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Cuivre : ex-leader africain, la Zambie accélère pour sortir de l’ombre de la RDC

Aujourd’hui largement distancée par la RDC, la Zambie fut le premier producteur africain de cuivre dans la seconde moitié du 20e siècle. Le pays d’Afrique australe a dévoilé il y a quelques années un plan de croissance, désormais bien engagé, pour atteindre de nouveaux sommets.

Prospect Resources a annoncé lundi 16 février une levée de fonds de 45 millions de dollars australiens (31,8 millions USD) pour son projet de cuivre Mumbezhi en Zambie. La compagnie a en ligne de mire une étude de préfaisabilité d’ici le second semestre 2027, étape clé vers la construction d’une mine qui pourrait s’inscrire dans la vague des projets capables de porter la production annuelle du pays à 3 millions de tonnes de cuivre d’ici 2031. La Zambie veut se hisser dans le haut du classement des producteurs mondiaux de cuivre… aux côtés de la RDC.

La production zambienne de cuivre a augmenté de 8 % en glissement annuel pour atteindre 890.346 tonnes en 2025. Si la RDC n’a pas encore fourni de chiffres de production, ses exportations ont atteint 3,4 millions de tonnes la même année, contre 3,1 millions de tonnes en 2024. Cela suffit à illustrer l’ampleur de l’écart entre les deux principaux producteurs africains de cuivre, mais on peut aussi rappeler que la RDC est solidement établie comme le deuxième producteur mondial depuis quelques années, là où la Zambie se situe plutôt entre la 7e et la 8e place.

Retrouver le lustre d’antan

Cette hiérarchie symbolique entre la RDC et la Zambie en matière de production de cuivre n’a pas toujours été en faveur de la première citée. Au 20e siècle, c’est le pays d’Afrique australe qui menait la danse, avec une production (dont le pic à 708.000 tonnes en 1969) qui le plaçait parmi les leaders mondiaux. Malgré une baisse significative de la production dans les décennies suivantes, la Zambie a maintenu ce leadership jusqu’au début des années 2010. Avec une production de 862.652 tonnes en 2013, la RDC passe pour la première fois devant son voisin (763.805 tonnes) et ne quittera plus cette place depuis.

Alors que la production congolaise de cuivre a plus que triplé en 10 ans, pour dépasser le cap des 3 millions de tonnes par an depuis 2023, la Zambie a enregistré trois années consécutives de baisse entre 2021 et 2023. Cette situation trouve son origine dans un climat des affaires devenu tendu entre les investisseurs miniers et l’Etat, qui avait durci le régime fiscal. En réaction, plusieurs compagnies ont reporté les initiatives censées augmenter la production.

Arrivé à la tête du pays en 2021, le président zambien Hakainde Hichilema a initié des réformes qui ont ramené un climat plus serein entre l’Etat et les compagnies, et permis au secteur cuprifère de remonter la pente. Dans la foulée, le gouvernement zambien a annoncé son objectif de porter la production de cuivre à des niveaux inédits, d’ici le début des années 2030.

Un défi réaliste ?

La Zambie a attiré environ 10 milliards de dollars d’investissements miniers au cours des quatre dernières années, selon le ministre des Mines, Paul Kabuswe, qui attribue cette performance aux réformes mises en place par le gouvernement Hichilema. A titre de comparaison, la Côte d’Ivoire a mobilisé 3,6 milliards de dollars d’investissements miniers au cours de la dernière décennie, soit quasiment trois fois moins.

Pour atteindre le cap fixé d’ici 2031, Lusaka mise sur ces investissements qui doivent non seulement augmenter les capacités de production des mines, en relancer certaines en difficulté et développer de nouveaux projets. Environ la moitié des 3 millions de tonnes doit provenir de la découverte de nouveaux gisements. Mais un rapport de PwC publié en janvier 2026 estime que l’essentiel du surcroît de production devrait provenir de l’extension de mines déjà en activité, une option jugée plus rapide car elle s’appuie sur des infrastructures et des gisements déjà connus.

Cela suppose toutefois davantage de capacités de fonderie, une alimentation électrique stable et des autorisations administratives délivrées dans des délais prévisibles. En parallèle, l’ouverture de nouvelles mines et l’intensification de l’exploration devront soutenir la production au-delà de 2035. Le rapport estime aussi que la réexploitation des résidus miniers pourrait apporter environ 150.000 tonnes supplémentaires d’ici 2031, tandis que la production issue de l’exploitation artisanale et à petite échelle fournirait près de 50.000 tonnes par an à l’horizon 2030.

« Pour atteindre les 3 millions de tonnes, il faudra des apports de capitaux soutenus dans les domaines de l’exploration, du développement minier, du traitement et des infrastructures de soutien », indique PwC, qui se montre plutôt confiant sur les chances de réussite de la Zambie.

Croissance durable

Malgré la hausse de la production de cuivre en 2025, la Zambie n’a pas atteint son objectif de livrer 1 million de tonnes. En cause notamment, l’effondrement en février 2025 d’un barrage de résidus miniers sur un site exploité par le groupe chinois Sino-Metals, près de Kitwe. L’entreprise a suspendu ses activités dans la foulée, pesant sur la trajectoire de production du pays. Au-delà de l’arrêt des activités, l’incident pose surtout la question de l’impact de l’exploitation minière en Zambie.

Si la montée en puissance du cuivre peut soutenir la croissance économique et renforcer les recettes d’un pays encore marqué par le défaut de paiement sur sa dette souveraine en 2020, elle ne saurait se faire au détriment de l’environnement et de la santé publique. La rupture du barrage a contaminé les eaux de la rivière Kafue, affecté la vie aquatique, pollué des sources d’eau et endommagé des terres agricoles.

Le rapport de PwC souligne que ces incidents révèlent des faiblesses structurelles dans la gestion des résidus miniers et appellent à un renforcement des normes, à davantage de transparence environnementale et à des infrastructures plus résilientes. À l’heure où Lusaka vise 3 millions de tonnes par an, la crédibilité de cette ambition dépendra autant des volumes produits que de la capacité du secteur à intégrer pleinement les exigences de durabilité.

Avec Agence Ecofin

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