les faits suivants : Grave dépassement des crédits au profit des institutions ; Non-respect de la chaîne de la dépense associe aux dépenses extra budgétaires ; Taux de mobilisation moyen des recettes publiques.

Vue sommaire du budget 2026.

Du côté de recettes, on note l’absence d’efforts dans la mobilisation des recettes dans une économie qui a renoué avec des taux de croissance positifs, synonyme d’activité, de création de richesse et par ricochet des recettes publiques. Lors du débat parlementaire l’honorable député, le Professeur Godé Mpoyi évoque quant à lui la paresse de l’État dans la mobilisation des recettes publiques.

Du côté des dépenses : on note plusieurs saupoudrages budgétaires contre des véritables crédits budgétaires. Les crédits des institutions réunis dépassent largement les montants alloués aux secteurs de la santé, de l’agriculture, du transport et voie de communication etc., en un mot le social.

Il ne sera guère surprenant que lors de l’exécution du budget que le compte du trésor de l’État accuse des déficits sur l’ensemble de l’année comme l’indique la Note de conjoncture de la BCC du mois d’octobre 2025.

Brève esquisse de l’orientation budgétaire en RDC et apport théorique.

Au-delà d’une loi, le budget joue un rôle prépondérant dans la régulation conjoncturelle et la relance de l’économie. Associée à des politiques conjoncturelles, la politique budgétaire contribue activement au lissage des cycles étant donné l’inefficacité des stabilisateurs automatiques en RDC. Théoriquement, le concept de l’orientation budgétaire évalue la proportion dans laquelle l’activité économique est impactée par la suite des décisions de l’Exécutif et le solde primaire en est la mesure d’évaluation.

En tant que scientifique, nous faisons remarquer qu’après des années de rigueur budgétaire, il s’observe un flou, un brouillage, un relâchement dans la discipline et la conduite budgétaire. Si les années 2004 à 2014 ont été considérées comme décennie de reprise de coopération internationale et de stabilité, ponctuées des orientations budgétaires à la fois restrictives et expansionnistes sous contrôle. La fin décennie 2015 à 2025 quant a elle est caractérisée par des déficits publics excessifs, financement monétaire du déficit, absence de poursuite des réformes majeures dans les finances publiques.

En sommes nous proposons ce qui suit :

  1. Un shutdown budgétaire par les élus du peuple avant le vote afin de l’améliorer et de le rendre pro croissance et pro social.
  2. La création au niveau de la BCC du comité budgétaire à l’instar du comité de pilotage de la politique monétaire dans le souci de permettre à la politique budgétaire de jouer pleinement son rôle que de la réduire à deux séquences recettes et dépenses.
  3. La mise en place des réformes structurelles visant à élargir l’assiette fiscale et l’accompagnement des provinces dans les efforts de mobilisation des recettes.

Aberi Lumbule S.

Analyste économiste