Réuni à Entebbe sous l’égide du président ougandais Yoweri Museveni, le sommet sous-régional sur la sécurité dans les Grands Lacs a donné lieu à des échanges francs sur la crise persistante dans l’Est de la RDC. Intervenant par visioconférence, le Président de la République, Félix Tshisekedi, a fermement rappelé la «responsabilité collective» des États de la région pour parvenir à un règlement pacifique du conflit, dénonçant les violations des accords signés et le caractère « non effectif » du prétendu retrait du M23 d’Uvira, alors que Kigali réaffirmait son attachement aux efforts de paix régionaux.
La recherche d’une solution durable à la crise sécuritaire qui déchire l’Est de la République Démocratique du Congo (RDC) était au cœur d’un sommet régional, ce week-end à State House Entebbe. Ce sommet a connu la participation des États membres de la CIRGL, de l’UA, de l’UE, des USA, des Nations Unies, des organes de la CIRGL ainsi que de plusieurs Etats invités.
Conviée par le président ougandais Yoweri Kaguta Museveni, cette réunion visait à raviver la coopération entre les pays des Grands Lacs. Un dialogue où la voix de Kinshasa s’est fait entendre avec fermeté, portée à distance par son Président, Félix Tshisekedi.
«Je suis encouragé par les discussions et par la ferme volonté des pays participants de collaborer pour instaurer une paix et une stabilité durables », a déclaré le président Museveni en ouvrant les travaux.
La RDC était physiquement représentée par son ministre de l’Intégration régionale, Floribert Anzuluni. Mais c’est par visioconférence que le message le plus attendu est arrivé. Dans une intervention remarquée, le Président Félix Tshisekedi a immédiatement placé la barre haute, rejetant toute posture de victime pour exiger une prise de responsabilité concertée. «La RDC n’est pas venue demander de la compassion, mais rappeler aux États de la région l’importance de notre responsabilité collective pour garantir un règlement pacifique du conflit», a-t-il martelé. Il a réitéré la condamnation «sans équivoque» de son pays vis-à-vis des violations des accords signés le 4 décembre 2025 à Washington, aux Etats-Unis.
LE «RETRAIT » DU M23 MIS EN DOUTE
Le Chef de l’État a ensuite apporté un démenti cinglant aux récentes annonces de désengagement des rebelles du M23, dont le prétendu retrait de la zone d’Uvira avait fait l’objet de communications.
«Le prétendu retrait de l’AFC/M23 d’Uvira ne correspond ni aux faits ni aux observations recueillies sur le terrain. Nos informations établissent que des éléments armés demeurent présents dans la ville et ses environs immédiats, que des positions stratégiques restent occupées et que la population continue d’être exposée à des exactions. Un retrait annoncé, mais ni effectif, ni vérifié ni suivi du rétablissement de l’autorité des forces régulières, ne saurait être considéré comme un retrait réel. La crédibilité de tout processus de paix repose sur des actes vérifiables, et non sur des déclarations de circonstance», a déclaré, dans langue de bois, le Président Félix Tshisekedi.
Et de renchérir : «À cet égard, je veux être parfaitement clair : ce que nous attendons, ce n’est ni un redéploiement, ni un déplacement tactique, mais le retrait effectif, complet et sans équivoque des troupes rwandaises de l’ensemble du territoire de la République Démocratique du Congo, conformément aux engagements pris et aux résolutions en vigueur», enfonçant le clou sur le fossé persistant entre les déclarations et la réalité du front.
Face à cette accusation directe concernant un groupe rebelle que Kinshasa accuse Kigali de soutenir – ce que ce dernier dément –, la délégation rwandaise a maintenu une ligne diplomatique ferme mais générale. Intervenant lors de la séance plénière, le ministre des Affaires étrangères Vincent Biruta a réaffirmé que «le Rwanda reste pleinement déterminé à jouer son rôle, notamment en remplissant toutes ses obligations, et appelle les acteurs concernés à mettre en œuvre tous les accords signés ».
UN SOMMET SUR FOND DE DEFIANCE PERSISTANTE
Ce sommet d’Entebbe illustre le paradoxe des efforts de paix dans la région : une rhétorique commune sur la nécessité de la stabilité, mais une méfiance profonde et des récits radicalement opposés sur les origines du conflit et les responsabilités. L’insistance du président Tshisekedi sur la «responsabilité collective » et l’inexécution des accords vise clairement le Rwanda, sans le nommer directement.
La tenue de cette rencontre en Ouganda, pays qui se pose de plus en plus comme un médiateur clé dans la région, marque également un rééquilibrage des forums de dialogue. Alors que les initiatives se multiplient (Processus de Nairobi, Dialogue de Luanda), le sommet d’Entebbe rappelle que la voie d’une sortie de crise purement régionale, bien que semée d’embûches, reste activement explorée. Reste à savoir si l’appel pressant de Kinshasa à traduire les paroles en actes trouvera un écho concret dans les capitales de la région.
Hugo Tamusa

