Décryptage de la doctrine politique et militaire israélienne au Moyen-Orient. Décryptage de la théologie politique islamique iranienne. Conséquences géopolitiques et économiques de ces affrontements sur l’économie mondiale. Conséquences sur les processus de paix en cours en RDC et mise en place obligatoire d’une stratégie militaire préventive d’endiguement en cas de prolongation de ces affrontements. Les racines de la guerre entre la République Islamique d’Iran et l’État d’Israël. Voilà des points contenus dans cette analyse stratégique, publiée en juin 2025, qui anticipait curieusement les récents événements qui secouent le Proche-Orient.
La guerre entre l’Iran et Israël, qu’elle soit ouverte, indirecte ou asymétrique, s’enracine dans un ensemble complexe de causes profondes à la fois historiques, religieuses, géopolitiques et idéologiques. Il y a des causes anciennes (structurelles) et les causes actuelles (conjoncturelles).
- Causes anciennes et structurelles.
La question palestinienne comme point de rupture. Depuis 1979, l’Iran considère l’existence d’Israël comme illégitime et incompatible avec les droits du peuple palestinien. Le soutien militaire et politique iranien au Hamas, au Jihad Islamique et au Hezbollah libanais découle de cette posture.
L’Israël, de son côté, considère que l’Iran instrumentalise la cause palestinienne pour affaiblir sa légitimité régionale.
Choc de deux légitimités régionales opposées. L’Iran se voit comme une puissance islamique révolutionnaire chiite, missionnée pour exporter un nouvel ordre mondial alternatif. L’Israël se positionne comme un État-nation démocratique et occidental en terre moyen-orientale.
Refus de la domination occidentale par l’Iran. L’Iran perçoit Israël comme le « prolongement militaire et culturel de l’Occident » dans le monde musulman, et donc une cible stratégique. Il rejette également l’ordre mondial issu des accords de Sykes-Picot et la » protection américaine » sur Israël.
Les Accords de Sykes-Picot sont ceux signés le 16 mai 1916 entre la France, le Royaume-Uni, l’Empire Russe et le Royaume d’Italie prévoyant le découpage du Proche-Orient en plusieurs zones d’influence au profit de ces puissances, ce qui revenait à tuer l’Empire Ottoman.
Conflit de visions civilisationelles. Sur ce plan, l’Iran revendique une mission religieuse et eschatologique (Attente du Mahdi, martyre, fin des temps).
L’Israël se définit par un nationalisme pragmatique et sécuritaire, mais parfois teinté de messianisme (Croyance en la venue d’un Sauveur, appelé le Messie, qui apportera la libération, la paix et un monde meilleur). L’on note une vision religieuse profonde de deux côtés (Opposition le Mahdi vs le Messie).
Absence d’interface diplomatique stable. Pas de contacts directs ni de relations officielles depuis 1979. Aucun traité de paix, pas de canal régulier de désescalade. Ce qui favorise les actes unilatéraux et les proxies armés.
- Causes actuelles et déclencheurs contemporains
Le Dossier nucléaire iranien. L’Israël considère l’Iran doté de la bombe nucléaire comme une menace existentielle. Le retrait des USA des accords JCPOA (2018) – ou Iran Nuclear Deal- puis l’accélération du programme nucléaire iranien ont renforcé la logique de frappe préventive israélienne.
L’Iran considère son avancée en technologie nucléaire comme un levier de négociation stratégique.
La guerre par procuration ou proxy war. L’Iran a utilisé massivement ses recettes pétrolières pour renforcer et armer les milices chiites dans tout le Moyen-Orient (Hezbollah au Liban, Houthis au Yémen, Milices Hachd en Irak). L’Israël mène une guerre asymétrique sur plusieurs fronts (frappes en Syrie, sabotages en Iran et cyberattaques).
