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Élections municipales françaises 2026 : le débat sur l’immigration qui créerait un climat politique délétère peut et doit être évité !  

Alors que les élections municipales françaises se profilent au mois de mars prochain, de nombreux défis doivent être relevés, notamment la maitrise de l’immigration est citée parmi les principales préoccupations des Français. Des discours alarmistes de responsables politiques haut placés entretiennent et alimentent ce débat nauséeux. L’immigré devient le bouc émissaire idéal, pour paraphraser l’anthropologue, historien, théologien et philosophe, René Girard, dans la « Violence et le Sacré » (Grasset, 1972). On peut interpréter son propos comme suit : l’insécurité : l’immigré ! La délinquance : l’immigré ! Les prisons : l’immigré ! Les déficits des comptes sociaux : l’immigré ! Le chômage et la crise économique : l’immigré ! L’islamisme : l’immigré ! Le grand remplacement : l’immigré ! … Ces allégations et accusations fomentées par les partisans d’idéologies racialistes et haineuses suscitent de très sérieuses craintes. Il faut le comprendre ainsi : la figure de l’immigré reste un repoussoir. 

Depuis que la France a ouvert ses portes à l’immigration à la fin du XIXe siècle, l’ « autre », qu’il s’agisse d’un nouveau venu ou d’un descendant de migrants, revêt nombre de visages. Mais tous, ou presque, sont négatifs. On l’appelait « le barbare », « le métèque », « le Rital » ou « le bicot » ; on l’appelle aujourd’hui « le sans – papiers », « le fraudeur » de l’asile ou « la racaille » de banlieue. Les Italiens de 1880, les Polonais de 1930, les Algériens de 1960 ou les Maliens de 2020 sont souvent accusés de constituer une menace pour la cohésion sociale, une concurrence sur le marché du travail, voire un péril pour la patrie.

Depuis les premières grandes vagues d’immigration de la IIIe République, les travailleurs nés au-delà des frontières de l’Hexagone sont, en effet, considérés comme des « trouble-fêtes identitaires et culturels », selon l’expression des chercheuses Hélène Bertheleu et Catherine Wihtol de Wenden. Dans les discours politiques, les ouvrages savants, les articles de presse ou les romans populaires, ces « déracinés », écrit l’historien Gérard Noiriel dans « Le Creuset français » (Le Seuil, 1988), sont souvent victimes des regards inquiets, moqueurs, condescendants, voire hostiles de ceux qui, de fait de leur naissance ou de la couleur de peau, se considèrent comme de « vrais Français ».

Aujourd’hui encore, l’immigré est replacé au cœur du débat politique, au grand bonheur de certains médias amplificateurs et au grand dam des personnes issues de l’immigration et des demandeurs d’asile. Ils se retrouvent ainsi au cœur d’un tourbillon médiatico-politique alimentant ce malaise indicible qu’éprouve celui qui se sent regardé, scruté, parfois suspecté de profiter indûment de droits.

L’HOSPITALITÉ FAÇONNÉE PAR LE DROIT FRANÇAIS

Le débat est légitime. Le droit des étrangers fait partie des législations qui fondent l’ordre juridique d’un pays. Il doit être discuté régulièrement, évoluer et s’adapter aux politiques publiques que l’État souverain souhaite mettre en œuvre. Mais il doit s’inscrire dans une éthique et un respect des droits fondamentaux. Il ne peut s’affranchir des valeurs de fraternité et de cohésion nationale, au cœur de l’esprit républicain. L’hospitalité est façonnée par le droit français. Donc, sans l’hospitalité, une loi sur l’immigration n’en est pas une.

Depuis 1945, pas moins de cent lois sur cette question ont été adoptées en France, de plus en plus dures. Avec cette inflation électorale, la porte s’est toujours un peu plus fermée. Non contents d’empêcher les nouveaux candidats à l’immigration d’entrer dans l’Hexagone, les pouvoirs publics ont fini par s’en prendre aussi aux Français qui tentent d’aider un tant soit peu ceux qui parviennent à passer entre les mailles du filet.

C’est devenu un délit, le délit de solidarité. Heureusement, le 6 juillet 2018, le Conseil constitutionnel a critiqué cette qualification, consacrant ainsi, pour la première fois, la valeur constitutionnelle du principe de fraternité. Salutaire rappel du lien historique entre les constitutions françaises -depuis celle de 1946- et les conventions internationales, héritières de la Déclaration universelle des droits de l’homme, qui ont régulé le droit d’asile.

