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Déviations de la PCR dans le contrôle routier : Guillaume Ngefa n’est pas un « super procureur général » pour tout réglementer

Une vidéo virale de policiers de la PCR suscite l’indignation et pousse certains internautes à interpeller le ministre d’Etat en charge de la Justice, Guillaume Ngefa, pour qu’il engage des poursuites. Face à cette attente, un rappel s’impose : le ministre n’est pas un « super procureur général ». Contrairement à l’approche populiste de son prédécesseur Constant Mutamba, Guillaume Ngefa s’attelle à réhabiliter l’institution judiciaire en respectant scrupuleusement la séparation des pouvoirs. Son rôle n’est pas de s’ingérer dans chaque affaire, mais de garantir le bon fonctionnement de la justice, en laissant les procureurs généraux exercer leurs prérogatives. La démarche est moins médiatique, mais essentielle pour une justice indépendante.

La vidéo virale montrant des agents de la Police de circulation routière (PCR) en pleine dérive professionnelle continue d’alimenter la toile. Indignation, critiques et appels à sanction ont ponctué les réactions d’internautes, dont plusieurs ont interpellé directement le ministre d’État en charge de la Justice et Garde des sceaux, Guillaume Ngefa, lui demandant d’engager des poursuites contre les policiers incriminés.

Une confusion, entretenue par certains, qui ramène à l’époque récente où l’ancien ministre de la Justice, Constant Mutamba, s’était illustré par des interventions médiatiques jugées spectaculaires, mais peu orthodoxes.

Confusion des rôles et attentes démesurées

La question est simple : Guillaume Ngefa doit-il agir comme Mutamba ? Et la réponse ne souffre d’aucune ambiguïté. Le ministre de la Justice n’est ni un procureur général bis, ni un justicier appelé à intervenir dans chaque incident filmé et relayé sur les réseaux sociaux.

Entre le ministère de la Justice et les juridictions de l’ordre judiciaire, la Constitution et les lois organisent une séparation nette des rôles. L’identification des infractions, l’ouverture des enquêtes et les poursuites relèvent exclusivement des procureurs généraux près les différentes juridictions.

Guillaume Ngefa, garant du bon fonctionnement de l’appareil judiciaire, n’a pas la latitude — ni la vocation — de se substituer au ministère public. À ce titre, l’attente d’une intervention directe en dehors des mécanismes légaux n’a pas de fondement.

« Il ne faut pas faire de Guillaume Ngefa un super procureur général. Ne l’entraînez pas sur ce terrain », commente d’ailleurs un analyste sur les réseaux.

Fin du populisme, retour aux institutions

Contrairement à son prédécesseur, dont les actions très médiatisées ont souvent été perçues comme du populisme judiciaire, Guillaume Ngefa s’inscrit dans une démarche plus institutionnelle. Pas d’effet de manche, pas de caméra, pas de décisions intempestives destinées à satisfaire l’opinion publique au détriment du droit.

Son approche consiste plutôt à réhabiliter le rôle des Cours et Tribunaux, à restaurer la chaîne de responsabilités et à laisser chaque acteur jouer sa partition selon la loi.

Cette attitude tranche avec les attentes d’une partie du public, habituée à des actions spectaculaires mais juridiquement discutables. Pourtant, pour les spécialistes, cette posture est saine : le fonctionnement normal de la justice ne peut dépendre ni d’humeurs politiques, ni de pressions virales.

Dans le dossier des policiers de la PCR, la procédure est claire. Les victimes ou témoins doivent saisir les autorités compétentes ; les parquets doivent se saisir du dossier ; et la justice doit suivre son cours. Attendre du ministre qu’il ordonne des arrestations ou impose des sanctions revient à méconnaître les équilibres institutionnels et à ouvrir la voie à des abus futurs.

Restaurer l’État de droit avant de plaire à l’opinion

En refusant l’ingérence directe dans les dossiers individuels, Guillaume Ngefa fait le choix d’un cadre institutionnel solide plutôt que d’un exercice de communication. Un choix qui, à long terme, renforce davantage la justice que les interventions ponctuelles destinées à calmer les réseaux sociaux.

Les dérapages policiers doivent être sanctionnés, mais par les voies prévues par la loi. C’est ainsi que se construit une justice durable et crédible.

Comme le rappelle un juriste : « La justice ne se rend pas sur Facebook ; elle se rend dans les tribunaux. »

Econews