Effondrement de l’ordre régional post-2023. Après les Accords d’Abraham (2020), l’Iran s’est retrouvé diplomatiquement marginalisé. Les Accords d’Abraham sont ceux signés pour la normalisation des relations diplomatiques entre Israël et plusieurs pays arabes, notamment les Emirats Arabes Unis, le Maroc, le Bahreïn et le Soudan. Ces accords visaient à renforcer la coopération régionale et à promouvoir la paix au Moyen-Orient*
L’attaque du Hamas du 7 octobre 2023, soutenue indirectement par l’Iran, visait à saboter le rapprochement Israël/Arabie Saoudite. Depuis cette attaque, le Moyen-Orient est entré dans une phase d’escalade des tensions armées permanentes.
Changement doctrinal en Israël, en Iran et radicalisation de deux parties. En Israël : montée en puissance de la droite radicale, méfiance envers tout compromis. En Iran: La guerre interne de succession anticipée de l’ayatollah Khamenei est enclenchée. Il y a donc durcissement sécuritaire autour des Gardiens de la Révolution, logique de confrontation assumée.
Accumulation de points de non-retour. Assassinat de Qasam Soleimani (2020), Sabotage de Natanz (2021), guerre de Gaza et assassinat de Ismaël Aniyeh (2023-2024), attaque contre Israël depuis l’Iran (2024), Raids israéliens sur Ispahan (2025). Chaque évènement ajouté une charge émotionnelle, symbolique et stratégique qui rend toute désescalade plus difficile. Les deux États sont donc dans deux logiques irréconciliables.
En conclusion, la guerre Iran-Israël n’est pas un conflit circonstanciel. C’est une collision frontale de deux projets de civilisation, structurées par des doctrines rigides, des traumatismes historique, et des cycles de vengeance. Toute désescalade nécessiterait : une mutation interne dans l’un des régimes ; un cadre multilatéral régional crédible; une volonté internationale de garantir un équilibre de sécurité, ce qui est peu probable dans le climat mondial actuel.
iT/ Conséquences géopolitiques et économiques mondiales
Si la guerre Iran vs Israël atteint une intensité forte et incontrôlable par le Conseil de sécurité des Nations-Unies, elle va engendrer un coût global élevé qui va se manifester principalement dans l’énergie, les chaînes logistiques et la montée de l’incertitude financière.
Le risque systémique dépendra de la durée du conflit et de la capacité des grandes puissances à contenir une rupture du trafic pétrolier dans le Golfe Persique en cas du blocus du Détroit d’Ormuz.
Les domaines ci-après seraient grandement impactés :
Marchés de l’énergie. Le prix du baril du pétrole peut monter au-delà de 150 USD, en cas de fermeture du Détroit d’Ormuz.
Inflation mondiale. Les surcoûts logistiques et de l’énergie vont alimenter une inflation mondiale qui va s’accompagner d’une baisse de croissance et de pouvoir d’achat.
L’augmentation du Coût du fret maritime. Avec les attaques des milices Houthis sur la Mer Rouge et le risque de fermeture du Détroit d’Ormuz, le fret à destination de l’Europe va passer via le Cap de Bonne-Espérance d’où augmentation d’assurance de risque de guerre multiplié par 10.
Perturbation des chaînes d’approvisionnement mondiales. Il faudrait noter que 12% du commerce international transite par la Mer Rouge. Les retards vont causer une augmentation du coût conteneur à plus de 40%.
Risques financiers. Ces tensions vont augmenter les risques financiers et la ruée vers des valeurs-refuges comme l’or et le Dollar US. Toutefois, l’abondance actuelle d’offre mondiale du pétrole hors OPEP limite un choc prolongé.
Perturbations du trafic aérien Europe – Asie – Océanie. Etant donné la fermeture des espaces aériens ukrainiens et russes aux avions occidentaux, la fermeture de l’espace aérien iranien va empirer la situation actuelle et rallonger les heures de vol entre deux et trois heures.
Sécurité régionale. Possibilité de l’élargissement de ces affrontements au Liban – Syrie – Irak avec risques de voir l’Arabie Saoudite et la Turquie intervenir indirectement, sans compter les risques de renforcement des partenariats Russie – Chine – Iran contre le bloc USA – Israël.