RESPECT DE LA DIGNITÉ DE L’IMMIGRÉ 

Le débat sur la maitrise de l’immigration entretenu et alimenté par la droite républicaine (LR) et les partis d’extrême droite comme le Rassemblement national (RN) et Reconquête !, pourvoyeurs de la peur de l’autre, et amplifiée par quelques médias avides de sensationnalisme, crée un climat politique délétère. À la veille des élections municipales des 15 et 22 mars, cette querelle risque de polluer la pré-campagne électorale lancée sur l’ensemble du territoire national. Ceci peut et doit être évité !

Doit-on pour autant se contenter d’observer de façon passive ces échanges parasités par les stéréotypes, les clichés, les amalgames et les postures stériles ? Doit-on mettre de côté l’humanisme qui distingue l’État de droit français, abreuvé aux idéaux de solidarité et de fraternité qui ont fait l’honneur de la France ? Doit-on renier le siècle des lumières, qui a fait de la France une terre d’asile et des droits de l’homme ? Peut-on rester impassible face à ces clichés qui réduisent l’immigré à une charge budgétaire, à n’être que la source d’une prétendue « insécurité culturelle », voire à une menace potentielle à l’ordre public ?

Il y aura toujours, hélas, des abus et des fraudes. Pour autant, faut-il occulter les millions de personnes, immigrées ou enfants d’immigrés nés sur le territoire français ? Tous vouent à la France, leur pays, un profond respect et un dévouement à ses principes et à ses valeurs. Ils poursuivent leur chemin dignement dans la collectivité nationale, dans le respect de l’État de droit, et contribuent pleinement au développement et à la prospérité de l’Hexagone, dans tous les domaines.

Faut-il continuer à initier des nouvelles lois sur l’immigration, pour satisfaire les vœux de la droite républicaine (LR), y compris à laisser amander des propositions d’ « amélioration » des textes pour contenter les rangs d’extrême droite ? Voilà qui est bien suspect ! Seulement, à force de jouer avec le feu, on finit par se brûler. Normaliser ce genre de discours – raciste et haineux -, c’est à terme le rendre hors de contrôle.

Le débat sur la maitrise de l’immigration que tente de relancer, à l’approche de chaque élection, les partisans d’idéologies racisantes et dangereuse gagnerait à s’opérer dans le respect de la dignité de l’immigré. Il ne doit pas se transformer en alibi pour un affrontement politique qui n’apportera rien et ne peut que creuser encore des fossés dans une société déjà bien fracturée.

TRAVAILLEURS IMMIGRÉS, PARTIE INTÉGRANTE DU TISSU ÉCONOMIQUE FRANÇAIS

Au-delà du débat légitime de fond sur l’immigration économique – et ses quotas- qu’il ne s’agit pas d’écarter, ne faut-il pas une approche plus réaliste et plus respectueuse du travailleur immigré, sans recourir aux clichés rétrogrades ?

Ce n’est plus forcément un travailleur immigré, non qualifié, tel le « plongeur » qui vient occuper le métier que « les Français refusent d’exercer », évoqué par Emmanuel Macron ! Aujourd’hui, les travailleurs immigrés sont aussi hautement qualifiés. Ils évoluent dans tous les secteurs économiques : ils sont médecins, juristes, informaticiens, ingénieurs, enseignants, journalistes… Ils font partie intégrante du tissu économique français. Eux aussi, ils forment le ciment de la société française. Ils sont originaires du Maghreb, d’Afrique subsaharienne et d’ailleurs.

Au-delà des batailles municipales franco-françaises locales, ce n’est rien de moins que le rapport à l’autre, l’étranger, l’ailleurs, qui risque de se jouer une fois de plus, si l’on n’y prend garde ! Si seulement la France pouvait se souvenir que la migration concerne toute la planète, qu’elle a construit toute l’histoire de ce monde, car, dans les mots si justes de l’historien et politologue, Achille Mbembe, « il n’y a d’Histoire que dans la circulation des mondes, dans la relation avec Autrui ».

Robert Kongo (CP) 

 

 

 

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