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Femme contre femme dans la course au secrétariat général de l’OIF : la RDC aligne Juliana Lumumba face à la Rwandaise Louise Mishikiwabo

À quelques mois du sommet de la Francophonie au Cambodge, une bataille diplomatique d’une rare intensité se profile. Kinshasa officialise la candidature de Juliana Lumumba, fille du héros national Patrice Lumumba, pour défier la sortante rwandaise, Louise Mushikiwabo. Un choc des symboles et des ego au sein de l’espace francophone. Le rendez-vous est fixé en novembre prochain au Cambodge.

La course au secrétariat général de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) prend des allures de thriller géopolitique. Alors que le prochain sommet se tiendra en novembre au Cambodge, la République Démocratique du Congo a décidé de jouer sa carte maîtresse. Contre la Rwandaise Louise Mushikiwabo, candidate à sa propre succession, Kinshasa aligne une figure lourde de sens : Juliana Amato Lumumba.

Fille du premier Premier ministre congolais, Patrice-Emery Lumumba, assassiné en 1961 avec la complicité des puissances coloniales, Juliana Lumumba incarne bien plus qu’une simple alternance générationnelle. Elle est le symbole vivant d’une mémoire longtemps étouffée et d’une Afrique centrale qui revendique son leadership.

Un pari historique pour Kinshasa

Pour la RDC, cette candidature est un « choix stratégique », selon le Porte-parole du Gouvernement, Patrice Muyaya Katembwe. Il ne s’agit pas seulement de briguer un poste, mais de « réincarner l’esprit de la Francophonie » en lui redonnant une conscience historique. Kinshasa, fort de son poids démographique et de sa position de plus grand pays francophone du monde, estime que l’heure est venue de peser de tout son poids dans les instances de l’organisation.

Selon nos informations, la RDC serait convaincue d’avoir déjà engrangé des soutiens de poids. La France et le Canada, deux piliers financiers et politiques de l’OIF, auraient donné un signe de faveur à la candidature Lumumba. Un appui qui, s’il se confirme, constituerait un désaveu cinglant pour la sortante rwandaise.

Louise Mushikiwabo, une sortante fragilisée ?

En poste depuis 2019, la Rwandaise Louise Mushikiwabo pense briguer un troisième mandat. Si son bilan est salué pour avoir assaini les comptes de l’organisation et renforcé sa visibilité, son mandat a coïncidé avec une dégradation sévère des relations entre Kigali et Kinshasa. Accusée par la RDC de soutenir la rébellion du M23 dans l’Est, la diplomatie rwandaise est sur la sellette.

Dans ce contexte, la candidature de Juliana Lumumba est perçue par certains observateurs comme un référendum contre l’influence rwandaise au sein de la Francophonie. « Ce duel est inévitable. Il cristallise toutes les tensions géopolitiques de la région des Grands Lacs », analyse un expert des relations internationales basé à Paris.

Un duel de femmes pour un nouveau souffle

Ironie de l’histoire, ce sont deux femmes qui s’affrontent pour diriger une institution souvent critiquée pour son entre-soi masculin. Mais au-delà du genre, c’est bien deux visions de la Francophonie qui s’opposent.

D’un côté, Louise Mushikiwabo incarne une continuité gestionnaire et une diplomatie discrète. De l’autre, Juliana Lumumba porte un projet plus politique, teinté de réparation historique et de souveraineté.

Le scrutin de novembre s’annonce serré. Entre le poids des symboles et la realpolitik des États, les 88 États membres de l’OIF devront choisir. Une chose est sûre : en alignant la fille de Lumumba, la RDC ne joue pas une simple carte diplomatique ; elle place la mémoire et l’avenir de l’Afrique au cœur du débat francophone.

Econews

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