Les conséquences de la guerre Iran – Israël sur les processus de paix en cours en RDC et mise en place obligatoire d’une stratégie militaire d’endiguement, en cas de prolongation de cette dernière.
Cette guerre est physiquement loin de la RDC. Mais sur un plan stratégique, elle est plus proche de cette dernière que jamais.
It/ Les conséquences possibles sur la RDC.
L’escalade irano-israélienne pourrait avoir les impacts ci-après sur la RDC :
La captation diplomatique de Washington. Mécanisme: le Président américain et le Secrétaire d’État vont maintenant réallouer leur temps politique, leurs cellules stratégiques et leurs conseillers pour résoudre ce conflit.
Monsieur Massad Boulos qui est en même temps Conseiller du Président américain sur le Moyen-Orient et les Grands-Lacs va maintenant être utilisé en plein temps pour résoudre le conflit irano-israélien.
La probable augmentation du prix de l’énergie risque d’avoir les effets négatifs sur le budget de l’Etat Congolais et le pouvoir d’achat de la population. Cette situation va impacter négativement les fonds alloués aux forces armées.
Effets probables sur la RDC : ralentissement du Track de Washington sur la crise de l’Est de la RDC. Une certaine distraction diplomatique va s’installer au détriment de cette dernière. Kigali pourrait profiter de ces moments de captation diplomatique de Washington sur le conflit Iran -Israël pour consolider les gains du M23 et renégocier la paix à son avantage.
It/ Risque d’exploitation du parallélisme situationnel par le Rwanda
Le Rwanda avait profité de l’attaque russe sur l’Ukraine en 2022, utilisant subtilement la préoccupation américaine au cas ukrainien pour déclencher les offensives du M23 et la prise de Bunagana.
Aujourd’hui, seule la Résolution 2773 des Nations-Unies pourrait le dissuader de relancer les hostilités. Ce faisant, il utiliserait probablement ses proxies (M23/ AFC, les ADF, les autres groupes armés) pour relancer de nouveaux fronts.
It/ Mise en place d’une stratégie militaire préventive d’endiguement en cas de prolongation de cette guerre
La lecture synthétique croisée de l’évolution de la géopolitique mondiale, avec les récents affrontements militaires entre l’Iran et Israël ouvre une fenêtre d’opportunité pour Kigali, connaissant son mode opératoire.
En effet, l’attention stratégique US va se déplacer vers l’Iran, rendant la dissuasion diplomatique de Washington moins présente en RDC pour quelques semaines si la situation perdure.
En effet, les USA vont se battre pour que cette guerre n’ait pas d’effets négatifs notables sur le prix du pétrole. Ce qui pourrait relancer l’inflation aux USA et serait un désavantage pour le Président TRUMP.
Pour la RDC, toutes les énergies internationales étant allouées ailleurs, Il faudrait alors mettre en place une stratégie militaire préventive d’endiguement interne.
Notons que l’Iran et Israël sont distants de plus de 2.000 km à vol d’oiseau. Pas de frontières directes terrestres entre les deux pays. Mais ils s’affrontent via les moyens aériens (vecteurs aériens).
L’immensité du territoire congolais et la présence de nombreux obstacles géographiques sont une première ligne de défense pour la RDC.
Ce qui n’est pas le cas pour le Rwanda. C’est ce qui explique sa propension à attaquer en premier pour ne pas subir une défaite qui pourrait amener l’ennemi à entrer en profondeur sur son territoire et prendre le siège des institutions, la Ville de Kigali. C’est la même stratégie qu’utilise l’Etat d’Israël. L’Iran utilise une stratégie mixte alliant proxies et vecteurs aériens (missiles et drones longues portées).
La RDC devrait mettre en place rapidement une Unité Spéciale Aérienne, une brigade spécialisée en utilisation des drones, batteries anti-aériennes et des missiles de moyenne portée pour dissuader une reprise de la guerre, tout en formant des brigades mobiles des fantassins pour l’occupation des sols.
En cas de relance malencontreuse, elle pourrait directement porter la guerre sur le territoire rwandais en utilisant les vecteurs aériens.
