Kwilu

Glissement sémantique

La sémantique politique n’est jamais anodine, surtout en République Démocratique du Congo. Alors que les lampions de la 13ème Conférence des gouverneurs s’éteignent dans le Kwilu, un mot nouveau vient de s’inviter avec fracas dans le débat public : la « mission».

En substituant ce terme à celui de « mandat», les soutiens du Chef de l’État tentent un coup de force conceptuel. L’idée est simple mais redoutable : un mandat est fini, encadré par la Constitution ; une mission, elle, est par essence inachevée tant que ses objectifs ne sont pas atteints.

En érigeant la vision présidentielle au-dessus de l’échéance légale de 2028, la majorité au pouvoir prépare le terrain à une révision constitutionnelle qui ne dit pas encore son nom, transformant le service de l’État en un sacerdoce sans fin.

Face à cette offensive, l’opposition, portée par la voix de Moïse Katumbi, tente de ramener le débat sur la terre ferme. Pour les détracteurs du régime, le pays n’a pas besoin de nouvelles aventures constitutionnelles, mais d’un remède aux maux qui le rongent : la guerre à l’Est, le train de vie insultant des institutions et les cicatrices mal refermées des élections de 2023.

Là où le pouvoir voit une «mission » à poursuivre, l’opposition dénonce une fuite en avant budgétivore et risquée.

La RDC peut-elle se payer le luxe d’une nouvelle crise de légitimité ? Ajouter l’instabilité constitutionnelle aux défis sécuritaires et sociaux ressemble à un jeu incendiaire. Si la vision du Président de la République est réelle, elle doit pouvoir s’inscrire dans le respect des cycles démocratiques qui garantissent la paix civile.

Vouloir déverrouiller la Constitution pour achever une mission, c’est oublier que dans une République, la plus noble des missions est précisément de respecter la Loi suprême. À Matadi où se tient la prochaine Conférence des gouverneurs, comme à Kinshasa, l’histoire nous regarde : le progrès ne naît pas de la permanence des hommes, mais de la solidité des institutions.

Econews

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *