Selon Fitch Solutions, l’Afrique pourrait assurer environ 7 % de la production mondiale de terres rares d’ici 2034. Cette projection repose essentiellement sur le portefeuille actuel de projets en développement sur le continent, qui ne dispose présentement d’aucune mine de terres rares en production.
En 2025, la course mondiale aux terres rares s’est nettement intensifiée, dans un contexte marqué par les annonces de restrictions à l’exportation de la Chine, qui domine la chaîne de valeur de ces 17 métaux stratégiques. Ces signaux ont poussé les pays occidentaux et leurs alliés, emmenés par les États-Unis, à nouer de nouvelles alliances afin de sécuriser leurs approvisionnements et de réduire leur dépendance vis-à-vis de Pékin.
Dans ce jeu de recomposition, l’Afrique se distingue notamment comme un terrain à fort potentiel, avec plusieurs projets de terres rares stratégiques à suivre de près tout au long de 2026.
KANGANKUNDE (MALAWI)
Depuis l’arrêt de la production à la mine burundaise Gakara en juin 2021, l’Afrique ne dispose plus d’aucune mine industrielle de terres rares en activité. Une donne que le projet Kangankunde au Malawi pourrait changer, alors que son opérateur australien Lindian Resources vise une mise en production d’ici fin 2026. Dans cette perspective, il a annoncé la décision finale d’investissement en août 2025, après avoir mobilisé un investissement de 59 millions USD pour la construction.
Les travaux se poursuivent, la compagnie ayant récemment annoncé la mobilisation d’équipements miniers sur le site. Lindian entend lancer à terme une mine d’une capacité annuelle de 15 300 tonnes de concentré de terres rares, extensible à 50 000 tonnes par an sur une durée de vie de 45 ans. Un potentiel qui suscite déjà l’intérêt de Washington. Selon les informations communiquées en décembre 2025, des discussions gouvernement américain ont pour objectif d’évaluer le « potentiel de Kangankunde à contribuer à combler le déficit d’approvisionnement émergent » des USA et de leurs alliés.
À ce stade, aucun engagement contraignant n’a été formalisé, mais les pourparlers devraient se poursuivre dans les mois à venir, a-t-on appris.
SONGWE HILL (MALAWI)
Songwe Hill est un projet de terres rares en phase de financement, également au Malawi. Selon une étude de faisabilité publiée en 2022 par son opérateur canadien Mkango Resources, il peut à terme livrer 8.325 tonnes de carbonate de terres rares par an pendant 18 ans, moyennant un investissement initial de 277 millions USD. En septembre 2025, la compagnie a notamment conclu un accord avec la DFC pour un financement de 4,6 millions USD. Outre cette transaction, l’agence fédérale américaine envisage aussi un prêt potentiel de 100 millions USD pour le développement du projet.
Ce soutien américain s’ajoute à celui affiché plus tôt l’année dernière par l’Union européenne, en inscrivant Pulawy, une usine de séparation de terres rares prévue par Mkango, à sa liste de projets stratégiques de minéraux critiques. Une initiative qui implique aussi un suivi européen pour Songwe Hill, dont la production doit alimenter ladite usine. Pour accélérer le développement, Mkango prévoit une fusion avec la société Crown PropTech Acquisitions afin de former une entité spécialisée dans les terres rares, qui regroupera Songwe Hill et Pulawy.
L’objectif de cette structure est de constituer à terme une source hors Chine, pouvant alimenter les marchés d’Amérique du Nord, d’Europe et d’Asie. Une cotation de la nouvelle société est déjà prévue au Nasdaq, sous réserve de la finalisation d’un rapport technique actualisé de Songwe Hill, destiné aux investisseurs américains. L’impact de cette initiative sur l’avancement du projet sera à suivre dans les prochains mois.
LONGONJO (ANGOLA)
Présenté comme la future première mine de terres rares d’Angola, le projet Longonjo est entré en phase de construction en mai 2025. Son opérateur britannique Pensana avait alors annoncé un investissement de 25 millions USD du fonds souverain angolais (FSDEA) afin de soutenir les travaux. Ce chantier, dont le coût total est estimé à 217 millions USD, vise une mise en production en 2027, avec une capacité initiale de 20.000 tonnes par an de MREC, un concentré de terres rares destiné à la fabrication d’aimants permanents.
En parallèle de l’avancement des travaux, Pensana cherche à compléter le financement du projet, annonçant notamment un placement d’actions de 100 millions USD en décembre 2025. Il négocie également un financement par emprunt de 160 millions USD auprès de la Banque d’import-export des États-Unis (EXIM), une démarche qui s’inscrit dans un contexte d’intérêt croissant de Washington pour Longonjo. Illustration de cette orientation, Pensana a signé un protocole d’accord avec l’allemand Vacuumschmelze GmbH & Co. KG (VAC), visant à établir aux USA une « chaîne d’approvisionnement de la mine à l’aimant » à partir de la future production du site.