Le Gouvernement pourrait solliciter les services des Sociétés Militaires Privées (SMP) specialisées à cette fin.
En attendant, continuer à faire entendre haut et fort la voix de la RDC aux Nations-Unies, à l’Union Européenne, à l’Union Africaine et sur d’autres plateformes internationales pour que le problème congolais ne soit pas oublié, en exigeant la pleine application de la Résolution 2773 des Nations-Unies.
La plus grande erreur pour la RDC serait de baisser le bras et attendre que Washington impose la paix. La paix doit se gagner pour son respect.

- Décryptage de la doctrine militaire israélienne au Moyen-Orient
Principe fondateur : «Ne jamais perdre une guerre». Ce pays considère qu’une seule défaite militaire serait existentielle. D’où, la priorité absolue à la dissuasion qualitative (Avantage technologique, renseignement, supériorité aérienne) et à la victoire rapide. Cela se traduit par le maintien d’un «edge» technologique garanti par les USA.
Begin doctrine – Préemption. Droit de frapper en amont toute capacité conventionnelle ou nucléaire jugée intolérable.
Approche « Octopus » (Tête et tentacules). Israël considère l’Iran comme la tête et les autres (Hamas, Hezbollah, Houthis du Yémen) comme des tentacules. D’où, la priorité glisse maintenant des tentacules (Gaza, Liban) vers la frappe de la tête. D’où, l’augmentation des frappes aériennes profondes en Syrie, en Irak et maintenant en Iran.
Normalisation périphérique avec certains pays arabes et musulmans pour isoler diplomatiquement l’Iran. Cfr. Accords d’Abraham (2020).
Doctrine Dahiya élargie. Toujours donner une réponse disproportionnée à toute provocation de l’ennemi pour le dissuader de récidiver. Cette doctrine se manifeste par la destruction massive des infrastructures de Gaza en 2023-2024, après l’attaque sur Israël d’octobre 2023.
En synthèse, la doctrine politique et militaire israélienne combine la dissuasion, préemption et blitz offensif (guerre- éclair) suivi des destructions massives afin de préserver la supériorité dans un espace sans profondeur géographique, en assumant désormais un niveau de risque élevé après les attaques du Hamas (octobre 2023) et le raid de 2025 contre l’Iran.
- Décryptage de la théologie politique islamique iranienne
La théologie politique islamique iranienne repose sur les piliers idéologiques suivants :
Gouvernance du Juriste religieux (Velâyat-e Faqih). Le Guide suprême détient l’autorité religieuse et politique absolue. Sa légitimité est d’ordre eschatologique c.-à-d. relatif à l’ensemble de doctrines et croyances portant sur le sort ultime de l’homme après sa mort (eschatologie individuelle) et celui de l’univers après sa disparition (eschatologie universelle).
Exportation de la Révolution islamique. Devoir religieux de propager la culture révolutionnaires. Donc soutien aux forces de la Résistance (Hezbollah, Hamas, Houthis, milices irakiennes).
Défense en avant (Diffa-e moqqadami). Tenir l’ennemi loin des frontières iraniennes en armant des proxies. D’où, implantations militaires en Syrie, Irak, Yémen et un réseau des drones/ missiles.
Eschatologie chiite. Attente du Mahdi, valorisation du martyre. Ce qui psychologiquement arme les combattants pour faire des guerres longues et même, accepter la mort.
Économie de la Résistance. L’Iran a mis en place un système de vision autosuffisante pilotée par le Corps des Gardiens de la Révolution (IRGC). Ils contrôlent de secteurs clés de l’économie iranienne en dehors du budget de l’Etat (Pétrole, construction, industries). Ils contournent des marchés pétroliers via des shadow boats.
En conclusion, la théologie politique islamique iranienne fournit un cadre religieux nationaliste qui légitime la confrontation permanente avec Israël et l’Occident, tout en s’appuyant sur une guerre asymétrique multilocale pilotée par l’IRGC et ses partenaires.
Fait à Norfolk (Virginia, USA), le 16 juin 2025.
Didier Bokungu Ndjoli
Analyste stratégique.

