Le financement de l’économie par le recours aux titres est une pratique classique et courante. L’État, pour se doter les moyens de sa politique et assurer ces engagements emprunte sur les marchés financiers. L’écosystème financier, par la mobilité des titres, irrigue et vitalise l’économie tout en la préservant de tension et crise des liquidités.
En RDC, les opérations financières de l’État, par le biais du Plan de trésorerie pour le compte de l’année 2025 ont affiché en cumul annuel un solde déficitaire sur les trois derniers mois : octobre 3.477 milliards de CDF ; novembre 4.425 milliards de CDF ; décembre 5.134 milliards de CDF. La même tendance s’observe en ce début d’année Janvier 2026, 1.037 milliards de CDF.
A cet effet, l’analyse croisée, de différentes composantes de la structure de dépenses reflète un déséquilibre dans l’allocation de ressources. En conséquence, les fonctionnaires et Agents de l’État ne sont pas payés, et plusieurs autres interventions publiques nécessaires sont bloquées.
Ainsi, l’émission des bons du trésor combiné aux appuis budgétaire apparaissent, le cas échéant, comme moyen de financement sain de ces déficits successifs. Par ailleurs, les encours sur les titres intérieurs renseignent ce qui suit : 4.733,5 milliards de CDF fin novembre 2025 contre 4.925, 4 milliards de CDF fin décembre 2025 pour se situer autour de 5.069,4 milliards de CDF en fin Janvier 2026. Note de conjoncture BCC.
A ce rythme de contre-performance des finances publiques, la combinaison des encours de la dette intérieure et extérieure expose le pays au risque d’un flux net de dette négatif.
Opportunité de l’émission des titres dans le contexte de non-paiement des salaires
A première vue, nous pensons que l’opération d’adjudication répondrait à un besoin urgent d’ordre social c’est-à-dire de paiement des salaires des agents et fonctionnaires de l’État. A l’inverse, tout autre prétexte, serait scientifiquement et techniquement douteux, car aucun emprunt à court terme (titres) serait affecté pour un emploi à long terme.
Dans le cas contraire, il est clairement établi que, le non-paiement des fonctionnaires et Agents de l’État répondrait à un avis technique du FMI, par crainte d’une forte masse salariale en CDF sur le marché. En tant que scientifique, l’avis technique du FMI se justifie pour plusieurs raisons. Mais comment opérer l’arbitrage entre la technique et le social ?
Crise de liquidité et intervention de la BCC
La crise de liquidité que traversent les finances publiques est multiforme. Elle trouve son origine dans la gouvernance des finances publiques, d’où la raison de plusieurs réformes initiées par le Ministre des Finances, Doudou Fwamba. Par rapport à l’intervention de la BCC et son impact sur le volume des recettes, il peut exister une relation de causalité sur le plan théorique, mais la causalité est indirecte. Toutefois, les structures de recettes (modalités de fixation et perception) dans le cas congolais modifient la logique du raisonnement théorique.
Dans une tribune, l’économiste JO Sekimonyo déclare : « J’écris parce que l’économie d’un pays ne se transforme pas uniquement par ses institutions formelles mais par l’écosystème intellectuel qui les structure et les légitime ».
La crise actuelle des liquidités expose les fragilités structurelles de la gouver-nance des finances publiques. Entre paiement des salaires, déficits successifs et l’augmentation des encours de la dette, le Gouvernement est contraint d’opérer des arbitrages.
Avec Sigis Aberi
Économiste

