
À Kinshasa, le vernissage de « Penser librement, exister pleinement » a donné lieu à un vibrant plaidoyer en faveur d’un sursaut de conscience nationale. À travers cet ouvrage nourri de son expérience et de son regard sur la RDC, le professeur Sénateur Faustin Luanga Mukela interpelle les Congolais sur le paradoxe d’un pays immensément riche confronté à la pauvreté, et appelle particulièrement la jeunesse à reprendre en main son destin. Entre transformation des ressources, industrialisation, éducation et souveraineté économique, l’auteur défend une conviction : la renaissance du Congo commence d’abord par une transformation de l’homme et de sa manière de penser.
La Salle Legacy de la Galerie La Fontaine, à Kinshasa, a accueilli jeudi le vernissage du livre « Penser librement, exister pleinement » du professeur Sénateur Faustin Luanga Mukela. Devant un parterre d’autorités, de personnalités du monde académique, politique et de la société civile, l’auteur a présenté un ouvrage nourri par plusieurs décennies d’expériences, de voyages et d’observations sur les réalités de la République Démocratique du Congo.
Ce livre propose une lecture approfondie des défis de la RDC, notamment le paradoxe entre l’abondance de ses ressources naturelles et la pauvreté de sa population. Il formule des pistes pour passer d’une économie essentiellement extractive à une économie de transformation, capable de créer davantage de valeur et d’améliorer les conditions de vie. L’auteur appelle également les Congolais, particulièrement la jeunesse, à croire en leur pays et à devenir les acteurs de sa transformation. Il souligne enfin que le développement doit concilier économie et protection de l’environnement, dans une perspective de développement durable.
Pour Faustin Luanga, l’écriture de cet ouvrage répond avant tout à une « nécessité intérieure ». Le livre, explique-t-il, n’est pas né dans le confort d’un bureau, mais au contact des réalités vécues par les Congolais, notamment dans les villages, auprès des jeunes et des familles confrontées aux difficultés sociales et économiques.
Fort de ses nombreuses années d’expérience professionnelle et de ses voyages à travers le monde, l’auteur affirme avoir voulu confronter les réalités observées ailleurs à celles de la RDC. Il dit avoir puisé dans les statistiques, les archives, mais aussi dans les témoignages et les espoirs de ceux qui continuent de croire en l’avenir du pays.
Un pays riche confronté à la pauvreté
Au cœur de sa réflexion, Faustin Luanga s’interroge sur le paradoxe congolais : comment un pays disposant d’immenses ressources naturelles et humaines peut-il continuer à faire face à une pauvreté persistante ?
La RDC, rappelle-t-il, dispose notamment d’un sous-sol riche, d’un potentiel agricole considérable, d’une vaste forêt, d’importantes réserves d’eau douce, d’un potentiel hydroélectrique majeur et d’un patrimoine touristique exceptionnel.
Pourtant, déplore-t-il, une grande partie de ces richesses demeure insuffisamment transformée localement. Le pays continue d’exporter une importante partie de ses ressources à l’état brut, perdant ainsi une grande partie de la valeur ajoutée, des emplois et des opportunités économiques qui pourraient en découler.
L’auteur estime ainsi que la question fondamentale n’est pas seulement de savoir « comment » la RDC en est arrivée à cette situation, mais surtout de comprendre « pourquoi », afin d’identifier les moyens d’inverser la tendance.
Dans son ouvrage, Faustin Luanga place l’être humain au centre de la transformation du pays. Pour lui, la renaissance de la RDC ne peut être envisagée sans une transformation profonde de la manière de penser et d’agir. « La renaissance du Congo commence par l’homme », soutient-il, estimant que le Congolais doit apprendre à penser librement, à assumer ses responsabilités et à agir en cohérence avec sa conscience.
Cette réflexion touche également à l’éducation. L’auteur plaide pour un système éducatif davantage adapté aux besoins réels du pays, capable de former des ingénieurs, des agronomes, des techniciens et des ouvriers qualifiés nécessaires à la transformation des ressources nationales. Il insiste également sur la nécessité de mieux comprendre et organiser le secteur informel, qui constitue une importante composante de l’économie congolaise. Selon lui, sa formalisation progressive pourrait permettre de mieux valoriser les initiatives et les innovations qui y existent déjà.
Faustin Luanga appelle par ailleurs à une véritable politique d’industrialisation. Pour lui, la souveraineté économique passe notamment par la capacité de la RDC à produire localement, transformer ses ressources et développer des chaînes de valeur nationales.