Des initiatives similaires tournées vers le marché américain ont été annoncées, notamment avec l’entreprise américaine « ReElement ». Dans ce contexte, Pensana envisage par ailleurs une cotation de ses titres au Nasdaq en 2026, afin de renforcer la visibilité de Longonjo auprès des investisseurs américains. Toutefois, comme pour les autres projets évoqués, cette opération reste en phase de planification, sans calendrier arrêté à ce stade.
NGUALLA (TANZANIE)
Le projet Ngualla figure aussi parmi les projets de terres rares les plus avancés en Afrique. En développement en Tanzanie, il nécessite un investissement estimé à près de 320 millions USD, et doit permettre une production annuelle de 37.200 tonnes de MREC sur une durée de vie de 20 ans. Alors qu’il se préparait à y lancer les travaux de construction, son opérateur australien Peak Rare Earths a fait l’objet d’une procédure de rachat par le groupe chinois Shenghe Resources en mai 2025.
Déjà actionnaire à hauteur de 19,7 %, Shenghe a proposé environ 97 millions USD pour acquérir les parts restantes du capital. Malgré une offre concurrente portée par l’américain General Innovation Capital Partners, la proposition chinoise a finalement été retenue, les autorisations réglementaires ayant été obtenues en septembre, pour une finalisation alors annoncée pour début octobre.
Environ quatre mois après, peu d’éléments ont été communiqués sur la stratégie de Shenghe concernant Peak Rare Earths, et plus largement sur le calendrier du projet Ngualla. À ce stade, aucune échéance précise n’a encore été annoncée pour le démarrage des travaux de construction, ni pour la mise en production.
PHALABORWA (AFRIQUE DU SUD)
Le projet Phalaborwa place l’Afrique du Sud au cœur des dynamiques mondiales d’approvisionnement en terres rares. Selon Rainbow Rare Earths, son opérateur, le développement de cet actif nécessiterait un investissement de 326 millions USD, pour produire annuellement 1.900 tonnes d’oxydes de terres rares à aimants sur une période de 16 ans. La société prévoit de finaliser en 2026 une étude de faisabilité définitive (DFS), étape clé pour actualiser les paramètres du projet et lancer la mobilisation du financement destiné à la construction.
Phalaborwa bénéficie déjà d’un soutien des USA. En 2023, l’agence américaine Development Finance Corporation (DFC) s’est engagée à investir 50 millions USD dans le projet via la société d’investissement TechMet, avec pour objectif de « développer des chaînes d’approvisionnement en minéraux critiques plus diversifiées ». La publication de la DFS et les décisions qui en découleront dans les prochains mois détermineront la concrétisation de cette ambition.
D’AUTRES PROJETS STRATEGIQUES
D’autres projets de terres rares en développement sur le continent africain suscitent aussi un certain intérêt chez les puissances économiques. C’est notamment le cas du projet sud-africain Zandkopsdrift, également inscrit sur la liste stratégique de l’Union Européenne. En Ouganda, Ionic Rare Earths cherche depuis quelques mois à sécuriser 120,8 millions USD pour son projet Makuutu. La sociétée indique mener des discussions à cette fin avec des membres du Minerals Security Partnership (MSP), une association transnationale de pays, dont les USA, l’Allemagne, la France ou le Japon, et visant à garantir un approvisionnement stable en minerais critiques.
Par ailleurs, le projet Lofdal en Namibie, détenu à 40 % par la société japonaise JOGMEC, reste à surveiller, avec de nouvelles études prévues pour optimiser ses paramètres de production.
Quelles perspectives pour les États africains concernés ?
Alors que plusieurs de ces projets progressent vers la production, les pays hôtes se trouvent à un carrefour stratégique. Ces initiatives offrent l’opportunité d’augmenter les recettes d’exportation, d’attirer des investissements étrangers et de renforcer la chaîne de valeur locale, notamment via le raffinage et la transformation sur place, des exigences de plus en plus affirmées en Afrique. Toutefois, le succès dépendra de la capacité des gouvernements à sécuriser un cadre réglementaire clair, à gérer les questions environnementales et sociales, et à garantir l’acceptabilité locale des projets.
Le caractère crucial de ces facteurs est illustré par le fait que l’exploitation de la mine Gakara reste suspendue au Burundi, en raison d’un différend commercial entre l’État et Rainbow Rare Earths. L’attention accrue des grandes puissances et des investisseurs privés sur le continent peut constituer un levier de développement, mais elle implique aussi une vigilance accrue pour préserver les intérêts locaux. L’année 2026 pourrait ainsi être décisive pour observer comment les pays africains tireront parti de ce potentiel stratégique et s’affirmeront sur la carte mondiale des terres rares, ainsi que des minéraux critiques plus largement.
Avec Agence Ecofin

