Le réveil a été brutal ce mardi 10 février à Kinshasa. Les démolitions entamées la veille dans le bidonville de Pakadjuma ont dégénéré en violentes émeutes, paralysant des axes stratégiques de la capitale. Entre harcèlement fiscal et improvisations urbanistiques, la gestion du Gouverneur Daniel Bumba Lubaki est aujourd’hui sous le feu des critiques.
Ce qui devait être une opération de libération d’un site appartenant à l’ONATRA s’est transformé en un véritable théâtre d’affrontements. Certes, nul ne conteste la nécessité de déguerpir les occupants illégaux pour restaurer l’autorité de l’État. Cependant, la méthode interroge.
Là où une administration moderne aurait misé sur la sensibilisation, l’établissement d’un chronogramme précis et une stratégie de relocalisation, l’Hôtel de Ville a choisi la force brute et soudaine. Résultat : une ville paralysée sur les avenues des Poids Lourds et de la Funa, et une colère sociale qui s’embrase. C’est la preuve par l’image d’une gestion au pifomètre où l’action précède la réflexion.
Le slogan de campagne du Gouverneur, « Kin ezo bonga » (Kinshasa s’arrange), semble aujourd’hui sonner creux pour de nombreux administrés. Outre les démolitions manu militari, la population dénonce une pression fiscale jugée intempestive :
Contrôles simultanés : Le déploiement de 3.000 « journaliers » pour vérifier cinq documents de bord (permis, vignette, assurance, etc.) a créé un vent de panique chez les conducteurs.
Recouvrement forcé : Dès le 28 février, le ministère provincial des Finances lancera une campagne musclée pour l’impôt foncier et les revenus locatifs.
Si l’exécutif provincial se défend de tout harcèlement fiscal, la superposition de ces mesures donne l’impression d’une quête désespérée de fonds, sans considération pour le climat social déjà délétère.
Gérer une mégalopole de plus de 10 millions d’habitants ne s’improvise pas. Les limites de Daniel Bumba Lubaki semblent s’étaler au grand jour. La planification, nerf de la guerre de toute métropole mondiale, semble être la grande absente de l’actuel exécutif.
« Une ville de la taille de Kinshasa ne mérite pas une gouvernance à vue. On ne dirige pas une capitale à coups d’éclats matinaux, mais par une vision à long terme », commente un urbaniste.
Aujourd’hui, la question reste entière : l’Hôtel de Ville a-t-il les épaules assez larges pour redresser Kinshasa, ou la ville continuera-t-elle de chanceler entre deux émeutes et trois taxes ?
Pour l’heure, le bilan de Daniel Bumba ne rassure guère.

