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Crise des réfugiés congolais au Burundi et en Tanzanie : la RDC brave les règles humanitaires pour secourir les siens

C’est un geste rare, à la fois politique, humanitaire et profondément symbolique. Face à la presse, la Ministre d’Etat, Ministre des Affaires Sociales, de l’Action Humanitaire et de la Solidarité Nationale, Eve BAZAIBA MASUDI, accompagnée du ministre de la Communication et Médias Patrick Muyaya, a levé le voile sur une démarche inédite du gouvernement congolais : intervenir directement auprès de ses ressortissants réfugiés au Burundi et en Tanzanie, en assumant une exception aux règles du droit humanitaire international.

Une dérogation assumée au nom de la solidarité nationale

En principe, les conventions internationales interdisent au pays d’origine d’intervenir directement auprès de ses citoyens lorsqu’ils ont le statut de réfugiés, cette responsabilité incombant à l’État d’accueil et au Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR).
Mais, explique la ministre, la situation des Congolais réfugiés dans les pays voisins relève de circonstances exceptionnelles.

« Nos compatriotes ne sont pas partis pour des raisons politiques ou économiques. Ils ont fui une agression armée. Cette réalité impose des mesures exceptionnelles », a-t-elle martelé.

C’est dans ce cadre que la RDC est devenue, au Burundi, le premier donateur en aide humanitaire, une première historique rendue possible par un protocole d’accord entre le gouvernement congolais, le HCR et les autorités burundaises, autorisant Kinshasa à intervenir légalement.

Une crise humanitaire aux chiffres alarmants

L’ampleur de la crise est considérable. Près de 250 000 réfugiés congolais sont aujourd’hui répartis dans sept sites d’accueil dans la sous-région.
Au site de Busuma, la situation est particulièrement préoccupante : environ 67 000 réfugiés y sont recensés, dont près de 30 000 enfants.

Au Burundi, la présence d’enfants est tout aussi massive : près de 50 000 enfants congolais y vivent aujourd’hui sous statut de réfugiés, souvent en rupture scolaire et sociale, dans des conditions de grande vulnérabilité.

En Tanzanie, on dénombre environ 87 000 réfugiés congolais, parmi lesquels près de 30 000 enfants âgés de 0 à 18 anslool. La dernière vague d’arrivées concerne près de 9 800 personnes, venues s’ajouter à une population déjà fragilisée.

L’aide apportée par la RDC — composée de vivres et de biens non alimentaires — vise à soulager des populations vivant dans des conditions précaires, parfois concentrées dans des camps où la vie quotidienne reste marquée par l’attente, l’incertitude et le déracinement.

Des scènes d’émotion et un patriotisme intact

Au-delà de l’assistance matérielle, la mission gouvernementale a révélé une dimension humaine et symbolique forte.
Au Burundi, lors de la cérémonie officielle, les réfugiés congolais — hommes, femmes et enfants — ont spontanément entonné l’hymne national, un moment d’une intensité rare.

« Ils n’ont formulé que deux demandes : la paix et la sécurité en République démocratique du Congo, et le retour au pays », a confié la ministre, visiblement émue. « Ils parlaient de la RDC comme de leur maison. »

La même ferveur a été observée en Tanzanie, où des chants patriotiques appris parfois plusieurs décennies plus tôt ont ressurgi, témoignant d’un lien indéfectible avec la mère patrie, malgré l’exil.

Un signal politique fort dans la durée

Il faut mesurer la portée de cette démarche : depuis plus de 30 ans, aucune autorité congolaise n’avait effectué une telle visite auprès des réfugiés en Tanzanie. Longtemps empêchée par les contraintes juridiques internationales, cette présence marque aujourd’hui un tournant dans la diplomatie humanitaire de la RDC.

À travers cette intervention, le gouvernement envoie un message sans ambiguïté : où qu’ils se trouvent, les Congolais ne sont pas oubliés par leur État.

Dans un contexte de conflit prolongé et de déplacements massifs, cette initiative rappelle qu’au-delà des statuts administratifs et des frontières, la nation congolaise continue de vivre, de chanter et d’espérer, même en exil.

Econews

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