Après le Conseil constitutionnel, c’est la rue Cambon qui bascule, et la Banque de France pourrait être la prochaine pièce maîtresse d’un verrouillage institutionnel destiné à peser bien au-delà de 2027.
L’affaire a été rondement menée : l’hôte de l’Élysée a plié – par décret présidentiel – le dossier en 48h, s’essuyant au passage les pieds sur les principes constitutionnels de la Ve République, notamment le principe de neutralité d’un « sage de la rue Cambon », qui, de surcroît, est inamovible s’agissant du poste de président(e) de la Cour des comptes.
Un recasage météorique pour Amélie de Montchalin, sèchement battue aux législatives de 2022 dans l’Essonne, elle avait d’abord bénéficié d’un rebond post-électoral rapide avec une nomination à un poste international avant de revenir – façon tapis-volant – dans l’équipe gouvernementale.
Et s’il y a à redire sur la « constitutionnalité » de la nomination de l’actuelle ministre de l’Action et des Comptes publics, le président peut compter sur l’un de ses fidèles – Richard Ferrand, président du Conseil constitutionnel nommé par ses soins, spécialiste du flirt avec la ligne jaune comptable et des passages furtifs par les sens interdits de l’abus de biens sociaux –, pour dégainer un sophisme qui prend les termes de la Constitution au pied de la lettre pour mieux en détourner l’esprit.
Le dernier virage à l’Elysée
Les 15 derniers mois de présence à l’Élysée sont clairement placés sous le signe des parachutages et des pantoufles dorées pour les copains et les coquins, en mode « quoi qu’il en coûte » (pas grave, c’est le gueux qui paye) et « quoi qu’on en pense » (et vous allez faire quoi pour m’en empêcher ?).
Emmanuel Macron accélère donc le placement de ses fidèles « marcheurs » de la première heure à la tête d’institutions prestigieuses et à des postes quasi inamovibles. Pas de ceux dont un électeur grincheux peut priver son titulaire quand la coupe de la trahison de ses intérêts est pleine.
La nomination d’Amélie de Montchalin à la tête de la Cour des comptes constitue une double entorse à la tradition : ne pas appartenir à une équipe gouvernementale ni siéger au Conseil des ministres ; ne pouvoir être soupçonné d’aucun conflit d’intérêts par rapport aux comptes de la nation qui seront audités.
Non seulement très orientée politiquement, Amélie de Montchalin sera également juge et partie puisqu’elle aura le rôle d’examinatrice/censeur d’un budget 2026 dont elle fut l’une des principales chevilles ouvrières (c’est l’illustration, à l’état chimiquement pur, du conflit d’intérêts au plus haut niveau de l’État), et qui est passé en force à coup de 49.3, ce qui a permis d’éluder tout examen critique.
Du coup, que trouvera-t-elle à redire à la dérive de nos finances ? Tout au plus formulera-t-elle quelques recommandations qui seront parfaitement ignorées par un futur gouvernement, pour peu qu’il soit d’une couleur politique différente de la sienne.
Bien entendu, tous les députés de la « minorité présidentielle » et des affiliés de circonstance – et qui rêvent d’être les heureux élus d’un tel privilège – déroulent en chœur l’élément de langage de la haute fonctionnaire «hyper-compétente ».
Bernard Madoff, le «board » d’Enron étaient également compétents, et même des plus imaginatifs sur le plan comptable que notre ministre à particule.
Mais le comble aurait été de faire auditer les comptes du premier par les seconds, et réciproquement, avant d’aller en discuter en se tapant sur les cuisses à l’occasion de leur partie de golf du mercredi (officiellement, sur leur agenda, il est noté qu’ils sont en négociation avec de gros investisseurs d’une monarchie pétrolière).
Pour l’électeur et le législateur américain, ce serait un cas de figure «énôôôrme», mais en France, ça passe.
Et c’est même la règle du jamais deux sans trois. Après le verrouillage du Conseil constitutionnel, puis de la Cour des comptes, c’est un troisième « inamovible » qui va assurer la continuité du double quinquennat présidentiel : le poste de gouverneur de la Banque de France sera étrangement vacant à compter du 30 juin.
Son actuel titulaire, François Villeroy de Galhau, renonce à son poste avec un an d’avance – un timing plus que parfait puisqu’Emmanuel Macron va pouvoir nommer son successeur (le nom qui circule : le nom de son plus proche bras droit à l’Élysée) pour un mandat de six ans.
Et contrairement à Amélie de Montchalin, il n’existe pas, parmi les proches du président, de profil qui mérite le qualificatif de « compétent », et encore moins de légitime pour le poste de gouverneur de la BdF.
Bien sûr, il ne s’agira pas d’un profil aussi transparent et complètement « hors du coup » comme un Stéphane Séjourné, lequel a intégré l’Olympe européen avec l’appui de l’Élysée (et peut-être l’appel à un renvoi d’ascenseur de la part d’Ursula von der Leyen) sans avoir jamais réussi une seule épreuve fondatrice qui témoigne de ses capacités de négociateur au plus haut niveau.
Macron, le prestidigitateur
Emmanuel Macron semble déterminé à prendre le risque – non pas de nommer un benêt – mais d’imposer un nom qui n’est pas issu du « sérail » des plus grands banquiers du pays.
Ce sera peut-être un inspecteur des finances qui a fait un crochet par un de nos fleurons bancaires, mais pas quelqu’un qui y a fait carrière : ce sera, comme pour Richard Ferrand, Amélie de Montchalin, Didier Tabuteau au Conseil d’État, Martin Ajdari à l’Arcom, etc., un parachutage politique assumé.
Le but est de verrouiller toutes les instances décisionnelles et de contrôle – et ultimement – la fonction la plus stratégique : le contrôle de l’offre d’argent, sous quelle forme doit circuler cet argent, et c’est crucial, vers qui est fléché l’argent.
Un patron de la BdF nommé par l’Élysée pour six ans, qui officiera durant l’intégralité du prochain quinquennat, sera soi-disant indépendant, non révocable… mais parfaitement capable d’exécuter très efficacement un « agenda caché » (monnaie numérique, euro-emprunt obligatoire, etc.) tout en contrecarrant ou en torpillant les agendas publics affichés par des formations politiques élues mais non coopératives avec le « système ».
Cela pourrait prendre la forme d’une généralisation de l’injonction faite aux banques de fermer arbitrairement les comptes de certaines personnalités publiques, ou influentes sur les réseaux, et jugées « divergentes », par exemple.
Dans les cercles proches du président, cet alignement des planètes sur la ligne Macron/von der Leyen est perçu comme les fondations d’un come-back politique d’un eurofédéraliste/globaliste en 2032, tout en s’assurant un contrôle quasi total des principaux rouages de l’État lors du prochain quinquennat.
Cela rend les élections 2027 de pure forme, les garde-fous et forces de rappel s’exerçant à tous les niveaux de l’appareil d’État… si une autre ligne que celle – eurofédéraliste et libre-échangiste – souhaitée par Bruxelles tentait de s’imposer.
Mais si cela survenait, c’est que la censure des réseaux sociaux, l’invisibilisation des vrais opposants à la technocrature bruxelloise et les tentatives d’annuler les élections au nom de « l’ingérence russe » (à la roumaine ou à la moldave) n’ont pas fonctionné… ce qui, avouons-le, a peu de chance d’arriver.
Avec Chronique Agora