L’agriculture figure parmi les secteurs qu’il considère comme prioritaires. Il préconise son industrialisation, en renforçant les liens entre production, transformation, distribution et commercialisation. La même logique doit, selon lui, s’appliquer au secteur minier. La RDC dispose d’importantes ressources, mais doit davantage chercher à les transformer localement afin de créer des emplois et d’accroître la valeur ajoutée captée par l’économie nationale.

Un État appelé à se projeter
Dans sa réflexion, l’auteur appelle également à repenser le rôle de l’État. Il plaide pour un État capable de définir une vision stratégique à long terme et de répondre à des questions essentielles : que faire des ressources minières, de la forêt, de l’eau, du potentiel hydroélectrique et des autres atouts dont dispose le pays ?
Pour Faustin Luanga, il ne suffit plus de gérer les urgences. La RDC doit se projeter, définir des priorités et construire des politiques cohérentes permettant de transformer durablement son potentiel en développement.
Il évoque également le rôle que peuvent jouer les forces de défense et de sécurité dans le développement national, notamment à travers le génie militaire et les compétences techniques dont dispose l’armée congolaise. L’un des messages centraux du livre est résumé par cette affirmation de l’auteur : « La pauvreté n’est pas une fatalité au Congo. C’est un système. Et tout système peut être transformé. »
Pour y parvenir, il préconise notamment le développement de la production locale, la transformation des ressources naturelles, la sécurisation des chaînes de valeur, l’investissement dans les compétences humaines et une meilleure compréhension des mécanismes de l’économie mondiale.
L’auteur invite ainsi les Congolais à ne plus se contenter d’être spectateurs de la mondialisation, mais à chercher à intégrer les chaînes de production internationales en valorisant leurs propres ressources et compétences.
Une invitation à la liberté de pensée
Au-delà des questions économiques et institutionnelles, « Penser librement, exister pleinement » se veut également une réflexion sur la conscience individuelle et collective.
Faustin Luanga Mukela précise que son ouvrage n’a pas été écrit pour imposer une manière de penser. « Je n’ai pas écrit ces livres pour dire : voici ce que vous devez penser. J’ai écrit pour dire : voilà pourquoi vous devez penser », explique-t-il. Il aborde ainsi plusieurs domaines, notamment la politique, les institutions, la diplomatie, les mécanismes de financement, la souveraineté économique, la paix et la jeunesse.
Pour lui, la crise congolaise est aussi une crise de conscience. La pensée libre doit, dès lors, constituer une forme d’infrastructure de la souveraineté nationale.
En conclusion de son intervention, Faustin Luanga a appelé à un changement profond fondé sur la vérité, la responsabilité et l’amour du pays. Il estime que la renaissance de la RDC ne viendra pas d’un miracle, mais d’un « sursaut de conscience », du refus de la peur et d’une volonté collective de transformer les systèmes qui entretiennent la pauvreté et les dysfonctionnements. « Je suis rentré pour restituer », a-t-il déclaré, évoquant son parcours et son attachement au Congo.
À travers « Penser librement, exister pleinement », Faustin Luanga propose ainsi une réflexion qui invite les Congolais à regarder leur pays avec lucidité, à identifier ses contradictions et surtout à réfléchir aux moyens de transformer ses immenses potentialités en progrès concret.
Notons que cet ouvrage d’intervention intellectuelle et citoyenne, né d’une exigence morale : dire la vérité au pays, réveiller les consciences, refuser la résignation. À travers une écriture analytique et ancrée dans l’expérience de l’État, l’auteur examine les crises qui traversent la République Démocratique du Congo: crise de la pensée, de la gouvernance, de la morale, des institutions, de la jeunesse et de la paix. Il montre que leur source commune est une crise de la conscience, un affaiblissement du courage intellectuel et de la capacité collective à penser librement. Penser librement devient un acte de souveraineté, un geste de résistance, un devoir national. L’ouvrage articule le politique, l’économique, le spirituel et l’humain pour proposer une vision cohérente : un État juste et stratège, une économie productive et souveraine, une jeunesse actrice, une paix fondée sur la dignité.
Chaque chapitre ouvre un chemin, interroge les illusions, déconstruit les évidences et esquisse des pistes de renaissance. Ni pamphlet ni manifeste partisan, ce livre est un appel à la lucidité, à la responsabilité et à l’espérance. Il s’adresse à celles et ceux qui veulent comprendre, agir et contribuer à la reconstruction d’un Congo debout. L’auteur signe ici une œuvre politique, économique, philosophique et profondément humaine, destinée à nourrir le débat national et à inspirer une renaissance congolaise fondée sur la vérité, la lucidité, l’espérance et la conscience.
Benny Lutaladio


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