Entre le Ministre des Finances, Doudou Fwamba, et la FEC (Fédération des entreprises du Congo), on n’est plus loin d’un bras de fer. Au centre de la discorde se trouve l’entrée en vigueur, depuis le 1er décembre 2025, de la facture normalisée – ce dispositif informatique censé rationaliser la collecte de la TVA (Taxe sur la valeur ajoutée). A la FEC, on ne se dit pas prête à rejoindre cette réforme à la date imposée par le ministère des Finances. Ce qui n’est l’avis de l’argentier national, Doudou Fwamba, qui se montre intransigeant sur le sujet, excluant tout report de la date d’entrée en vigueur de cette réforme.
Pour dissiper tout malen-tendu, Doudou Fwamba a eu, le jeudi 11 décembre 2025, des échanges avec les membres de la FEC, au Centre financier de Kinshasa. Il a souligné la volonté du Gouvernement de moderniser le système fiscal, de lutter contre la fraude à la TVA et d’assurer l’égalité fiscale, tout en restant ouvert à l’accompagnement des opérateurs économiques pour une mise en œuvre progressive et responsable.
Selon lui, cette réforme s’inscrit dans la vision du Président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, axée sur le renforcement de la mobilisation des recettes internes, la transparence fiscale et l’amélioration durable des conditions de vie des populations.
Quelles que soient les réticences de la FEC, le ministre des Finances a réaffirmé le caractère « irréversible » de la réforme et le maintien de l’obligation de délivrance de la facture normalisée depuis le 1er décembre 2025.
Jusqu’où ira ce qui rassemble déjà à un bras de fer entre le ministère des Finances et le patronat congolais ?
Un dialogue de sourds, teinté de volonté inflexible d’un côté et d’inquiétudes profondes de l’autre. Depuis le 1er décembre 2025, l’entrée en vigueur de la facture normalisée, ce dispositif électronique de traçabilité des transactions pour la collecte de la TVA, a allumé la mèche d’un conflit ouvert entre le ministère des Finances et la Fédération des entreprises du Congo (FEC). Jeudi 11 décembre, une rencontre au Centre financier de Kinshasa n’a pas dissipé l’impasse, cristallisant ce qui ressemble de plus en plus à un bras de fer décisif pour l’économie congolaise.
Face aux patrons congolais qui affirment ne pas être prêts à adhérer au nouveau système dans les délais impartis, le Ministre Doudou Fwamba des Finances campe sur une position sans ambiguïté : pas de report. « Cette réforme est irréversible », a-t-il martelé, réaffirmant l’obligation stricte de délivrance de la facture normalisée depuis le début du mois.
Pour le Gouvernement, l’enjeu dépasse une simple modernisation technique.
Modernisation contre pragmatisme opérationnel
Doudou Fwamba a longuement exposé le triple objectif officiel de cette mesure phare : rationaliser et moderniser un système fiscal jugé archaïque, combattre drastiquement la fraude massive à la TVA qui prive l’État de recettes colossales, et instaurer une «égalité fiscale » en obligeant tous les acteurs, formels et informels, à jouer selon les mêmes règles. Il a placé cette réforme sous l’égide de la vision du président Félix Tshisekedi, centrée sur le renforcement des recettes internes pour financer le développement et améliorer les conditions de vie des populations.
«Le Ministre s’est montré ouvert à l’accompagnement des opérateurs pour une mise en œuvre progressive et responsable, mais le cap et le calendrier sont intangibles», rapporte un participant à la réunion. Cette « progressivité» promise semble cependant buter sur les réalités du terrain dépeintes par la FEC.
Du côté du patronat, on ne remet pas en cause les principes de transparence et de modernisation, mais on dénonce un calendrier intenable. Les problèmes techniques d’interfaçage des logiciels de gestion avec le système gouvernemental, les coûts de mise à niveau, le manque de formation du personnel et une communication jugée tardive sont pointés du doigt. La FEC craint une perturbation massive des chaînes d’approvisionnement et des transactions commerciales, pouvant étrangler la trésorerie des entreprises, surtout des PME.
Jusqu’où Ira la confrontation ?
La question plane désormais sur Kinshasa : jusqu’où ce bras de fer peut-il aller ? Le ministre Fwamba, en refusant tout report, prend le risque de voir une large partie du secteur privé en délicatesse avec la loi, créant potentiellement un contentieux massif. À l’inverse, céder face à la pression du patronat serait perçu comme un grave recul pour l’autorité de l’État et son agenda de réformes, au moment où les finances publiques sont sous tension.
Certains observateurs spéculent sur des aménagements de fait dans les premiers jours, avec une période de tolérance tacite le temps que les derniers ajustements techniques soient faits. D’autres y voient une bataille idéologique sur le rôle et les prérogatives de l’État dans la sphère économique.
A tout prendre, l’issue de cette confrontation autour de la facture normalisée sera un test crucial. Elle révélera la capacité réelle du gouvernement à imposer des réformes structurelles impopulaires auprès d’un lobby puissant, et la résilience du secteur privé face à une injonction administrative radicale. L’équilibre entre la quête légitime de recettes fiscales et la santé des entreprises se joue dans cet imbroglio technico-politique. La suite dépendra de la possibilité, ou non, de transformer ce dialogue de sourds en un compromis audible pour tous.
Econews

