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Démolition de Pakadjuma : le casse-tête du relogement vire au cauchemar pour le Gouverneur Daniel Bumba

Après leur déguerpissement du site de l’ONATRA, dans la commune de Limete, les sinistrés de Pakadjuma errent sans solution durable, transformant une opération présentée comme salutaire en véritable casse-tête pour le Gouverneur de Kinshasa, Daniel Bumba Lubaki. Contestés jusque dans leur site provisoire d’accueil à l’Hôpital général de Kinkole, ces déplacés cristallisent tensions et incompréhensions, tandis que l’Hôtel de ville tente, dans l’urgence, de rattraper une opération de relogement visiblement mal planifiée.

Ce devait être une opération de salubrité publique. Elle est en train de se transformer en véritable crise humanitaire et sociale pour l’Hôtel de ville de Kinshasa. Quelques jours après le déguerpissement brutal du site de Pakadjuma, dans la commune de Limete (centre de la ville de Kinshasa), le sort des milliers de sinistrés reste en suspens. Alors que la ville cherche une solution, le premier site de relogement provisoire, à Kinkole (commune de la N’Sele), est déjà rejeté par les riverains. Bien plus, les déplacés commencent à reconstruire leurs taudis le long de l’avenue des Poids Lourds.

Un retour à la case départ qui ressemble à un désaveu pour le Gouverneur Daniel Bumba Lubaki.

Pourtant, l’opération avait été présentée comme une nécessité pour récupérer les emprises de la voie publique et assainir les abords de la Gare de l’ONATRA. Mais les conséquences du déguerpissement des habitants de Pakadjuma, chassés sans véritables mesures d’accompagnement, menacent aujourd’hui de submerger l’Hôtel de ville.

Le premier acte du plan de relogement d’urgence, censé apporter une réponse rapide, a tourné court. Les sinistrés dirigés vers un site aménagé dans les installations de l’Hôpital général de Kinkole, dans la commune de la N’Sele, se sont heurtés à un mur d’hostilité. Le personnel soignant et les apprenants d’une école médicale située au sein de l’hôpital n’ont pas tardé à monter au créneau, envahissant la maison communale pour exiger le départ immédiat de ces nouveaux voisins indésirables.

Le motif invoqué est grave : les déplacés de Pakadjuma auraient, selon des témoignages, « transposé leur débauche » dans ce quartier jusqu’ici relativement calme. Inadapté et rejeté, ce premier site de relogement est désormais caduc, laissant l’autorité provinciale face à une impasse.

La peur d’un « camp Pakadjuma » permanent

Face à l’urgence et à l’absence de solution immédiate, le réflexe de survie a repris le dessus. Sur l’avenue des Poids Lourds, en bordure de leur ancien site, et sur d’autres terrains vagues à proximité, les bâches et les tôles ont recommencé à fleurir. Certains sinistrés, n’ayant nulle part où aller, ont déjà réaménagé des taudis de fortune.

C’est le scénario que l’Hôtel de ville redoutait : plutôt que de disparaître, la verrue de Pakadjuma est en train de se reconstituer, de manière éparse et informelle, le long des artères voisines, créant de nouveaux foyers d’insalubrité et compliquant davantage la tâche des autorités.

De sources proches de l’Hôtel de ville, on indique qu’une commission ad hoc a été mise en place. Sa mission officielle est de plancher sur un « plan de relogement viable ». Mais le mal est fait, et l’image de l’exécutif provincial en prend un coup.

Une opération « à la va-vite » qui se retourne contre son auteur

L’opinion publique et de nombreux observateurs ne cachent pas leur critique : le Gouverneur Daniel Bumba aurait manqué de planification en lançant cette opération de déguerpissement sans filet de sécurité. En voulant résoudre un problème d’occupation illicite du domaine public, il s’est retrouvé avec une crise sociale autrement plus complexe sur les bras.

«En voulant résoudre un problème, Daniel Bumba a créé un autre d’une ampleur indescriptible », résume un habitant de Limete, témoin de l’impasse actuelle.

La question est désormais sur toutes les lèvres : où reloger ces familles ? Alors que les sites potentiels se réduisent comme peau de chagrin et que l’acceptabilité sociale fait défaut, la patate chaude du relogement des sinistrés de Pakadjuma est devenue le premier véritable casse-tête du mandat de Daniel Bumba Lubaki. Et pour l’instant, aucune issue claire ne se dessine à l’horizon.

Francis N.

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